Publié le 5 mars 2019
Françon s’insurge contre le fait de voir en Alceste un personnage ridicule. Il le montre au contraire comme un individu qui entend refuser lucidement la vanité des mondanités et la superficialité des relations. À travers lui et les autres personnages de Molière, il met en valeur un texte.

Ce « Misanthrope » apparaît plutôt classique. Alain Françon a manifestement mis l’accent sur la diction. Les alexandrins de la pièce sonnent comme une musique traditionnelle sans cependant ennuyer. Il est vrai que les mots, dans une comédie où s’exprimer est un thème essentiel, ont ici une importance à nulle autre pareille.

Cela atténue l’aspect comique de ce portrait de société où une importante majorité de personnes est prête à encenser pour se faire bien voir par ceux qu’elle dénigre lorsqu’ils sont absents. Sans doute est-ce à cause de cette focalisation sur la langue que la représentation donne l’impression d’un travail relativement impersonnel. Au point d’accréditer l’idée que Molière a bâti son intrigue autour d’innombrables ‘mais’ utilisés en tant qu’adverbes d’opposition. Il faut reconnaître d’ailleurs qu’il y en a quasi une centaine !

Les signes scéniques que le metteur en scène a dispersés sont censés révéler le fonctionnement sociétal lié aux coutumes et rituels de la cour de Louis XIV, démontrer une stratégie du pouvoir menant à une soumission passive des courtisans et de leur classe sociale.

Certes, le décor est imposant et écrasant, comme l’autorité régalienne. Certes, les gens font antichambre chez Célimène et ne semblent véritablement admis que s’ils louent ou dénigrent selon les humeurs du moment. Certes, la justice fait perdre à Alceste un procès où il avait le droit pour lui face à un cuistre. Ces indications-là sont trop ténues pour amener une dynamique particulière à cette œuvre.

Bien sûr, on grappille çà ou là des indices dramatiques intéressants. L’éclairage parcimonieux, côté jardin, qui permet à l’atrabilaire de se réfugier dans l’ombre avant d’asséner en pleine lumière sa vérité sans fard. Les hautes fenêtres qui, selon qu’on ferme ou ouvre les volets, semblent suggérer que la liberté est en dehors des bâtiments enfermés sur eux-mêmes. Et les arbres givrés du lointain accentuent la froideur de l'ensemble.

Tout cela semble bien pauvre si on compare cette version plutôt austère de Françon à la richesse pétillante de celle de Serron qui n’a pas craint d’ouvrir les lieux et non les fermer, de faire éclater – sans porter atteinte au texte originel - les papotages dénigreurs voire diffamateurs avec l’arrière fond des réseaux sociaux.



Source : www.ruedutheatre.eu Suivez-nous sur twitter : @ruedutheatre et facebook : facebook.com/ruedutheatre
Lille Du 27/02/2019 au 10/03/2019 à 20h je sa 19h di 16h Théâtre du Nord 4, Place du Général de Gaulle Téléphone : 03 20 14 24 24. Site du théâtre Réserver  

Le misanthrope

de Molière

Théâtre
Mise en scène : Alain Françon
 
Avec : David Casada, Pierre-Antoine Dubey, Daniel Dupont, Pierre-François Garel, Gilles Privat, Lola Riccaboni, Régis Royer, Dominique Valadié, Marie Vialle, David Tuaillon

Décor : Jacques Gabel
Lumière : Joël Hourbeigt
Costumes : Marie La Rocca
Musique : Marie-Jeanne Séréro
Coiffure maquillage Cécile Kretschmar
Son Léonard Françon
Régie générale : Joseph Rolandez
Habillage-coiffure : Charlotte Le Gal
Régie lumière Thomas Marchalot
Régie son : Arthur De Bary
Machiniste :Marine Helmlinger

Durée : 2h Photo : © Michel Corbou  

Production : Théâtre des nuages de neige
Coproduction : Théâtre de Carouge-Atelier de Genève ;  Théâtre National de Strasbourg ; MC2 (Grenoble) ;  Théâtre de la Ville (Pari)s ; Théâtre du Nord (Lille)

Comparer : version de Dominique Serron : http://www.ruedutheatre.eu/article/3914/le-misanthrope/

                   version de Hervieu-Léger : http://www.ruedutheatre.eu/article/3521/le-misanthrope/

                   version de Perrenoud : http://www.ruedutheatre.eu/article/3521/le-misanthrope/

                   version de Sivadier : http://www.ruedutheatre.eu/article/2104/le-misanthrope/

                   version de van Hove : http://www.ruedutheatre.eu/article/1714/der-menschenfeind-le-misanthrope/

                   version de Di Giovanni : http://www.ruedutheatre.eu/search/?play=misanthrope

                   version de Ph. Sireuil: http://ruedutheatre.info/ (22 mars 2008)