Critique - Spectacle musical - Avignon Off
69 Minutes de plaisirs
Un p'tit air d’opéra…
Par Karine PROST
Derrière un titre un peu (trop) aguicheur, se cache un joli spectacle mettant le chant lyrique à l’honneur. Si la création, encore jeune, manque un peu d’homogénéité, elle s’inscrit avec talent dans cet étrange registre qu’est le cabaret lyrique.
Une ambiance piano-bar faite de quelques tables, d’une poignée de chaises et d’un piano. Des partitions qui se déclinent en couleur, du rose au marron en passant par le noir et le jaune. Comme pour colorer les différentes saynètes qui vont être interprétées. Sur scène, une pianiste et deux chanteurs. Qui nous content des tranches de vie sur le thème récurrent de l’amour, sous ses différentes facettes.
Rien de très original a priori. Mais a priori seulement. Car les histoires ne sont pas racontées, elles sont chantées. Empruntant des airs à Mozart, Offenbach et autres Bizet. Et de la Flûte enchantée à Carmen, de l’air de Papageno à O Sole Mio, les airs prennent un étonnant envol. Superbement interprétés, ils sont présentés de manière globalement ludique, afin de à permettre à un public plus ou moins néophyte en matière de chant lyrique d’accéder sans encombre à cet univers.
Peut-être peut-on regretter que le spectacle associe opéra et opérette. Non que l’un des genres soit moins bien interprété ou mis en valeur, mais la représentation y perd un peu en unité. De même, la mise en scène, parfois brouillonne, enlève un peu de la magie que les trois comparses savent distiller sur scène. Enfin, si les qualités de musicienne de la pianiste sont évidentes, les monologues qu’elle formule pour assurer les transitions entre les différentes saynètes manquent un peu de naturel. Du moins au départ.
Et pourtant, en dépit de ces quelques réserves, le pari de la jeune compagnie est des plus réussi. Le public adhère à la démarche, ce qui était loin d’être gagné… Surtout à une heure si tardive. Et lorsque l’humour prend le pas sur la qualité vocale (qui reste superbe !), le spectacle décolle vraiment. Les moments de délire visuel donnent un plaisant contraste au sérieux du chant. A l’instar d’une mouche, ma foi, fort convaincante, mise en vie par Bertrand Beillot. Ce sont dans ces instants « décalés » que la magie opère. Et elle opère bien. Ce qui devrait promettre à ce joli spectacle un fort bel avenir.
Karine PROST, Avignon
Source : www.ruedutheatre.eu


