sourire de marionnette

Comment une marionnette peut-elle transmettre une émotion avec très peu de mouvements ?

Une marionnette n’a pas besoin de bouger dans tous les sens pour donner une émotion. Bien au contraire. Elle peut rester presque immobile et pourtant faire comprendre au public qu’elle écoute, qu’elle a peur ou qu’elle vient de découvrir quelque chose. Il suffit parfois de tourner légèrement la tête. Ou de ne rien faire pendant deux secondes. Et le spectateur comprend quand même.

Cela peut paraitre étonnant car une marionnette ne possède pas les expressions d’un vrai visage. Elle ne rougit pas, ne fronce pas réellement les sourcils et ses yeux restent souvent au même endroit. Pourtant elle peut sembler vivante. Le manipulateur donne quelques mouvements et le public fait le reste. C’est justement là que cela devient intéressant.

Le spectateur complète lui-même les mouvements qui n’existent pas

Lorsqu’une marionnette tourne la tête vers un objet, le spectateur pense qu’elle le regarde. Pourtant les yeux n’ont quelquefois pas bougé du tout. Ils sont toujours dans la même position. Mais la tête s’est déplacée et cela suffit pour que le public comprenne ce qui se passe. Il imagine le regard sans vraiment s’en rendre compte.

C’est un peu la même chose dans beaucoup de spectacles. Tout n’est pas montré. Le public accepte ce qu’on lui propose et complète ce qui manque. C’est aussi pour cela que le théâtre doit aux arts de l’illusion une partie de sa manière de jouer avec le regard. Sur scène il suffit quelquefois de donner quelques signes. Le spectateur construit la suite.

L’immobilité peut quelquefois transmettre davantage qu’un mouvement permanent

Une marionnette qui bouge tout le temps finit par fatiguer le regard. La tête va à droite, puis à gauche, les bras remontent et la bouche n’arrête pas de fonctionner. Au bout d’un moment le public ne sait même plus quel mouvement regarder. Alors que si le personnage s’arrête brutalement, tout le monde remarque cette immobilité.

Imaginons qu’un autre personnage lui annonce quelque chose. La marionnette reste immobile. Une seconde. Puis deux. Elle tourne ensuite très lentement la tête. Ce mouvement minuscule peut suffire pour faire rire. Car le public a compris qu’elle vient de réfléchir. Pourtant rien n’a été expliqué.

Un petit retard dans le mouvement peut donner l’impression qu’elle réfléchit

Si chaque geste arrive immédiatement, la marionnette peut sembler mécanique. Quelqu’un parle et elle tourne aussitôt la tête. Quelqu’un lui montre un objet et elle réagit immédiatement. Cela fonctionne mais ce n’est pas toujours ce qui donne le plus de vie au personnage. Dans la réalité on ne réagit pas toujours aussi vite.

Le manipulateur peut donc laisser passer un très petit temps. Le personnage entend une phrase. Il reste là. Puis seulement après il regarde celui qui vient de parler. Ce retard peut faire penser qu’il réfléchit ou qu’il ne comprend pas. Il ne faut pas attendre dix secondes naturellement. Mais une petite hésitation change déjà beaucoup.

Le corps peut exprimer une émotion alors que le visage reste presque identique

Le visage d’une marionnette peut rester exactement le même pendant tout le spectacle. Pourtant le personnage peut sembler joyeux à un moment et triste quelques minutes plus tard. Cela vient souvent de la position du corps. Une tête baissée, les épaules un peu tombantes et le personnage parait différent. Il se redresse et regarde devant lui. L’impression change encore.

C’est ce qui se remarque aussi avec Kermit la grenouille. Son visage reste assez simple et pourtant il peut donner beaucoup d’émotions. Ce n’est donc pas uniquement le visage qui fait vivre une marionnette. La tête, le corps et surtout la manière de passer d’une position à une autre comptent énormément.

kermit

Une marionnette peut sembler écouter sans faire absolument rien

Lorsqu’un personnage écoute, il n’a pas besoin de hocher la tête à chaque phrase. Pourtant c’est quelquefois ce que fait celui qui débute. Un mot est prononcé et la marionnette bouge. Une autre phrase arrive et elle bouge encore. À force elle donne surtout l’impression d’être secouée.

Pour écouter, il suffit souvent de regarder celui qui parle. La marionnette reste immobile. Puis lorsque l’autre personnage termine sa phrase, elle peut tourner lentement la tête vers le public. Rien de plus. Et pourtant toute la salle peut comprendre qu’elle n’est pas d’accord ou qu’elle vient d’entendre quelque chose d’étrange.

