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Pourquoi certaines voix deviennent-elles inoubliables sur scène ?

Il arrive qu’un spectacle soit terminé depuis plusieurs années et qu’un détail revienne encore en mémoire. Pas forcément le décor. Pas toujours le costume non plus. Quelquefois c’est une voix. Une façon de prononcer certains mots, un timbre un peu rauque ou simplement une respiration que l’on reconnait immédiatement.

Pourtant une belle voix ne suffit pas. On peut entendre un chanteur techniquement très bon et ne plus penser à lui le lendemain. A l’inverse, une voix moins parfaite peut rester longtemps dans la tête. Elle possède quelque chose de particulier. Pas toujours facile à expliquer.

C’est pareil au théâtre. Le comédien peut connaitre son texte parfaitement, avoir une diction irréprochable et pourtant ne pas vraiment toucher le public. La voix doit porter les mots, bien entendu, mais elle doit aussi faire vivre quelque chose derrière.

Le timbre arrive avant même que l’on comprenne les mots

Avant de comprendre une phrase, l’oreille entend déjà une couleur. Certaines voix sont claires, d’autres plus sombres. Certaines paraissent douces, d’autres plus sèches. On parle de timbre, mais le mot ne dit pas tout.

Deux chanteurs peuvent interpréter exactement la même note et ne pas provoquer la même sensation. C’est même assez évident lorsqu’on les écoute l’un après l’autre.

Une voix légèrement voilée peut donner une impression de proximité. Une voix plus puissante remplira immédiatement la salle. Mais puissance ne veut pas dire émotion. Quelquefois c’est une voix plus fragile qui retient l’attention.

Le timbre se travaille en partie. On peut améliorer le placement, la respiration, la projection et la résonance. Par contre on ne change pas totalement la nature de sa voix. Et c’est certainement mieux ainsi. Si tout le monde cherchait à posséder exactement le même son, on finirait par ne plus reconnaitre personne.

La technique doit finir par se faire oublier

Un chanteur ou un comédien doit travailler. Pas de doute là-dessus. Il faut apprendre à respirer au bon moment, tenir une phrase, articuler et projeter suffisamment pour que le public entende.

Mais la technique devient vraiment intéressante lorsqu’on ne la remarque plus.

Le spectateur ne vient pas vérifier si l’artiste respire correctement avec le diaphragme. Il veut entendre une chanson ou croire à une scène. Si toute l’attention reste sur la performance vocale, quelque chose peut se perdre.

Une note tenue très longtemps impressionne. Mais si elle arrive uniquement pour montrer que le chanteur sait la tenir, elle devient vite une démonstration.

En revanche, lorsque la technique permet de faire oublier l’effort, le public peut entrer dans l’interprétation. Le placement de la voix, le phrasé et la résonance sont alors là, mais presque en dessous. Ils servent.

C’est un peu comme un décor. Il peut demander beaucoup de travail et pourtant personne ne doit passer la soirée à se demander comment il tient debout.

Une voix travaille aussi avec le corps

Sur scène, une voix ne sort pas de nulle part. Il y a un corps autour. Le regard, la position, les gestes et les déplacements changent beaucoup la manière dont le public reçoit les mots.

Certains artistes bougent très peu. Ils restent presque au même endroit et pourtant on les regarde. D’autres utilisent davantage l’espace. Il n’existe pas vraiment de règle.

Par contre les gestes mécaniques se voient vite.

Un comédien qui lève le bras exactement au même endroit chaque soir peut finir par donner l’impression de réciter avec son corps. Le déplacement doit rester naturel, même s’il a été répété vingt fois.

Les repères scéniques sont utiles bien entendu. Il faut savoir où l’on se trouve et comment occuper un plateau. Mais au moment de jouer, l’artiste ne doit plus avoir l’air de compter les pas.

La présence se construit aussi avec le geste, le rythme et la manière d’attirer le regard. On retrouve d’ailleurs cette idée dans d’autres formes de jeu scénique, où la parole n’est jamais totalement séparée du mouvement.

