Publié le 22 août 2015
Un dictateur, qu’est-ce ? Les discours qu’il tient fonctionnent de quelle manière ? Telles sont les questions que se pose l’auteur compositeur contemporain Mauricio Kagel.

Ayant adopté une apparence physique mussolinienne ou mussolinesque (comme on voudra), Patrick Waleffe arpente le plateau avec une prestance incroyablement souple pour la rotonde massivité de son corps, soulignée par une sorte de corset intégral lui-même complété par une cape de super-héros. Il prend possession du plateau comme un tyran s’approprie un territoire, indubitablement, sans la moindre objection imaginable, parce qu’il en a décidé ainsi. Point.

La harangue, voilà la trame de cette pièce dramatique mais finement parcourue par une savoureuse caricature. Grâce à elle, nous pénétrons dans l’intimité du chef suprême, là où il peaufine les  interventions oratoires destinées à son peuple. L’homme est seul ; plus que tout autre humain, un chef d’Etat est toujours seul. Et plus que tout autre, celui-ci désire être seul, unique, potentat absolu.

C’est ce qu’il expliquera dans son allocution afin que nul ne le conteste ou le contredise. Il a le sens des mots à prononcer, il a le chic pour donner des sens aux mots. Il joue avec leur étymologie, quitte à ce qu’elle soit inventée pour la circonstance.

Il a le verbe fort, comme sa voix d’ailleurs ! Il use de l’un et de l’autre comme s’il s’agissait d’une mélodie. Et là, il n’est plus vraiment solitaire. Son organiste personnelle est près de lui en vue de composer les hymnes qui aideront la populace à marcher droit et au pas, à exprimer sa joie en rangs serrés. Rythme des notes et rythme des syllabes, même utilité propagandiste.

À travers musiques et phrases s’entendent l’orgueil, le mépris des droits d’autrui, la suffisance de l’omnipotence, la justification des crimes et des exactions, la conviction d’œuvrer pour le bonheur d’un peuple. L’orateur s’en gargarise, sans doute par peur d’une extinction de voix. Il s’entraîne sur sa tribune téléguidée, au sommet de laquelle il est encore plus grand que nature.

Les certitudes sont une des règles d’une autocratie. Pas question de douter. Surtout pas de soi-même. En rien. La devise de son règne tient en trois verbes : vouloir pouvoir mouvoir (d’où émouvoir). Il est capable de manipuler aussi des ordinateurs ; ceux-là produisent une autre sonorité, celle des applaudissements, des hourras de la foule, de certains phénomènes naturels… : tout ce qu’il a prétention de contrôler.

La mise en scène de Jennes tente de meubler le plateau en plaçant son tribun dans tous les angles, elle le fait circuler avec ou sur la tribune dont il ne cesse de gravir et de descendre les marches. Elle ne parvient pas à éviter une certaine monotonie car le texte de Kagel est basé sur le répétitif, car les interventions du comédien sur l’ordinateur pour rendre audible la bande son que le compositeur a imaginée afin de conduire le texte à son apogée, sont forcément récurrentes. Quant à la musique, puisque Kagel fut d’abord compositeur, elle parodie au mieux l’emphase ridicule des hymnes nationalistes.

 



Source : www.ruedutheatre.eu Suivez-nous sur twitter : @ruedutheatre et facebook : facebook.com/ruedutheatre
Huy - Rencontres du Théâtre jeune Public - Belgique Le 19/08/2016 à 10h 16h Parking de l’École normale Avenue Delchambre Téléphone : 00 32 42 37 28 80 .  

Le tribun

de Mauricio Kagel

de 14 à 18 ans Jeune Public
Mise en scène : Margarete Jennes
 
Avec : Patrick Waleffe, Danièle Du Bosch

Scénographie : Daniel Wagnener
Chorégraphie : Isabelle Lamouline
Asistanat à la mise en scène : Laila Zaari
Régie son : Martin Delval
Régie lumières : Philibert Vanhorle

Durée : 50' Photo : © Gilles DESTEXHE  

Production : Théâtre du Copeau