Pourquoi trop de mouvements peuvent faire perdre une partie de l’émotion

Faire vivre une marionnette ne veut pas dire la faire bouger sans arrêt. Plus il y a de gestes et moins chacun devient important. Si elle lève le bras vingt fois, le vingt-et-unième ne sera plus vraiment regardé. Si elle ne le fait qu’une fois au bon moment, le public le voit tout de suite.

Le mouvement doit donc avoir une raison. Le personnage regarde quelque chose parce qu’il vient de l’entendre. Il recule parce qu’il a peur. Il baisse la tête parce qu’il vient de comprendre. Naturellement tous les gestes n’ont pas besoin d’être étudiés longtemps. Mais ils doivent servir le spectacle et pas seulement remplir l’espace.

Le décor peut renforcer une émotion sans que la marionnette bouge davantage

Une marionnette ne joue pas seule dans le vide. Il y a un décor, une entrée, quelquefois une petite fenêtre ou simplement un rideau. Si le personnage regarde longtemps une porte fermée, le public comprend qu’il attend quelqu’un. Sans cette porte le même mouvement n’aurait pas forcément la même signification.

L’espace compte donc presque autant que le mouvement. Au théâtre, il existe aussi des repères précis pour savoir où l’on joue et dans quelle direction on se déplace. La différence entre le côté cour et le côté jardin en est un exemple. Pour une marionnette l’espace est plus petit. Mais il faut tout de même savoir d’où arrive le personnage et où il regarde.

Le mouvement de la tête est souvent plus important que celui des bras

Les bras servent naturellement. Ils peuvent montrer un objet, repousser quelqu’un ou saluer le public. Pourtant la tête attire souvent davantage le regard. Lorsqu’elle se tourne, le spectateur pense immédiatement que le personnage vient de voir quelque chose. Ce mouvement devient donc très important.

Il n’est même pas nécessaire de tourner beaucoup. Quelques centimètres peuvent suffire. Une inclinaison sur le côté donne une autre attitude. La tête légèrement baissée en donne encore une autre. Ce sont de petits mouvements. Mais placés au bon moment ils peuvent changer complètement le personnage.

Le personnage peut regarder le public sans lui dire un seul mot

Une marionnette vient de faire une bêtise. Un autre personnage lui explique qu’elle s’est trompée. Elle ne répond rien. Puis elle tourne simplement la tête vers le public. Tout le monde comprend ce qu’elle veut dire. Elle cherche du soutien. Ou elle demande presque silencieusement si les spectateurs sont d’accord avec elle.

Le public entre alors un peu dans le spectacle. Il n’est plus seulement là pour regarder. Cette manière de casser légèrement la séparation existe aussi dans le théâtre immersif. Naturellement la marionnette ne va pas forcément descendre dans la salle. Mais un simple regard peut déjà créer une relation avec ceux qui sont devant.

Le silence peut faire davantage que trois gestes et une phrase

Quand tout va vite, le public n’a pas toujours le temps de regarder. Une phrase arrive. Puis une autre. Le personnage bouge. Le suivant entre. Et encore autre chose. Pourtant il suffit quelquefois de laisser un silence pour que l’attention revienne immédiatement vers la marionnette.

Cela se remarque bien avec les enfants. Un personnage parle fort puis s’arrête complètement. Tout le monde attend ce qui va se passer. On retrouve cette idée dans cet article sur une animation simple qui crée le silence chez les enfants. Quelquefois pour attirer l’attention il ne faut pas ajouter. Il faut enlever.

La bouche ne doit pas devenir une machine qui s’ouvre à chaque syllabe

Sur beaucoup de marionnettes la bouche est très visible. On pourrait donc penser qu’il faut l’ouvrir et la fermer continuellement pour donner l’impression qu’elle parle. Pourtant si le mouvement devient trop régulier, le spectateur regarde davantage la bouche que le personnage lui-même.

Il vaut mieux suivre le rythme général de la parole. La bouche s’ouvre, se ferme, puis s’arrête lorsque l’autre personnage répond. Comme pour le reste, il faut laisser des moments calmes. Sinon la marionnette donne l’impression de fonctionner mécaniquement du début à la fin.

Le mouvement d’un autre personnage peut donner une émotion à celui qui ne bouge pas

Deux marionnettes sont présentes. La première parle beaucoup. Elle insiste. Elle explique encore. La deuxième reste pratiquement immobile. Pourtant le public peut finir par regarder uniquement celle qui ne dit rien. Car il attend sa réaction.

Quand cette deuxième marionnette tourne enfin la tête, le rire peut arriver. Elle n’a presque rien fait. Mais tout ce que l’autre personnage a raconté juste avant a préparé ce mouvement. Une scène fonctionne donc avec plusieurs personnages. Celui qui ne bouge pas peut être aussi important que celui qui parle.