Élément Ce qu’il apporte sur scène
Le timbre Une couleur personnelle
La respiration Plus de liberté dans les phrases
Le regard Un contact avec le public
Le silence De l’attente et du relief
Le corps Une cohérence avec les mots
Le rythme Une manière de conduire l’attention

Le silence fait aussi partie de la voix

Les artistes débutants ont quelquefois peur du silence. Une phrase se termine et ils repartent immédiatement. Comme s’il fallait remplir chaque seconde.

Pourtant une seconde sans parole peut avoir beaucoup de poids.

Dans une salle attentive, ce petit vide fait presque avancer le public vers l’artiste. Tout le monde attend la suite. Puis la voix revient.

Le comédien connait bien cela. Un texte n’est pas seulement une succession de phrases. Une hésitation, une respiration ou un arrêt peuvent modifier complètement le sens.

Pour le chanteur c’est pareil. Une note existe aussi parce qu’elle s’arrête.

En musique, on peut remplir chaque espace avec une note supplémentaire. On peut également laisser respirer. Souvent la deuxième solution fonctionne mieux.

Mais il faut avoir confiance. Laisser deux secondes de silence devant cent personnes parait quelquefois beaucoup plus long que deux secondes dans une cuisine.

Certaines voix semblent déjà avoir vécu quelque chose

Il existe des voix que l’on entend et qui paraissent immédiatement chargées d’une histoire. On ne connait pourtant rien de la personne. Mais quelque chose passe.

On retrouve beaucoup cela dans le blues, le gospel ou la soul. La voix peut être puissante, mais elle peut aussi être cassée, retenue, légèrement rauque. Et cela fonctionne.

Une perfection trop lisse n’est pas toujours ce que l’on recherche.

Certains chanteurs poussent très loin la technique. D’autres gardent une petite fragilité. Le public peut aimer justement cette fragilité parce qu’elle rend l’interprétation plus humaine.

Des générations de chanteurs et de chanteuses ont construit leur identité autour de cette relation entre le timbre, les mots et l’émotion. Pour poursuivre la découverte autour de ces grandes voix, on voit bien que deux artistes issus du même univers musical peuvent être totalement différents.

Et tant mieux.

Une petite imperfection peut devenir une signature

On parle souvent de justesse. C’est normal. Une chanson constamment fausse devient difficile à écouter et un texte incompréhensible fatigue rapidement.

Mais il ne faut pas non plus vouloir tout nettoyer.

Une respiration audible, une attaque un peu particulière ou une note légèrement cassée peuvent faire partie de l’identité de l’artiste. Quelquefois le public reconnait justement une voix grâce à cela.

Cela ne veut pas dire que l’erreur devient une qualité. Il ne faut pas aller trop loin non plus.

Une erreur reste une erreur.

Par contre, une voix parfaitement identique chaque soir peut aussi devenir froide. La scène est vivante. Le chanteur n’a pas forcément la même énergie un mardi et un samedi. Le public change. La salle aussi.

Une phrase peut donc sortir légèrement autrement. Ce n’est pas forcément un problème.

C’est même souvent là que l’on sent qu’il se passe quelque chose pour de vrai.

Une salle peut complètement changer une voix

Une voix ne sonne pas de la même manière partout. C’est évident lorsqu’on passe d’une petite salle de théâtre à une grande scène ou à un espace extérieur.

Dans une petite salle, la voix peut paraitre très proche. Dans un endroit plus réverbérant, les mots commencent quelquefois à se mélanger. La voix porte loin mais la compréhension baisse.

La sonorisation est donc importante.

Un micro ne sert pas simplement à parler plus fort. Il doit permettre de conserver les nuances et rendre les mots compréhensibles jusqu’au fond de la salle.

Trop fort, chaque respiration devient énorme. Trop faible, l’artiste force. Et lorsqu’il commence à forcer pour passer au-dessus du son, sa voix change.

Il faut donc trouver un équilibre entre la scène et la régie. Pas toujours simple.

