Les enfants ne regardent pas toujours un spectacle comme les adultes. Ils parlent, répondent, préviennent l’artiste et quelquefois lui donnent même des conseils. Cela peut surprendre lorsqu’on est habitué au théâtre où le public reste tranquillement dans son fauteuil. Mais avec le jeune public, cette règle n’est pas toujours respectée. L’enfant voit un personnage devant lui et, si celui-ci pose une question, il trouve tout à fait normal de répondre.
Cette réaction est encore plus visible devant un magicien pour enfants. Un foulard disparait derrière son dos et aussitôt plusieurs voix se lèvent. Le magicien fait semblant de ne rien voir, les enfants insistent et le spectacle prend une autre direction pendant quelques secondes. Ce n’est pas forcément du désordre. Quelquefois c’est même exactement ce que l’artiste attendait.
Pour un enfant, la frontière entre la scène et la salle est moins évidente
Un adulte connait généralement les règles d’un spectacle. Il s’assoit, regarde et attend que le comédien termine avant de parler. L’enfant n’a pas toujours cette habitude. Si un personnage cherche quelque chose, il veut l’aider. Si celui-ci se trompe, il le corrige. Et lorsque le héros d’une histoire semble aller dans la mauvaise direction, il n’hésite pas à le prévenir.
La frontière entre la scène et la salle existe donc moins fortement chez lui. Le personnage n’est pas seulement quelqu’un qui joue au loin. Il devient presque une personne avec laquelle il est possible de communiquer. C’est pour cette raison que certains enfants répondent spontanément même lorsqu’aucune question ne leur a été posée.
Le phénomène n’existe naturellement pas uniquement chez les enfants. Le théâtre immersif cherche justement à rapprocher le public de l’action et à supprimer une partie de cette séparation. Mais chez le jeune public, cela se fait souvent sans technique particulière. Il suffit que l’histoire fonctionne.
Répondre au personnage fait déjà partie du spectacle
Dans beaucoup de spectacles destinés aux enfants, la participation est prévue longtemps avant l’ouverture du rideau. L’artiste sait à quel moment il va poser une question et il sait également que la salle va répondre. Il prépare donc son jeu en tenant compte de cela. Quelquefois la réponse des enfants déclenche même la suite du numéro.
Le personnage peut demander où se trouve une boîte, s’il faut ouvrir une porte ou quelle direction prendre. Il peut faire semblant d’avoir oublié une formule magique. Les enfants se sentent alors utiles. Pour eux ce n’est plus seulement un spectacle regardé à distance, ils ont l’impression de contribuer à ce qui se passe.
- prévenir un personnage d’un danger ;
- indiquer où se trouve un objet ;
- répéter une formule ;
- choisir entre plusieurs possibilités ;
- répondre ensemble à une question ;
- encourager l’artiste à continuer.
Naturellement, tout cela reste dirigé. Le professionnel sait généralement où il veut aller. Mais il laisse suffisamment de liberté pour que les jeunes spectateurs aient l’impression que leur réponse possède une importance. C’est cette petite liberté qui donne quelquefois beaucoup de vie à une représentation.
Le fameux quatrième mur résiste moins longtemps devant les enfants
Au théâtre on parle du quatrième mur, celui qui serait placé entre le public et les comédiens. Les trois autres murs appartiennent au décor et le quatrième est imaginaire. Lorsque les acteurs jouent sans regarder la salle, ce mur reste en place. Lorsqu’ils commencent à parler directement aux spectateurs, il disparait déjà un peu.
Avec les enfants, il ne tient quelquefois pas très longtemps. Un simple regard vers la salle suffit. Le comédien pose une question et plusieurs mains se lèvent. Quelquefois personne n’a même demandé de réponse, mais un enfant estime qu’il possède une information importante et qu’il faut la donner.
L’artiste peut naturellement continuer comme si rien ne s’était passé. Mais il peut aussi reprendre la remarque, répondre rapidement et poursuivre son histoire. Dans ce cas le spectateur comprend qu’il existe réellement dans le spectacle. Il ne regarde plus seulement quelqu’un jouer, il est devenu pendant quelques secondes une partie de la scène.
