Noël TINAZZI Paris
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Publié le 21 juin 2021
« La Somnambule », opéra romantique de Bellini, est mis en scène par Rolando Villazon au Théâtre des champs Élysées. La lourdeur de la scénographie contraste avec la richesse de la musique et l’engagement des interprètes.

Romantique ou surréaliste ? A hésiter entre ces deux pôles esthétiques, la mise en scène du fameux ténor mexicain Rolando Villazon de La Somnambule verse parfois dans le kitsch. Pour le public, l’Impression d’étrangeté est créée d’entrée de jeu au Théâtre des Champs Élysées par les restrictions sanitaires et les règles de distanciation sociale : pass sanitaire requis à l’entrée, public clairsemé, orchestre installé non dans la fosse mais sur une sorte d’avant-scène empiétant sur le parterre, choristes masqués...  Du coup, l’opéra qui représente un des sommets du bel canto prend un coup de froid, renforcé par le décor de montagnes enneigées qui écrase la scène. L’action il est vrai se situe en Suisse avec une héroïne victime de somnambulisme et des comportements involontaires qui bouleversent les codes moraux d’une société ultra-corsetée.   

Quoique moins connue que son chef d’œuvre, Norma, La Somnambule (1831), créé quelques mois avant elle, connut un succès considérable durant tout le XIXe siècle. A raison car le thème fascinant du somnambulisme a inspiré à Bellini des très belles pages mélodiques à même de traduire les états d’âme complexes d’une jeune et pure héroïne, Amina, victime innocente d’un mal inconnu qui la conduit jusque dans la chambre d’auberge où loge le Comte Rodolfo, le soir même de ses fiançailles avec le riche fermier Elvino. Lequel dans sa cruelle désillusion répond aux avances de l’aubergiste Lisa qui n’attend que cette aubaine.

D’une difficulté inouïe, l’ouvrage offre quelques-uns des plus beaux airs du répertoire bel cantiste avec des morceaux de bravoure qui, outre la présence scénique donnant sa crédibilité au drame, demandent des qualités peu communes aux solistes :  aigus stratosphériques, longueur de souffle, agilité dans les vocalises. Le tout propre à traduire les tensions naissant de l’opposition entre un cadre sociétal rigide et les aspirations naturelles des individus à la liberté.

Pulsions de l’inconscient

Rolando Villazon, qui connaît son affaire, n’a pas cherché à transposer l’action dans un espace/temps différent de celui de la création. Ni à entraver les chanteurs par des exigences de mise en scène absconses. Au risque de tomber dans l’excès inverse en figeant les interprètes dans des attitudes convenues et en multipliant les intentions un peu lourdingues sans craindre les incohérences.

La scénographie a rassemblé dans un seul et même espace les épisodes de cet opéra en deux actes à l’intrigue mouvementée. Des toiles peintes de sommets enneigés surmontent la scène enserrant un espace clos flanqué d’une multitude de portes figurant aussi bien une chambre d’auberge qu’une place de village. L’ensemble, rigide et oppressant, se veut à l’image de la société étouffante dans laquelle évoluent les personnages. A charge pour trois danseuses parcourant la scène de ci de là, légèrement vêtues de voilages diaphanes, de figurer les pulsions de l’inconscient.

Si on peine à croire à l’histoire de la malheureuse Amina on finit par entrer dans le drame grâce surtout au chef italien Riccardo Frizza qui sans éteindre les personnalités veille à la cohésion de l’ensemble. Spécialiste du répertoire romantique, il dirige avec finesse l’Orchestre de chambre de Paris et le Chœur de Radio France donnant à entendre toutes les couleurs de la partition luxuriante de Bellini, riche en mélodies, cantilènes, cabalettes, coloratures dont le rythme va crescendo, emportant le chœur et les solistes dans des ensembles pleins de fougue.

La soprano sud-africaine Pretty Yende incarne le rôle-titre avec un naturel très touchant et des prouesses vocales qui forcent l’admiration même si elles manquent parfois de souplesse. Dans le rôle du fiancé Elvino, le ténor italien Francesco Demuro dispose d’un timbre séduisant mais est un peu engoncé. L’imposante basse ukrainienne Alexander Tsymbalyuk lui ravit la vedette dans le personnage du comte Rodolfo, aigle noir surgi de nulle part pour troubler la quiétude des villageois, et – surtout - des villageoises.

La Somnambule
Paris Du 15/06/2021 au 26/06/2021 à 19h30 Théatre des Champs-Elysées 15 avenue Montaigne, 75008 Paris Téléphone : 01 49 52 50 50. Site du théâtre Réserver  

La Somnambule

de Vincenzo Bellini

Opéra
Mise en scène : Rolando Villazon
 
Avec : Pretty Yende, Alexander Tsymbalyuk, Francesco Demuro, Annunziata Vestri, Sandra Hamaoui, Marc Scoffoni.

Direction : Riccardo Frizza  
Décors : Johannes Leiacker
Chorégraphie : Philippe Giraudeau
Costumes : Brigitte Reiffenstuel
Lumières : Davy Cunningham

Durée : 2h30 Photo : © Vincent Pontet