Le chanteur peut parfaitement avoir travaillé sa voix pendant des années. Si le son est mauvais, le public ne profitera pas de tout ce travail.

Le public ne retient pas forcément ce qui était prévu

Après un spectacle, il est intéressant d’écouter ce que les personnes racontent. Quelquefois elles ne parlent pas du grand final. Elles parlent d’une petite phrase, d’un moment beaucoup plus calme ou d’un passage que l’artiste lui-même ne considérait pas comme le plus important.

La mémoire du public ne suit pas toujours le programme.

Certaines carrières montrent aussi combien la voix, la diction et la présence peuvent finir par ne faire qu’un avec l’interprète. Ce parcours de comédienne donne un exemple de cette relation particulière entre voix et scène.

Une voix peut rappeler une époque, une personne ou même une salle. Quelques mots suffisent ensuite pour faire revenir le souvenir.

Plusieurs choses peuvent aider :

  • un timbre identifiable ;
  • une diction claire ;
  • une voix qui sait monter mais aussi redescendre ;
  • un vrai contact avec le public ;
  • des silences ;
  • une interprétation qui correspond au texte ;
  • un corps qui ne semble pas jouer autre chose que la voix.

Pris séparément, aucun de ces éléments ne garantit quelque chose. Ensemble cela commence à faire une présence.

Au théâtre il faut parler sans donner l’impression de réciter

Pour le comédien, la difficulté est particulière. Le texte est appris. Quelquefois depuis plusieurs semaines. Pourtant le public doit avoir l’impression que la phrase vient d’arriver.

Pas facile.

Une récitation trop régulière se remarque très vite. Toutes les phrases prennent le même rythme. Le comédien sait exactement ce qu’il va dire dans dix secondes, cela s’entend presque.

Il faut donc écouter l’autre.

Une phrase dépend de celle que l’on vient d’entendre. Si le partenaire change légèrement son rythme, le comédien doit pouvoir réagir. Le texte reste le même mais la manière de le donner peut bouger.

L’intention compte alors autant que la diction ou la projection.

Le théâtre demande donc quelque chose d’un peu paradoxal : répéter énormément pour avoir ensuite l’air de ne pas avoir répété.

Une grande voix peut aussi devenir toute petite

Quand on parle de grande voix, on imagine souvent la puissance. Quelqu’un qui remplit une salle sans difficulté.

C’est impressionnant.

Mais les artistes qui savent vraiment utiliser leur voix peuvent aussi faire exactement l’inverse. Ils baissent. Ils rapprochent. Une phrase devient presque confidentielle et le public doit tendre l’oreille.

C’est cette différence qui crée le relief.

Si tout est chanté ou parlé à pleine puissance, l’oreille finit par s’habituer. Même ce qui était spectaculaire au début devient normal après vingt minutes.

Le contraste est donc important.

Fort, puis plus doux. Rapide, puis lent. Une phrase longue, puis deux mots.

C’est aussi cela qui garde le public éveillé.

Conclusion : une voix reste quand elle ressemble vraiment à quelqu’un

Une voix inoubliable n’est pas forcément la voix la plus puissante. Ce n’est pas non plus celle qui monte le plus haut ou qui tient une note pendant quinze secondes.

La technique compte bien entendu. Il faut respirer, travailler, articuler, écouter et recommencer.

Mais ensuite il faut laisser passer la personne.

Une voix peut être grave, claire, rauque, fragile ou très douce. Elle peut avoir de petites imperfections. Ce qui compte surtout est qu’elle corresponde à celui ou celle qui l’utilise.

Le public sent assez vite lorsqu’une voix semble fabriquée.

Et il sent aussi lorsqu’elle appartient vraiment à quelqu’un.

Dans ce cas la technique finit par disparaitre. Le spectateur ne pense plus au souffle ni au placement. Il ne compte pas les notes et ne regarde pas si le comédien projette correctement.

Il écoute.

Puis quelquefois, plusieurs années plus tard, quelques secondes suffisent encore pour reconnaitre cette voix.