Publié le 18 mai 2012
Une prise directe, un uppercut, sur le nationalisme, qu'il soit à la sauce slovaque, croate, ou aux épices dites de tradition, d'ici et d'ailleurs...

"Honte aux inciviques", disait-on après "nos" guerres, et on faisait payer cher aux collabos leur infamie. Les acteurs du MladinskoTheatre (Zagreg-Ljubljana) ont choisi la grosse satire pour lancer leur Maudit soit le traître à sa patrie ! (dernier couplet de l'hymne ex-yougoslave) à grands coups de chants et de drapeaux nationaux (ou plutôt régionaux), de pétarades et de morts-pour-rire car aussitôt réssuscités.

Oliver Frijic, jeune et turbulent metteur en scène croate, surnommé "le terroriste du théâtre des Balkans", met aussi en cause la question de la représentation théâtrale, de la mort et celle, surtout, d'un proche passé guerrier, fratricide, sanglant. 

Du reste cela commence ainsi : par la découverte d'un plateau jonché de musiciens surpris par la mort alors qu'ils étaient, semble-t-il, encore en posture d'instrumentiste. Et puis, un souffle, à peine entendu et, peu à peu, très lentement, ils sortiront de leur espèce de paralysie et se remettront à jouer de leur instrument, un à un, avant de disparaître tous.

Un début qui va captiver, comme l'ensemble du spectacle, malgré outrances, nudités frontales, grossièretés et insultes... dont les spectateurs feront les frais. Jusqu'à encaisser la provocation locale : l'allusion aux différends nord-sud belgo-belges... Le spectacle en slovène étant surtitré en français et néerlandais, ils n'auront aucun doute là-dessus.

Les acteurs subiront d'autres morts, collectives, pour renaître encore et encore, afin d'illustrer un thème très présent chez Oliver Frljic : la (non)valeur de la vie humaine et, partant, de celle de la mort, des milliers et millions de morts. S'y ajoute sa contestation du concept même de Nation, de patriotisme. La haine de l'Autre va de pair avec la dévalorisation de l'être humain, sa facilité à accepter l'Horreur.

La fin est surprenante car ce sont les comédiens qui remettent en question leur fonction, sa responsabilité artistico-humaine, ainsi qu'eux-mêmes, pauvres histrions, à coups de petites vacheries et dénonciations minables. Ce qui laisse songeur et rappelle que, de conflits de voisinage en querelles de clocher, on peut passer à des conflits bien plus importants.

Pour rappel, la Yougoslavie était, avant les années 90, une nation composée de six républiques : Slovénie, Croatie, Bosnie-Herzégovine, Macédoine, Monténégro, Serbie et de deux provinces autonomes : Kosovo et Volvodine, situées, elles en Serbie. Slovénie et Croatie ont eu leur petite guerre de frontières, ou plus exactement de partage des eaux, les deux pays bordant la mer Adriatique...

Suzane VANINA, Bruxelles



Source : www.ruedutheatre.eu
Bruxelles - KunstenFestivalDesArts 2012 - Belgique Du 04/05/2012 au 26/05/2012 à Les 04/06/08/05/2012 : 20 h 30 - Le 05/05/2012 : 22 h Beursschouwburg Téléphone : 32(0)70.222199. Site du théâtre Réserver  

Damned be the traitor of his homeland !

de Oliver Frljic

théâtre-performance Théâtre
Mise en scène : Oliver Frljic
 
Avec : Primoz Bezjak, Olga Grad, Uros Kaurin, Boris Kos, Uros Macek, Draga Potocnjak, Matej Recer, Romana Salehar, Dario Varga, Matija Vastl

Assistanat mise en scène: Matjaz Faric

Dramaturgie : Borut Separovic, Tomaz Toporisic

Choix musical : Oliver Frljic - Son : Silvo Zupancic

Lumière :Tomaz Strucl

Techniciens du Kunstenfestivaldesarts : Simon Stenmasn, Klaas Trekker

 

 

 

Durée : 1 h 15 Photo : © Ziga Koritnik  

Création-production : "Mladinsko Theatre"/Ljubljana

Présentation : Beursschouwburg, Bruxelles, dans le cadre du Kunstenfestivaldesarts