LES MOTS DU THÉÂTRE - À L'OCCASION DU "FESTIVAL DU MOT" 2013 - LA CHARITÉ/LOIRE


A l'occasion de l'édition 2013 du Festival du Mot, à la Charité sur Loire, avec lequel nous étions partenaires, nous avons rassemblé dans les 12 semaines précédant l'ouverture, les définitions de 12 mots du théâtre. Dont l'un est "made in Rue Du Théâtre"... Rideau !

 

 

 

1

VERT : La couleur honnie sur les planches d’un théâtre. Cette superstition est à relier à diverses sources. La plus répandue fait allusion à la couleur du costume porté par Molière lors de sa dernière représentation. La plus poétique renvoie à la fragilité de l’émeraude qui se brisait et se rayait facilement. La plus romanesque pointe le fourbe Judas, toujours habillé de vert dans les Mystères, forme théâtrale prisée au Moyen-Âge. La plus communément admise, c’est que l’oxyde de cuivre, ou cyanure, utilisé pour les teintures des vêtements fut à l’origine de nombreuses intoxications de comédiens, facilitées par la chaleur et la sudation. En Italie, c’est le violet, le jaune en Espagne. Cela dit, c’est aussi la couleur que la mode nous promet pour ce printemps/été. Et de toute manière, en mai, tout le monde au vert ! A la Charité/Loire bien sûr !

 

2

BRIGADIER : Le bâton avec lequel sont frappés les trois coups au théâtre pour attirer l’attention du public sur le début de la représentation. Cette tradition viendrait de l’époque médiévale. Les trois coups symboliseraient la Trinité qui clôturaient les Mystères. En ce sens les coups qui précèdent parfois font allusion aux onze apôtres. Sans Judas, le félon ! Une autre explication fait correspondre les trois coups à trois saluts que les comédiens exécutaient avant de jouer devant la Cour : le premier vers la reine (côté cour), le deuxième vers le roi (côté jardin), et le troisième pour le public. Dans le théâtre classique français, le régisseur martelait le sol de douze coups rapides afin d’annoncer le début de la représentation aux machinistes. Le grade de brigadier était donné à un ouvrier dirigeant une équipe. Le régisseur se servant d'un bâton pour frapper les trois coups, rassemble l'équipe du théâtre pour commencer le spectacle, tel un brigadier rassemblant ses hommes ; on a appelé par métonymie le bâton lui-même un « brigadier ». Alors, on arrête de tousser et on écoute maintenant !

3

JARDIN : Côté cour ou côté jardin ? Le théâtre de plein air construit à Versailles sous Louis XIV présentait le côté droit de la scène vers le jardin et le gauche vers la cour. Avant la Révolution on les appelait respectivement « côté du roi » et « côté de la reine », là où chacun disposait de sa place. On dit aussi que la troupe de la Comédie-Française installée dans une salle des Tuileries était calquée de la même façon jardin/gauche, cour/droite. Cette dénomination évite les confusions car gauche et droite varient du point de vue du metteur en scène (assis à la place du public) et de celui des comédiens. Les machinistes, souvent anciens marins habitués au bâbord/tribord, sont également couriers ou jardiniers selon leur placement. Le moyen mnémotechnique pour les comédiens (côté cour, côté cœur). Pour le public ? Jésus-Christ. Jules César ou Jacques Chirac fonctionnent aussi. Nous, on opte pour : J’aime la Charité/Loire.

4

ALLEMANDE : L’allemande est moins connue que l’italienne. Aucune référence à l’automobile ou à la gent féminine. Les deux désignent des répétitions au théâtre lorsque le spectacle est déjà sur les rails et qu’il faut affiner l’ensemble ou stimuler sa mémoire. Contrairement à une idée reçue qui laisse entendre que ses répétitions se font systématiquement au moment de l’apprentissage du texte. L’italienne désigneun déroulé accéléré du texte de la pièce : les comédiens récitent le texte intégral de la pièce à toute vitesse, d'une voix neutre et sans effectuer le jeu de scène. L’allemande est un déroulé accéléré de la mise en scène de la pièce. Sur un ton neutre, les comédiens calent les déplacements importants, les entrées et sorties de scène, leur rapport aux lumières, au décor et aux scènes physiques (acrobaties, paires de claques…). Italienne et allelmande déroulent la pièce, ce sont des filages. Dans deux mois, on « file » tous à la Charité/Loire, on n’en finit pas de le « répéter » !