Ce rapport direct existe également dans la magie. Théâtre et illusion utilisent beaucoup la surprise, le regard et la manière de conduire l’attention. On retrouve d’ailleurs ces rapprochements dans l’article consacré à ce que le théâtre doit aux arts de l’illusion. Les deux disciplines n’utilisent pas les mêmes moyens, mais elles cherchent souvent la même chose : emmener le public dans une situation qu’il accepte momentanément de croire.
Pourquoi certains artistes attendent justement que les enfants interviennent
Un spectacle pour enfants n’a pas forcément besoin d’une salle silencieuse pendant une heure. Il doit surtout garder l’attention. Et quelquefois une réponse collective vaut mieux qu’un silence où personne ne suit réellement ce qui se passe. L’enfant peut parler justement parce qu’il a compris l’histoire et veut participer.
Le clown fait semblant de ne pas voir quelque chose. Le marionnettiste envoie son personnage dans la mauvaise direction. Le magicien cache mal volontairement un objet. Dans tous ces cas, l’artiste provoque la réaction. Il sait que les enfants vont parler et prépare même quelquefois une réponse à leur réponse.
Cette façon de travailler permet de donner du rythme. Il y a un moment où tout le monde parle, puis un autre où la salle se calme. L’artiste reprend l’histoire et quelques minutes plus tard provoque une nouvelle réaction. Cela donne une sorte de respiration au spectacle.
On peut d’ailleurs retrouver ce contraste dans l’article consacré au moment où une animation simple crée le plus grand silence chez les enfants. Le jeune public peut être très bruyant et, quelques secondes après, rester complètement immobile. Tout dépend de ce que l’artiste lui propose.
Une remarque imprévue peut obliger l’artiste à improviser
Tout ne peut pas être écrit à l’avance. Même avec un spectacle répété des dizaines de fois, un enfant peut poser une question que personne n’avait prévue. Il peut annoncer qu’il connait le tour, dire qu’il a vu quelque chose ou faire une remarque qui n’a presque aucun rapport avec la scène. C’est là que l’expérience de l’artiste entre vraiment en jeu.
Il faut décider rapidement s’il faut répondre ou continuer. Une remarque amusante peut devenir un petit moment supplémentaire. En revanche, si l’artiste commence une discussion trop longue, la représentation peut perdre son rythme. Il faut donc souvent répondre en une phrase, faire rire si possible et revenir immédiatement au spectacle.
Cette improvisation ne signifie pas que le comédien abandonne son texte. Il adapte simplement ce qui se passe autour de lui. Un spectacle professionnel possède une structure, mais cette structure doit quelquefois supporter un petit détour. Avec les enfants, ces détours sont fréquents.
Les artistes qui connaissent bien le jeune public savent également qu’il ne faut pas ridiculiser celui qui intervient. Une réponse trop sèche peut casser l’ambiance. Il vaut mieux reprendre la remarque avec humour ou la laisser passer. Et quelques secondes après, tout le monde est revenu dans l’histoire.
Les enfants ne participent pas tous de la même manière
Il ne faut pas imaginer que tous les enfants parlent sans arrêt. Certains sont très démonstratifs, d’autres préfèrent regarder. L’âge change aussi beaucoup les réactions. Un enfant de trois ou quatre ans peut parler directement au personnage sans se demander s’il s’agit d’un comédien. Un enfant de dix ans comprend mieux le mécanisme et cherchera quelquefois à deviner la suite.
Le caractère possède lui aussi son importance. Certains lèvent la main avant même d’avoir entendu la question. D’autres resteront assis pendant tout le spectacle mais pourront raconter ensuite chaque détail. Les deux ont pourtant regardé la même représentation.
Le nombre de spectateurs change également l’ambiance. Devant quinze enfants, les échanges peuvent être presque individuels. Devant cent cinquante, la réaction devient collective. Une seule voix entraine une deuxième, puis toute une partie de la salle se met à répondre.
| Situation | Réaction possible du jeune public |
|---|---|
| Petit groupe | Les enfants parlent directement à l’artiste et les échanges sont plus personnels. |
| Grande salle | Les réponses deviennent collectives et peuvent monter très vite en volume. |
| Enfants de 3 à 5 ans | Ils entrent facilement dans l’histoire et parlent directement au personnage. |
| Enfants plus âgés | Ils cherchent davantage à comprendre, anticiper ou expliquer ce qui se passe. |
| Groupe scolaire | La réaction d’un enfant peut rapidement être reprise par toute la classe. |
Un artiste expérimenté observe donc son public dès les premières minutes. Il voit rapidement s’il peut beaucoup faire participer ou s’il vaut mieux ralentir. Cette adaptation peut sembler invisible pour les spectateurs. Pourtant elle change souvent la qualité de la représentation.
