Dans le Cloitre des Carmes d'Avignon, l'espace scénique est divisé en deux parties. Côté jardin, un plateau blanc immaculé fermé par un mur de la même blancheur ; côté cour, une table de travail autour de laquelle se réunit une petite équipe de théâtreux, dont le metteur en scène (Claude Duparfait dans le rôle). Ce dernier espace est reflété en fond de plateau, sous les arcades du cloître, par des miroirs. Jeu double avant d'être trouble et troublant.
Autour de la table, il est déjà question du sens du texte inventé par Luigi Pirandello : faut-il le garder tel qu'il est ? Quel est le statut de l'auteur ?... Le débat s'installe. On évoque le personnage théâtralement non réalisé, le rôle de Facebook, le personnage abandonné par son auteur ou qui demande à vivre sur la scène... Et alors que l'équipe commence une répétition dans une recherche d'un théâtre non conventionnel, une famille entre sur le plateau et demande justement à « exister ». Six personnages qui trainent avec eux des histoires tragiques.
Le trouble peut s'installer et le fait divers exister sur la scène entre les professionnels et ces inconnus qui semblent avoir pas mal de comptes à rendre, surtout à eux-mêmes. Braunschweig ne suit pas vraiment Pirandello. Il l'adapte et ne s'en cache pas. Et va bien au delà des quelques effets spéciaux surprenants qu'il glisse dans sa scénographie.
C'est là qu'il confronte les questions d'aujourd'hui à celles posées, il y a des décennies par l'auteur italien. Car derrière ces personnages en quête d'auteur, Braunschweig propulse son metteur en scène dans un rôle de quasi enquêteur pour faire toute la lumière, non sans coup d'éclat, sur les petits arrangements et les grands mensonges de cette famille qui sait y faire dans l'interprétation. À ce jeu là, les comédiens excellent.
Jean-Pierre BOURCIER, Avignon
Source : www.ruedutheatre.eu