5

DIDASCALIE Ce terme vient du grec : enseigner, instruire. Undidascalie est une indication scénique donnée par l'auteur au metteur en scène et aux comédiens. Les phrases de didascalies concernent la représentation (façon de jouer, attitude, voix, décor, vêtements, accessoires, action « Il lui met la main sur le genou »...), les comédiens ne les prononcent pas sur la scène évidemment. Dans le texte, les didascalies sont souvent notées en italique et/ou entre parenthèses. On peut respecter ou non ces didascalies. Elles permettent à l'auteur de la pièce de communiquer par écrit au metteur en scène, de lui donner des conseils. Libre à lui  ensuite de suivre ces conseils à la lettre ou non. Anecdote : Samuel Beckett affina « Fin de partie » par trois pages d'indications précisant l'espace et le jeu. (Après lecture de ce mot, vous réservez votre train pour La Charité/Loire fin mai #ExempleDeDidascalie)

 

6

TRAC : Un mot court qui souvent laisse le souffle court. Drame du comédien s’il l’a, drame du comédien s’il en manque. A une jeune péronnelle aux prétentions d’actrice qui prétendait ne jamais avoir le trac, l’immense Sarah  Bernhardt,  la croisant, la pétrifia d’un fulgurant, « ne vous inquiétez pas, ça viendra avec le talent. » « Le plus souvent, le trac naît d’un sentiment confus de respect, d’estime, de considération, de gratitude, de l’artiste pour son public. Il est bouleversé à l’idée que tous ces gens se sont déplacés pour lui, alors que si ça se trouve, y a Bedos chez Sabatier sur la 5. Pour le voir, certains n’ont pas hésité à payer le prix de six boîtes de Whiskas aux foies de volaille, c’est-à-dire l’équivalent de six mois de riz complet pour un gosse éthiopien.
Touché à cœur par cet immense amour que son public lui porte, l’artiste a justement peur de n’en être pas digne. Il a le cochonnet. Pouf, pouf.
Il a les boules. C’est le trac. » Pierre Desproges, mort le 18 avril 1988, jour de la Saint Parfait. En hommage. Et dans moins de deux mois, tous à la Charité/Loire, cela dit tout à trac ! Détonnant, non ?

 

7

CATHARSIS : ce mot tiré du grec, chez Aristote, signifie : purification. C’est l'épuration des passions par le biais de leur représentation dramatique : lors d’un spectacle, l'humain se libère de ses pulsions, angoisses ou fantasmes en les vivant à travers le héros ou les situations représentées. Il s'agit d'une mise à distance. De la transformation de l'émotion en pensée. On voit, on s’imprègne, on se défoule, on purge le tourment et des cases bougent dans notre cerveau pour notre plus grand bien. Mais la mise en scène de l’acte réprimé permet-elle de se contenir ou est-elle une incitation ? C’est le débat moderne autour des jeux vidéos qui rendraient la violence acceptable. Des chercheurs au CNRS l’attestent : les séries policières participent à l'apaisement des classes sociales populaires par la mise scène répréhensible du crime. Catharsis désigne aussi une méthode psy d’hypnose pour réveiller les souvenirs enfouis, à l'origine de troubles, générant ainsi une décharge émotionnelle à valeur libératrice. Attention, les mots, parfois, peuvent être violents. Venez les apprivoiser à La Charité/Loire fin mai !

 

8

SERVANTE : rien à voir avec les seconds rôles de domestique tonitruante, accorte ou indiscrète que l’on croise chez Molière. Mais de Molière ou plutôt de Molières, il est (presque) question. Les lauréats du « Palmarès du théâtre », qui prétend remplacer la cérémonie des Molières, ont reçu, lors de la remise de prix retransmise sur France 2 dimanche dernier, une "servante", à savoir la veilleuse d'un théâtre, conçue par le designer Hubert Le Gall. Une servante est un accessoire de théâtre. C'est une lampe posée sur un haut pied qui reste allumée quand le théâtre est plongé dans le noir, déserté entre deux représentations ou répétitions. Régulière, permanente, elle veille lorsqu’il n’y a plus personne. Elle est parfois appelée sentinelle. En anglais, elle se nomme « ghost lamp », en référence aux fantômes qui hantent le théâtre quand il se vide, notamment le lundi soir, jour de relâche, appelé « ghost night ». Sans relâche, nous vous invitons à (re)découvrir le Festival du Mot à partir du 29 mai. Attention, on veille !