Quand la participation devient trop importante
Faire participer les enfants est une bonne chose, mais il existe naturellement une limite. Si cinquante personnes parlent toutes en même temps, plus personne n’entend le spectacle. L’artiste doit alors reprendre la main sans donner l’impression qu’il vient de gronder son public.
Crier plus fort n’est pas toujours la bonne solution. Quelquefois il suffit au contraire de baisser la voix. Les premiers enfants essaient d’écouter, puis les autres les imitent. Un silence de quelques secondes peut aussi fonctionner. L’artiste attend, regarde la salle et reprend lorsque l’attention revient.
Il peut également poser une question très précise et demander une réponse collective. Ainsi tout le monde parle au même moment, puis le spectacle continue. Cette méthode canalise l’énergie au lieu de la supprimer.
Le but n’est surtout pas d’obtenir une salle froide. Une fois l’enthousiasme cassé, il n’est pas toujours facile de le retrouver. Le professionnel cherche donc un équilibre entre participation et écoute. C’est une différence importante entre faire du bruit et faire vivre un public.
Le jeune public repère parfois ce que les adultes oublient
Un adulte regarde souvent là où il pense que l’action va se passer. L’enfant n’a pas toujours cette habitude. Il peut observer une main, un accessoire posé sur le côté ou un personnage qui n’est pas au centre de la scène. Et justement quelquefois il voit quelque chose que les autres n’ont pas remarqué.
Cette attention particulière explique certaines réactions. Le personnage croit avoir caché un objet, mais un enfant l’a vu. Il le dit. Le marionnettiste pense que tout le monde regarde la tête du personnage, mais un jeune spectateur observe déjà son bras. Cela oblige les artistes à être particulièrement précis.
Dans le monde de la marionnette, quelques mouvements suffisent à faire comprendre beaucoup de choses. Une tête qui se baisse, un personnage qui s’arrête ou qui se tourne légèrement peut déjà provoquer une réaction. C’est justement le sujet de cet article qui explique comment une marionnette transmet une émotion avec très peu de mouvements.
Le jeune public n’est donc pas forcément inattentif lorsqu’il parle. Quelquefois c’est exactement le contraire. Il a tellement bien regardé qu’il veut immédiatement expliquer ce qu’il vient de voir.
Une salle d’enfants possède son propre rythme
Le rythme d’une salle d’enfants est particulier. Il peut y avoir trente secondes de silence parfait et ensuite une explosion de réponses. Quelques instants plus tard le calme revient. Pour un artiste qui travaille principalement devant des adultes, cette alternance peut surprendre.
Le jeune public exprime beaucoup plus directement ses émotions. Lorsqu’il trouve quelque chose drôle, cela s’entend. Lorsqu’il s’ennuie, cela se voit aussi très rapidement. Et lorsqu’il a peur, le comédien doit parfois modifier légèrement son jeu pour rassurer.
Il ne faut donc pas jouer exactement de la même manière devant toutes les tranches d’âge. Un effet qui fonctionne parfaitement avec des enfants de neuf ans pourra impressionner des petits de quatre ans. À l’inverse, un gag très simple qui fait hurler de rire les maternelles semblera peut-être trop évident aux plus grands.
L’artiste doit sentir cette différence et ajuster. Cela ne veut pas dire changer tout le spectacle. Quelques mots, un rythme plus rapide ou une présentation différente peuvent suffire.
Le silence n’est pas toujours la preuve qu’un spectacle fonctionne
On aime dire qu’une salle silencieuse est une salle attentive. C’est souvent vrai, mais pas toujours. Un public peut également rester silencieux parce qu’il ne suit plus. Avec les enfants il faut donc regarder la qualité de ce silence et non uniquement son existence.
Lorsque tous les regards sont tournés vers la scène et que personne ne bouge, l’artiste sait généralement que le moment fonctionne. Mais une salle qui répond fortement peut être tout aussi concentrée. Les enfants ont simplement une autre manière d’exprimer leur attention.
