Critique - Jeune Public - Avignon In
Comment ai-je pu tenir là-dedans ?
Elle était si jolie... qu'en est il advenu ?
Par Karine PROST
Certes, le décor est superbement conçu. Trois espaces, à la fois identiques et différents, pour donner les trois temps de l'histoire et mieux souligner leur intemporalité. Espaces exigus, baignés d'une lumière tamisée qui ne cessera d'évoluer pour évoquer les humeurs et sentiments de Blanquette, la petite et téméraire chèvre de Monsieur Seguin. Eprise de liberté et de grands espaces. Certes, l'adaptation de la fable est audacieuse et particulèrement fouillée. La comédienne se donne beaucoup de mal pour donner vie à son personnage muet. Certes, les images que l'on nous offre sont autant de tableaux diablement beaux. Et pourtant...
D'aucuns y verront une fresque fantasmagorique sur la transgression des interdits. Soit. D'autres rétorqueront que l'esthétique ne fait pas tout. Que le spectacle n'est pas forcément adapté à un public si jeune qu'il le prétend. Que la comédienne se perd en des circonvolutions hermétiques, voire en des gesticulations inutiles. Que la transgression des interdits ne passait pas forcément par la mise en image d'éventration de la figure paternelle pour se repaître des ses entrailles fleuries. Ou encore par l'assimilation de la relation amoureuse ou charnelle à la consommation de la chair du partenaire. Anthropophagie, quand tu nous tiens.
Ajoutons à cela une lenteur excessive dans la narration du conte et une élocution souvent monocorde qui ôte une grande part d'émotion au spectacle. Lenteur aussi dans la gestuelle de la comédienne. Surtout dans les deuxième et troisième volet de la pièce. Une lenteur telle qu'elle finit par confiner à la longueur. Et si la petite chèvre de Seguin se demandait comment elle avait bien pu tenir "là-dedans"... elle n'est finalement pas la seule à se poser la question.
Karine PROST, Avignon
Source : www.ruedutheatre.eu