 

9

RIDEAU : les rideaux sont un élément majeur du théâtre. Ils comportent tous les velours, toiles, drapés, servant à séparer la scène et la salle, à cacher les coulisses, dissimuler des projecteurs ou les changements de décors. Leur toile est plissée ou tendue, peinte ou non. Le rideau de fond fait partie du décor, le rideau de scène ou d'avant-scène, installé de manière permanente, et traditionnellement en velours rouge ou noir. Les systèmes d'ouverture et d'accroche des rideaux de théâtre ont des particularités européennes. L’acmé du raffinement : le rideau à la française, qui combine le système allemand (rideau équipé sur une perche qui monte ou descend d'un seul tenant) et italien (le rideau s'ouvre en deux parties, remontant vers les côtés en drapé). 
Il y a parfois dans le rideau un judas pour palper l’atmosphère avant le début de la représentation. A noter les pendillons, petits rideaux qui empêchent la lumière des coulisses de filtrer dans la salle. A part ça, plus que trois semaines pour le Festival du Mot. Autre chose ? Non ! Alors, rideau !

 

10

ABYME : la mise en abyme est un procédé artistique d’enchâssement, consistant à représenter une œuvre dans une œuvre. Il existe au théâtre, dans le roman, la peinture, le cinéma... Les exemples les plus célèbres : « Six personnages en quête d'auteur » de Luigi Pirandello, une pièce théâtrale où les personnages vivent et rencontrent « leurs acteurs », qui devront jouer ces personnages, etc. Et « L’illusion comique » de Corneille : Un père (Pridamant) cherche son fils qu'il n'a plus vu depuis 10 ans, il est amené dans la grotte d'un magicien (Alcandre) qui a le pouvoir de lui montrer la vie de son fils durant le temps où il ne l'a pas vu. En revanche, « Looking for Richard », avec Al Pacino, juxtapose des scènes de répétitions de la pièce de Shakespeare « Richard III » et des parties où il est question de la mise en scène, alternant documentaire et scène filmées. Mais c’est du théâtre dans un film, non pas dans du théâtre, donc d’abyme, point. A propos de mise en abyme, et si le Festival du Mot nous racontait les origines et le sens du mot « Mot » !?

 

11

COUTURIÈRE : c’est l’avant-dernière répétition d’une pièce de théâtre, celle précédant la Générale. Elle permettait dans le temps aux couturières de faire les dernières retouches aux costumes. Dorénavant, elle sert aux ajustements techniques : déplacements des comédiens, décor, lumière, accessoires, maquillages et costumes. On l’appelle parfois la Colonel ou Colonelle, puisqu’elle précède (militairement aussi) la Générale, représentation d'ensemble de la pièce devant un public choisi. Certains considèrent la Couturière comme une antépénultième (avant avant-dernière) de la Générale. Ensuite, il y a la Première, première représentation officielle devant un public non choisi. Il y aussi le Filage : travail de répétition par séquences plus ou moins longues, jusqu'à l'enchaînement définitif de toutes les scènes dans l'ordre. Sans compter la Générale de presse, ouverte aux journalistes et à des invités triés sur le volet. Les critiques venaient dans le passé pour la Générale. Aujourd’hui la règle s’assouplit, ils assistent soit à une répétition générale bien avant la Générale, soit à la Générale, soit à une séance dédiée pour eux, soit patientent quelques représentations. Couturière, c’est notre dernier mot ? Evidemment non, c’est l’avant-dernier ! On vous réserve une surprise la semaine prochaine ! Avant de nous retrouver tous à la Charité/Loire pour apprécier les mots. Sous toutes leurs coutures !

 

12

CRITWEET : mot-valise "made in Rue Du Théâtre" pour désigner une critique rédigée et diffusée sous la forme d’un tweet. Un défi ou une hérésie ? Rédiger une critique en 140 mots, pour qui aime les mots, est un exercice de style. Proche de certains genres littéraires : aphorismes, épigrammes, haïku. La promesse et la prouesse d’une pensée condensée. Goethe le disait : « je vous écris cette longue lettre car je n’ai pas eu le temps de la faire plus courte ». Il y aura des esprits chagrins pour dénoncer la dictature du rapide. Pourtant même Bernard Pivot excelle dans l’art de tweeter et en parle dans son dernier opus. Dans une critique classique, parfois, son auteur assène des opinions tranchées, se justifie souvent en bien des sens, compense son maigre talent par la longueur, reprend par pans entiers le dossier de presse, publie dans des délais irraisonnables et n’est pas toujours lu avec attention. Une critweet sait déjouer ces pièges, enlevée et incitative, publiée en sortie de pièce, elle impacte les esprits. Elle est reprise avec plus d’entrain pour son possible charme quand palissent les falots « Génial » Tévédrama ou « A voir absolument » Le Parizinzin, ironiquement seuls retenus d’un longuet assommoir. A New-York, les spectatweetos culturels influents se voient réserver des places sous réserve de tweeter… pendant le spectacle. Alors, à la Charité/Loire, les claviers vont crépitweeter !