Si les réactions correspondent à l’histoire, elles sont même souvent positives. Un groupe qui crie « derrière toi » au bon moment suit parfaitement l’action. En revanche, si chacun commence à parler de tout autre chose, il faudra probablement reprendre l’attention.
Le bruit n’est donc pas forcément le contraire de l’écoute. Dans certains spectacles, il est prévu, provoqué et même nécessaire.
Le spectacle jeune public ressemble quelquefois à une conversation
Un spectacle classique peut être construit comme une œuvre montrée au public. Le jeune public transforme quelquefois cette relation en conversation. L’artiste propose, les enfants répondent et il utilise leur réaction pour continuer. Puis il reprend la direction jusqu’à la prochaine intervention.
Cette manière de faire existe dans le théâtre, la magie, le clown, le conte ou la marionnette. Les méthodes changent mais le principe reste proche. Donner au spectateur l’impression qu’il est concerné.
Il ne faut naturellement pas laisser la salle décider de tout. L’artiste reste celui qui conduit la représentation. Mais il peut ouvrir de petites portes. Une question, une remarque, un rire ou un choix suffisent pour que l’enfant se sente réellement présent.
C’est souvent là que le souvenir devient plus fort. L’enfant ne dira pas seulement qu’il a vu un spectacle. Il expliquera qu’il a parlé au magicien, aidé le personnage ou prévenu la marionnette. Pour lui la différence est importante.
Questions fréquentes sur les réactions des enfants pendant un spectacle
Est-il normal qu’un enfant parle pendant un spectacle ?
Oui, surtout lorsqu’il s’agit d’un spectacle conçu pour le jeune public. Les enfants réagissent spontanément à ce qu’ils voient et certains artistes utilisent volontairement cette participation. Il faut simplement distinguer l’enfant qui suit l’histoire de celui qui parle parce qu’il n’écoute plus.
Pourquoi les spectacles pour enfants sollicitent-ils autant le public ?
Parce que la participation maintient souvent l’attention. Répondre à une question ou répéter une formule permet à l’enfant de se sentir concerné. Il ne regarde plus seulement l’action, il possède l’impression d’en faire partie.
Qu’est-ce que le quatrième mur au théâtre ?
Le quatrième mur est la frontière imaginaire entre la scène et le public. Lorsqu’un comédien s’adresse directement aux spectateurs, cette séparation est rompue. Dans les spectacles destinés aux enfants, cela arrive très régulièrement.
Comment un artiste doit-il réagir lorsqu’un enfant l’interrompt ?
Il peut répondre rapidement si la remarque apporte quelque chose au spectacle, puis reprendre son jeu. S’il répond trop longtemps à chaque intervention, la représentation risque de perdre son rythme. L’expérience consiste justement à savoir quand utiliser la remarque et quand la laisser passer.
Les enfants plus âgés participent-ils moins ?
Pas forcément. Ils participent souvent autrement. Les plus petits parlent directement au personnage, tandis que les plus grands cherchent davantage à comprendre ce qui se passe ou à anticiper la suite. Ils peuvent donc être tout aussi présents mais avec des réactions différentes.
Un spectacle participatif est-il forcément bruyant ?
Non. L’artiste peut alterner des moments où toute la salle répond et d’autres où le silence est nécessaire. C’est justement cette alternance qui donne du rythme. Une bonne participation ne signifie pas que tout le monde parle pendant toute la représentation.
Quand la salle devient une partie de la scène
Les enfants parlent aux artistes parce qu’ils ne voient pas toujours la scène comme un monde complètement séparé du leur. Le personnage est devant eux, il semble avoir besoin d’aide et ils répondent. Cela parait quelquefois désordonné vu depuis le fond de la salle, mais pour l’artiste habitué au jeune public, cette réaction peut devenir une véritable matière de jeu.
Il faut simplement savoir la conduire. Laisser parler lorsque le moment le permet, reprendre la main ensuite et revenir au silence lorsqu’un effet important arrive. Le spectacle avance alors avec les enfants et non pas seulement devant eux.
C’est probablement une des grandes différences avec un public adulte. L’enfant ne se contente pas toujours d’applaudir à la fin. Il veut quelquefois intervenir tout de suite. Et lorsqu’un artiste sait utiliser cette envie sans perdre le fil de sa représentation, la salle devient pendant quelques instants une partie du spectacle.