Cécile STROUK Nancy
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Publié le 28 avril 2016
S’il y a bien un endroit à la créativité détonante en France, c’est Nancy. Portée par l’audace du théâtre de la Manufacture, cette ville présente l’édition 2016 du festival Ring. Une semaine secouée par une programmation éclectique.

Ce qui peut être frustrant dans un voyage de presse, c'est la durée. Trop long ou trop court. En l'occurrence, ce déplacement éclair dans la charmante ville de Nancy pour l'inauguration du festival Ring fut trop bref.

Proposé par le théâtre de la Manufacture et son emblématique directeur Michel Didym (ndlr : président de La Mousson d'été, à Pont-à-Mousson), cet événement européen nous invite à découvrir des spectacles qui inventent des "vérités insolentes". Et surtout, à nous remémorer la responsabilité fondamentale de l'art : combattre l'injustice et adoucir les moeurs.

Notre soirée a débuté avec "The Events". Sur la scène du théâtre de la Manufacture, Romane Bohringer, touchante dans un rôle de pasteur lesbienne, confrontée à un drame qui fait vaciller ses certitudes : la tuerie d'un homme qui supprime "ceux qui ne sont pas d'ici" pour affirmer son appartenance identitaire. Echo aux attentats. Echo à ces gestes qui pulvérisent l'humanité.

Convaincante et naturelle, Romane Bohringer donne la réplique à un comédien tout aussi authentique, Antoine Reinartz. Tous deux s'affrontent dans une joute verbale qui questionne les valeurs de respect, de vivre-ensemble et de résilience, sur fond de morceaux chantés par une chorale. La présence de ce "public" créé une mise en abîme qui nous positionne non plus comme spectateurs mais comme voyeurs. Ayant le privilège d'assister à un tremblement de la conscience sur une scène repensée comme un espace public.

Et bam !

Au sortir de ce spectacle, nous foulons les pavés de Nancy en direction de la Place Stanislas. Elégamment éclairée. Parfaitement entretenue. Majestueuse. Quelque part au loin, s'élève une musique électronique attrayante, puis trois écrans géants. Nous nous approchons. Un public nombreux et jeune est assis en face de cette scène éphèmère, habitée par un danseur, Ali Salmi. Il se déplace, concentré, silencieux, dans des gestes qui déploient un univers poétique en lutte contre les images de répression diffusées derrière lui ; contre un tank notamment qui vient, brutalement, percer l'un des écrans. Et qu'il décide d'approcher en douceur. En quête d'un chaos calme.

Bien que nous ne sommes pas en mesure de commenter les nombreux autres spectacles qui ont succédé à ces deux représentations, cet aperçu nocturne a suffi à nous faire une idée précise de la qualité de ce festival. Sans concession et bousculant. Avec des artistes qui investissent le champ de bataille qu'est notre monde, portés par un désir commun : la victoire du pacifisme. Et armés d'un même bouclier : l'art.

Et bam !
à propos...

Du 21 au 29 avril 2016

  Photo : © DR