Le Mariage de Mademoiselle Beulemans
Suzane VANINA Bruxelles
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Publié le 21 avril 2014
Une construction classique mais efficace, une brassée de bons sentiments (filiaux notamment, une denrée rare), un produit emblématique, des amoureux sympa et pour pimenter, ne pas lésiner sur la couleur locale; présentez le tout par des comédiens sincères et qui s'amusent... une recette de longévité ?

Quand "Non peut-être !" veut dire "Oui évidemment, oui sûrement !", c'est que nous sommes au coeur même de la brusselitude ! "Et ça est tof !"/"C'est chouette". L'accent bruxellois est un des accents de Belgique le plus connu et ...le plus moqué. Sa langue particulière, "mélange de mauvais français et de mauvais flamand" (dixit Louis Quiévreux), s'illustre dans une pièce-monument que l'on pourrait qualifier d'appartenant au patrimoine immatériel... de Bruxelles. Elle reste néanmoins parfaitement accessible à tout non-bruxellophone.

Avec cette pièce, le Théâtre des Galeries où elle connut une naissance inattendue, et la Compagnie théâtrale qui la reprend régulièrement, restent indisolublement liés. Sa re-création met un point d'orgue à une saison festive où La Compagnie des Galeries y célèbre, elle, son 60ème anniversaire.

1910-2014: plus d'un siècle de succès renouvelé à chacune des reprises, et celles-ci furent très nombreuses. Elle fut créée dans l'impérative et périlleuse nécessité de remplacer sur le pouce et au pied levé, le faux bond d'une compagnie par ces acrobates théâtraux que furent alors Fonson et Wicheler, heureusement déjà habitués des scènes bruxelloises. Prévue pour tenir le temps d'un remplacement, elle passe pour être la pièce d'auteur belge la plus jouée dans le monde. Après avoir été fort bien accueillie en son temps à Paris (un "exotisme" apprécié et qui laissera des traces), elle a été traduite dans une bonne quinzaine de langues et adaptée jusqu'en japonais.

L'action se passe entièrement à Bruxelles, dans les lieux de trois actes traditionnels: le bureau de l’établissement des "Bières en bouteilles Beulemans", chez la famille Beulemans elle-même et dans une salle de la "Maison des Brasseurs", authentique édifice existant de la célèbre Grand'Place.

Monsieur Beulemans/Daniel Hanssens est un opulent fabricant de bière qui a pour ambition d'être nommé président de "l'Association des Brasseurs" : c'est un des noeuds de l'histoire. Sa fille, Suzanne/Wendy Piette " tient les livres" secondée par Albert Delpierre/Damien De Dobbeleer, le fils d'un correspondant parisien de Monsieur Beulemans, venu faire un stage à "Brukselles"...

Monsieur Beulemans "n'ainme pas ce garçon" qu'il juge poseur parce que justement, il ne connait pas le parler bruxellois, ni les habitudes belges. Albert serait prêt à s'en retourner chez lui mais il y a Suzanne... qui d'ailleurs le retiendra car "elle a un boentje" pour lui, et même plus. Elle en est amoureuse, bien plus que de Séraphin/Denis Carpentier, le fils d'un autre brasseur, à qui elle est fiancée par la volonté de ses parents, d'accord là-dessus alors qu'ils se chamaillent tout le temps.

Voilà pour l'autre noeud. Quant à Séraphin, docile devant son père, on apprendra qu'il a un passé sentimental, une famille cachée... Encore un noeud. La situation va donc s'embrouiller mais "Suzanneke" saura en démêler les fils, trouver des solutions. C'est finalement elle qui mènera tout ce petit monde par le bout du nez car "on ne sait rien lui refuser"...

C'est tout de même de son mariage qu'il est question...

On l'avait déjà remarquée dans un tout autre registre  (http://www.ruedutheatre.eu/article/1945/antigone/) et Wendy Piette est la bonne surprise de cette version. Succédant à beaucoup d'autres jeunes premières, elle évite le côté nunuche du personnage. Ravissante et mutine, elle parait juste, de bout en bout... un sacré petit bout de femme ! Grâce à elle le titre prend du relief et toute son importance.

Tous les acteurs pratiquent l'art de la "zwanze" (humour) et de l'accent "brusseleir" avec aisance. L'abattage et le physique de Daniel Hanssens (une rondeur) sied fort bien au père Beulemans et il est indiscutablement devenu titulaire du rôle. Pourtant, ce n'est pas nécessairement de ceux que le public attend qu'il retire le plus de plaisir. De 'petits rôles' ne déméritent pas, telle la bonne Isabelle de Laure Godisiabois ou le père parisien de Pascal Racan.