Un mouvement un peu imparfait peut quelquefois sembler plus naturel

Une personne ne bouge jamais exactement comme une machine. Elle commence un geste, hésite, recommence ou s’arrête. Une marionnette peut faire la même chose. Si tous ses mouvements sont parfaitement identiques et arrivent toujours à la même vitesse, elle risque de perdre un peu de naturel.

Il ne faut pas pour autant la manipuler n’importe comment. Mais une légère hésitation peut être intéressante. Le personnage commence à tourner la tête puis s’arrête. Il revient un peu en arrière. Cela peut donner l’impression qu’il vient de changer d’avis. Et le public peut parfaitement comprendre cette idée.

La vitesse d’un seul mouvement peut changer toute l’émotion

Le même geste ne veut pas toujours dire la même chose. Une tête qui se tourne très vite peut montrer la surprise. Exactement le même mouvement réalisé lentement peut faire penser que le personnage se méfie. La direction reste pourtant identique.

C’est donc aussi la vitesse qui donne une partie de l’émotion. Le manipulateur peut accélérer, ralentir ou faire une pause. Avec très peu de mouvements il possède finalement beaucoup de possibilités. Il ne change pas forcément la marionnette. Il change seulement la manière de la faire bouger.

Quelques mouvements suffisent pour faire comprendre des choses très différentes

Il n’existe pas un règlement disant qu’une tête baissée veut toujours dire que le personnage est triste. Tout dépend de l’histoire. Il peut aussi être gêné ou simplement regarder quelque chose par terre. Mais certaines attitudes donnent malgré tout rapidement une idée au public.

Le tableau suivant montre quelques exemples. Ce ne sont pas des règles absolues. Car le texte, la voix et les autres personnages peuvent complètement changer ce que le spectateur comprend.

Mouvement Ce que le public peut comprendre Ce qui peut changer le sens
Tête légèrement baissée Tristesse, gêne ou réflexion Le texte et la situation
Tête tournée très rapidement Surprise ou peur Ce qui vient de se passer
Personnage complètement immobile Écoute ou attente La durée du silence
Petit mouvement en arrière Peur ou étonnement L’objet ou le personnage qui se trouve devant
Regard vers les spectateurs Complicité ou demande de soutien La phrase prononcée juste avant

Le public peut finir par oublier qu’il regarde seulement un objet

Tout le monde sait qu’une marionnette est fabriquée avec du tissu, du bois, de la mousse ou d’autres matériaux. Le public sait aussi qu’il existe quelqu’un derrière ou dessous pour la faire bouger. Il n’y a aucun secret sur ce point. Pourtant après quelques minutes on peut oublier cela.

Le spectateur regarde alors le personnage et plus seulement l’objet. Il attend sa réponse. Il rit lorsqu’il se trompe. Il comprend lorsqu’il hésite. C’est peut-être là le plus important. Une marionnette possède peu de mouvements mais elle peut donner beaucoup d’émotions lorsque le public accepte de la regarder comme quelqu’un.

Questions fréquentes sur les mouvements et les émotions d’une marionnette

Une marionnette doit-elle avoir beaucoup d’expressions sur le visage ?

Non. Certaines marionnettes possèdent un visage presque fixe et fonctionnent très bien. La position de la tête, du corps et le rythme des mouvements permettent déjà de faire comprendre beaucoup de choses au public.

Pourquoi l’immobilité peut-elle être aussi importante ?

Parce qu’elle crée une différence avec ce qui se passait juste avant. Si le personnage bouge puis s’arrête soudainement, le public remarque immédiatement ce changement. Il attend alors la suite.

Faut-il faire bouger une marionnette lorsqu’un autre personnage parle ?

Pas toujours. Elle peut rester presque immobile et simplement orienter son visage vers celui qui parle. Cela suffit souvent pour donner l’impression qu’elle écoute.

Les enfants comprennent-ils vraiment ces petits mouvements ?

Oui. Ils ne vont pas forcément expliquer pourquoi ils pensent que la marionnette est étonnée ou qu’elle réfléchit. Mais ils comprennent la situation. Le mouvement et l’histoire fonctionnent ensemble.

La voix est-elle plus importante que le mouvement ?

Les deux sont importants. Mais une marionnette peut aussi faire rire sans prononcer un seul mot. Un regard vers le public ou une longue immobilité peuvent quelquefois provoquer davantage de réaction qu’une phrase.

Pourquoi une marionnette très simple peut-elle sembler vivante ?

Parce que le public complète ce qui manque. Le manipulateur donne quelques mouvements et le spectateur leur donne un sens. La marionnette n’a donc pas besoin de reproduire exactement le visage ou les gestes d’une vraie personne pour fonctionner.