Noël TINAZZI Paris
Contact
Publié le 18 janvier 2013
Avec « La Vie est un rêve », Jacques Vincey donne une vision renouvelée de la pièce de Calderon, fondatrice du théâtre baroque. La troupe d'acteurs s'engage à fond dans ce monument surchargé dédié à la perte des repères et aux avanies de la filiation.

D'emblée, le titre choisi pour la pièce de Calderon donne le ton. La vie n'est plus « un songe », comme le veut la tradition, mais « un rêve », selon la dernière traduction de Denise Laroutis. Du coup, l'oeuvre de l'espagnol Pedro Calderon de la Barca (1635), référence absolue du théâtre baroque, prend un coup de jeune, débarrassée de « ses connotations un peu poético-désuetes », dixit Jacques Vincey. Sans l'actualiser ni la banaliser, sans non plus gommer ce qu'elle a d'archaïsant, d'emphatique et de surchargé, le metteur en scène réussit la gageure de la rendre actuelle.

Sur le terrain constamment mouvant du texte (un peu) écourté, de l'incertitude perpétuelle des enjeux et de la perte des repères, la production garde un pied dans le drame antique lesté du boulet de la fatalité, l'autre dans la légèreté moderne du rêve, de la porosité avec la réalité. Très abouti pour avoir été rôdé à Lille et à Marseille, le spectacle se déroule sur deux heures et demie sans entracte avec les séductions d'une proposition scénique innovante et un accompagnement musical léger. Avec aussi les pesanteurs et les complications du pensum baroque.

Moderne – et même très actuelle – la thématique centrale de la pièce  finit par se dégager, elle tient aux questions de la paternité, de la filiation et de la transmission. L'intrigue, obscure à souhaits, fourmillant de personnages secondaires, rebondissements, travestissements, manipulations…, entremêle le sort de deux jeunes gens sans mère confrontés à la défaillance de leur géniteur respectif, père naturel et pourtant indigne. D'un côté, Sigismond, héritier du trône de Pologne, se voit écarté de la succession et mis aux fers dans une tour par son père, le roi Basile, sous prétexte de voir se réaliser une funeste prédiction. L'autre, Rosaura, venue à la cour de Pologne déguisée en homme pour venger son honneur bafoué par un intrigant prétendant au trône ne trouve pas en son père, gardien du malheureux Sigismond, l'appui dont elle aurait besoin.

Pour cadrer l'action successivement située dans une montagne, au pied d'une tour, dans un château, sur un champ de bataille… Jacques Vincey et le scénographe Mathieu Lorry-Dupuy ont pris le parti - résolument moderne - d'un décor unique, dépourvu de tout accessoire et de mobilier. Dans cette boîte cernée de parois métalliques, les entrées des protagonistes se font à travers des portes qui s'abattent à grand fracas (un peu trop !). Autre trouvaille de compromis temporel, les costumes superposent l'ancien et le moderne, les fraises et autres atours de l'époque sur des vêtements contemporains, les attributs d'animaux fantastiques sur des fracs de gala.

Avec plus ou moins de bonheur, les acteurs font, eux, le grand écart entre la grandiloquence et les rodomontades du texte baroque et la gestuelle stylisée, ondulante, conseillée par le chorégraphe Daniel Larrieu. Le casting des acteurs rend compte des deux générations en joute dans la pièce. Un trio de comédiens aguerris représente l'ancienne : Philippe Morier-Genoud campe un roi de jeu de tarot, Philipe Duclos, un père subtilement fuyant, et Philippe Vieux un impayable bouffon. Plus inégal, le quatuor des jeunes est mené par Antoine Kahan - Sigismond très maîtrisé -, et Noémie Dujardin à l'exquise présence scénique.

La vie est un rêve
Malakoff Du 15/01/2013 au 02/02/2013 à 20H30 Théâtre 71 3, place du 11 novembre Téléphone : 01 55 48 91 00. Site du théâtre

Nantes du 5 au 13 février

Meylan, 21 février

Le Perreux sur marne, les 28 février et 1er mars

Draguignan, 5 mars

Mulhouse, 21 et 22 mars

Réserver  

La vie est un rêve

de Calderon de la Barca

Théâtre
Mise en scène : Jaques Vincey
 
Avec : Florent Dorin, Philippe Duclos, Noémie Dujardin, Antoine Kahan, Alexandre Lecroc, Estelle Meyer, Philippe Morier-Genoud, Renaud Triffaut, Philippe Vieux

Dramaturgie : Vanasay Khamphommala

Scénographie : Mathieu Lorry-Dupuy

Lumières : Marie-Christine Soma

Musiques, sons : Alexandre Meyer, Frédéric Minière

Costumes : Olga Karpinsky

Conseil gestuel : Daniel Larrieu

Durée : 2h30 Photo : © Pierre Grosbois