Suzane VANINA Bruxelles
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Publié le 21 décembre 2012
Admirateurs de toujours, zenfants de la patrie Desproges, on croyait connaître ce diable d'homme et son talent, on en découvre encore d'autres facettes aujourd'hui.

Desproges ne ressemble à aucun humoriste et encore moins aux comiques lourds qui se prétendent pourtant tels (ne disait-il pas :"le comique, ça va du pétomane à Claudel. Tout ce qui est comique n’est pas de l’humour…"). D'abord journaliste (L'Aurore) et chroniqueur (radio et télé), ce n'est qu'ensuite (poussé par Bedos) et en parallèle, qu'il se produisit seul sur scène, celle des grands.

Ce Français bon teint a l'art de marier mieux que personne l'usage traditionnel calembourdesque et les finesses de sa langue aux divers degrés et sortes d'humour venus d'ailleurs, en particulier l'autodérision, ou l'humoir noir hérité d'un Jonathan Swift (qui entendait en 1729 promouvoir la viande de nourrisson comme remède à la faim...). Sa réponse dans une interview fait partie dorénavant de ces phrases qu'il est de bon ton de citer : "On peut rire de tout mais pas avec tout le monde".

C'était une gageure pour le metteur en scène Fabrice Gardin et l'acteur Dominique Rongvaux de restituer ce type d'humour si personnel sans effectuer la manoeuvre bien connue du copier-coller, d'éviter l'hommage trop respectueux en prétendant au contraire être un apport par rapport à l'original (moins connu des jeunes générations) et enfin... de faire rire un public ! Le parti a été pris d'une sobriété scénique et d'une interprétation personnelle libre.

Il se trouve que Dominique Rongvaux tout en "promenant son ballant" - un certain côté dandy nonchalant, une allure désinvolte -  possède un sens du rythme capable d'adopter diverses cadences. Il maîtrise parfaitement l'art de dire intelligemment et avec le sourire. Il peut se targuer d'un spectacle : Éloge de l'Oisiveté (d’après Bertrand Russell et Denis Grozdanovitch) dont la fine drôlerie a fait un succès.

Consacré "Meilleur spectacle seul en scène" par les Prix de la critique 2010, il continue encore à tourner en Belgique et en France. Quant à Fabrice Gardin, les scènes bien connues pour le rire sous toutes ses formes l'ont souvent accueilli en tant qu'auteur ou metteur en scène...

Soit au départ un duo plein de promesses, qui les tient à l'arrivée dans les rires et bravos. On parlera d'une vraie rencontre à trois car les mots de l'auteur sont bien là et, dits par un autre que lui, ils ne perdent en rien de leur force, de leur impact sur le public.

Sous couvert du rire, sans que cela se voie, une langue de poids, jamais de bois

Le choix des textes de ce "Vivons heureux..." ne s'est pas limité au recueil éponyme ; en concertation, les deux complices sont allés en chercher d'autres, le tout s'échelonnant sur plusieurs époques de la carrière multiforme de Desproges (1939/1988).

Disciple de personne sauf d'Epicure, dénonciateur des rejets, racismes et injustices en général, comme des ridicules et médiocrités de la société, provocateur avec de la verve à revendre, certes Desporges est tout cela. Mais on y trouve une certaine tendresse pour les mal lotis de l'existence comme dans cette "Lettre ouverte à M. le chauffeur du Taxi immatriculé 790BRR75".

Les autres textes sont extraits de ses spectacles :"Les rues de Paris ne sont plus sûres, Il faut être demeuré ou cosmonaute, Ô vertige de la penderie béante…" ou de recueils comme "Chroniques de la haine ordinaire" (Humilié, Criticon, L’aquaphile, La Gloire, Mitchum), sans compter des écrits posthumes ou inédits.

Dans la préface de son "Almanach", moins connu, publié l'année de sa mort, on trouve cette oraison funèbre de Jean-Louis Fournier : "Petits jeunes gens romantiques, si d'aventure au Père Lachaise vous cherchez Chopin, sachez qu'il est très simple à trouver, il est en face de Desproges". Ultime pirouette en hommage à celui qui "est parti rapidement sans faire d'histoires" et qui "avait bien prévenu qu'il ne voulait pas de rappels". Il n'est pas du tout oublié, bien au contraire et, on le voit par ce spectacle, étonnant d'actualité, oui !

Vivons heureux en attendant la mort
Bruxelles - Belgique Du 04/12/2012 au 22/12/2012 à Du ma au sa : 20h30 - me : 19h Centre Culturel des Riches-Claires rue des Riches-Claires, 24, 1000 Bruxelles Téléphone : +32(0)2 5482580. Site du théâtre Réserver  

Vivons heureux en attendant la mort

de Pierre Desproges

Seul-en-scène Théâtre
Mise en scène : Fabrice Gardin
 
Avec : Dominique Rongvaux

Décor : Pierre Martens
Lumière : Félicien Van Kriekinge
Régie : Christophe Van Hove, Benoît Lavalard

Durée : 1h20 Photo : © Fabrice Gardin  

Création: La Fabuleuse Troupe

Coproduction : C.C. des Riches-Claires/La Fabuleuse Troupe, Bruxelles

Lire : Jonathan Swift, Modeste proposition pour empêcher les enfants des pauvres d'être à la charge de leurs parents ou de leur pays et pour les rendre utiles au public, Paris, Mille et une nuits, 1995

         Pierre Desproges, Vivons heureux en attendant la mort, Paris, Seuil, 1997

         Pierre Desproges, Chrnoques de la haine ordinaire, Paris, Seuil, 2007

Consulter : http://www.desproges.fr

Voir : Éloge de l'oisiveté, La Fabuleuse Troupe ( http://www.ruedutheatre.eu/article/1403/eloge-de-l-oisivete/ )