"Le Mariage de Mademoiselle Beulemans" est aux Bruxellois ce que la trilogie de Pagnol est aux Marseillais : leur chef-d'oeuvre inamovible, leur trésor sacré. Et la comparaison est d'autant plus justifiée que ce sont les Bruxellois qui ont donné le petit coup de pouce au Marseillais pour oser le folklore. En 1960, celui-ci écrivait : "En 1926, je vis jouer "Le Mariage...". Ce soir-là, j'ai compris qu'une oeuvre locale mais profondément sincère et authentique pouvait prendre place dans le patrimoine littéraire d'un pays et plaire au monde entier. J'ai donc essayé de faire pour Marseille ce que Fonson et Wicheler avaient fait pour Bruxelles".

le 5 juin 2014 à 10:40
De : Gallet Titre : Question Madame, Monsieur, Je coordonne une équipe d’enseignants et d’étudiants de l’Université de Strasbourg que réunit l’ambition de monter une adaptation libre, dans le milieu des brasseurs alsaciens, du "Mariage de Melle Beulemans". Au prétexte de la bière et de ses variétés, l’intrigue, menée sur un rythme endiablé, verra se confronter des personnages représentant des caractères nationaux. Si j'ai pu mettre la main sur une vieille édition, j'aimerais disposer d'une version électronique du texte à partir de laquelle se ferait directement le travail de réécriture. Or, même s'il est dans le domaine public, le texte demeure introuvable sur Internet. Auriez-vous une piste à m'indiquer ? En vous sachant gré de votre attention. Bien à vous, Jean-Christophe Gallet Université de Strasbourg Faculté LSHA Bureau 51.28 jcgallet@unistra.fr Tél. 03.68.85.67.69
le 5 juin 2014 à 16:21
De : VANINA Suzane Titre : vers un intermédiaire Une réponse directe ici. Je peux vous conseiller de vous adresser directement à l'attaché de presse du théâtre, soit fabrice.gardin@trg.be. Bien amicalement, S.V.
Bruxelles - Belgique Du 16/04/2014 au 18/05/2014 à Du Ma au Sa: 20h15 - Les Di: 15h. Théâtre Royal des Galeries Galerie du Roi, 32 1000 Bruxelles Téléphone : +32 2 512 04 07. Site du théâtre Réserver  

Le Mariage de Mademoiselle Beulemans

de Jean François Fonson, Fernand Wicheler

Comédie Théâtre
Mise en scène : David Michels
 
Avec : Denis Carpentier, Jean-Paul Clerbois, Damien De Dobbeleer, Laure Godisiabois, Daniel Hanssens, Eric Laudy, Bernard Lefrancq, Wendy Piette, Michel Poncelet, Manuela Servais, Pascal Racan, Corentin Van Kriekinge

Décors: Jacques Van Nerom - Construction: Stéphane Devolder, Philippe Van Nerom, Mijail Caliskan - Peinture: Carine Aronson
Costumes: Ludwig Moreau - Assistante: Catherine Laury - Couturière: Béatrice Guilleaume - Habilleuse: Fabienne Miessen
Maquillage, perruques: Véronique Lacroix
Décor sonore: Laurent Beumier
Coordinateur technique: Félicien  Van Kriekinge
Conception lumière, régie: Laurent Comiant - Régie: Corentin Van Kriekinge, Guy Mavungu, Vigen Oganov, Vincent Lamer

Durée : 2h30 (entracte compris) Photo : © Isabelle de Beir

Lire:Louis Quiévreux, Dictionnaire du dialecte bruxellois,  Bruxelles, Libro-Sciences, 1973

Consulter : Diksionnaire brusseleir-français ( http://humoeurs-bruxelloises-et-belges.blogspot.be/p/dictionnaire-brusseleir.html )

À Paris, "Le Mariage de Mademoiselle Beulemans" a été monté au Théâtre de la Renaissance, chez Réjane, aux Bouffes-Parisiens, chez Dejazet, à l'Odéon...

Le 18 mars1910, première de la pièce, Jean-François Fonson (1870-1924) présidait aux destinées de deux théâtres bruxellois: l'Olympia et les Galeries. Avec Fernand Wicheler (1874-1933), un ami journaliste, qui s'était déjà fait remarquer comme revuiste,il écrira une premièce pièce suivie d'autres oeuvres qui ne connurent pas le même succès... impérissable.
Le Théâtre des Galeries, l'un des plus anciens théâtres de Bruxelles restés dans leur lieu d'origine, a la particularité d'être englobé dans Les Galeries Saint Hubert et fut inauguré en 1847. Le bâtiment en est en quelque sorte prisonnier et ne peut qu'être aménagé, rafraîchi, ce qui a été fait pour la présente saison 2013/2014.
La Compagnie des Galeries est née... dans un château, celui de Beersel, non loin de Bruxelles. Elle y donnait des représentations les étés (de 1949 à 1958). C'est officiellement en1953 que Jean-Pierre Rey prendra la direction du théâtre et y installera sa "Compagnie des Galeries", rejeton des "Spectacles de Beersel".