Suzane VANINA Bruxelles
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Publié le 1er mars 2012
Vouloir répondre à l'interrogation du titre nous ferait perdre du temps et des rires alors qu'il suffit de suivre la logique de l'absurde, de flirter avec le fantastique.

Le "rideau se lève" sur le décor réaliste d'un appartement standard où un couple qui l'est autant, les Bélier, partage un repas. Madame aux petits soins pour Monsieur, dans la bonne tradition française d'époux dits complémentaires. Une simple sonnerie de téléphone -une voix au bout du fil qui demande "Monsieur Schmitt" ?!- va inaugurer une série d'événements qui vont bouleverser leur train-train à un point inimaginable. C'est que... ils n'ont pas de raccordement téléphonique et qu'ils sont enfermés dans ce qui ressemble de moins en moins à leur "chez eux" habituel. Débarqueront ensuite un flic soupçonneux, un psy douteux et un grand fils qui émeut ... bien à propos.

Dans une structure de boulevard, avec les quiproquos, petits mensonges, tromperies, révélations de dernière minute, répliques drôles, portes qui claquent, rythme trépidant... nous assistons à une folle comédie et c'est bien là un des côtés intéressants de la pièce de Sébastien Thiéry : il prend son public habituel (il est aussi comédien) par surprise et ne le le lâche plus.

On a trop rarement l'occasion de savourer vraiment, à l'aise, de l'absurde à la Française. Trop souvent le chef se croit tenu de vous expliquer sa recette à la fin de la dégustation, ingrédients compris, alors que vous eussiez préféré rester sur ce petit goût d'étrange, cet arrière-goût de subversion et d'impertinence. Avec le cuistot Thiéry, relayé par Bernard Cogniaux, rien de tout cela ! Le plat insolite a été soigneusement mitonné et on laisse mijoter le spectateur-dégustateur ! Il pourra mariner dans son ravissement onirique ou dans le vagabondage de ses explications les plus fofolles en réponse à d'indécrottables voisins rationnels.

Notre auteur-comédien a d'abord goûté à son plat, chez lui, à Paris (ce qui est fort civil de sa part) et c'est une équipe belge qui nous le présente aujourd'hui dans le joli théâtre à l'ancienne des Galeries : un lieu idéal pour commettre un détournement de codes.

Ce sont des aides-cuisiniers, experts en rire décalé, qui se sont penchés sur les fourneaux avec délectation. Alain Leempoel en Bélier-Schmitt sans cesse sur les nerfs et qui perd les pédales ; Marie-Paule Kumps en Nicole Bélier-Nadine Schmitt, nunuche peut-être, mais maîtrisant la situation et ses développements vertigineux au prix des acrobaties mentales les plus incroyables. Leur parfait naturel fait que l'on marche à fond aux scènes à deux du couple-cliché comme dans les scènes où les autres personnages interviennent, avec le même naturel, pour en "remettre une couche". Que ce soit Thierry Janssen, l' "autorité" suspicieuse mais bonhomme, et Thierry De Coster en psy ambigü à plaisir. Tous quatre sont investis pareillement dans un délire pris au sérieux. Térence Rion est le jeune Karl, plutôt inattendu, nouveau ressort pour un autre rebondissement farfelu.

Comme en France, où tout commence et ne finit pas par une chanson mais par un repas, nous avons vu que chez les Bélier, on aimait la côte d'agneau et nous verrons que chez les Schmitt, on est plutôt "choucroute au petit déjeuner". Des couples très différents en tous points. Quoique... Avec le jeu innocent du "Et si..." ("et si j'étais roi", "et si tout disparaissait"...) on peut "mettre Paris dans une bouteille" et donc donner libre cours à son imagination ainsi qu'à un examen curieux et...critique, mais oui.

On se dit alors que la pièce repose entièrement sur le ton que donnera la direction d'acteurs. Elle est due à Bernard Cogniaux, vieux complice et expert lui aussi, qui s'est appuyé sur une scénographie de Lionel Lesire faisant basculer décor et personnages changeant de look "en douceur, et profondeur"... vers un ailleurs troublant, une autre dimension.

Un couple pour un autre...

On ne peut s'empêcher de penser à Tardieu et ses "Un mot" ou "Un geste, pour un autre", à Obaldia, à Jarry, à Dubillard... sans aller chercher un absurde étranger car Thiéry n'a pas la noirceur d'un Pinter ou d'un Kafka.

En continuant le jeu (encore un) des rappels ou références, on peut tout de même penser à  une aventure presque similaire arrivée à un autre couple-cliché, les Anglais de Alan Bennett dans son roman à succès "La Mise à nu des époux Ransome", où le fait que leur appartement ait été entièrement dévalisé les transforme complètement psychologiquement... ou à une autre pièce, "On a feulé chez Monsieur Sloop"(voir écho sur RDT) où là, c'était l'irruption d'un tigre (vivant et gentil) qui était le fameux "élément déclencheur" (cher aux psy) de toutes sortes de réactions chez le couple.

Mais ces histoires étaient racontées, pas montrées ! C'est donc "un plus" de nous faire vivre en direct la succession des événements et de les présenter comme ordinaires. De nous plonger dans le/les appartements : celui des Français Bélier, puis celui des Luxembourgeois Schmitt, là où, comme au début, la vie va continuer... Vraiment ?

Qui est Monsieur Schmitt ?
Bruxelles - Belgique Du 15/02/2011 au 11/03/2011 à Du Ma au Sa : 20 h 15 - Les Di : 15 h + Di 19/02 : 20 h 15 et Sa 25/02 : 15 h Théâtre Royal des Galeries Galerie du Roi, 32 1000 Bruxelles Téléphone : +32 2 512 04 07. Site du théâtre Réserver  

Qui est Monsieur Schmitt ?

de Sébastien Thiéry

Comédie Théâtre
Mise en scène : Bernard Cogniaux assisté de Catherine Laury
 
Avec : Thierry De Coster, Thierry Janssen, Marie-Paule Kumps, Alain Leempoel, Térence Rion

Scénographie, décor, costumes : Lionel Lesire

Décor sonore : Laurent Beumier

Création lumière, coordinateur technique : Félicien Van Kriekinge

Régie : Guy Mavungu, Vigen Oganov, Vincent Lamer

Construction décor : Bernard Lamot, Stéphane Devolder, Philippe Van Nerom - Peinture : Paul Clarke

Durée : 1 h 50 Photo : © Fabrice Gardin  

Production : Théâtre Royal des Galeries, Bruxelles

Avec le soutien de la Communauté française de Belgique