Ma Vie de Chandelle relate l’intrusion dans l’intimité d’un couple quelque peu désorienté. Par chance pour "le bon petit public" que nous sommes, l’intrus n’est pas n’importe qui mais un homme de spectacle. Un show-man. Comme l’arroseur arrosé, cet ex-tombeur tombe dans le piège de l’amour et s’éprend d’un mari qui, lui, n’a d’yeux que pour sa femme. Pour être au plus près du nouvel objet de son désir, la bête de scène abandonne sa vie d’avant, "sa légende" comme il dit, et s’installe dans l’appartement du couple comme un docile animal de compagnie…
En sa qualité d’ex-chauffeur de salles, il saura nous introduire au cœur leur vie. Leur vie faite d’amour, d’angoisses inavouables et de fantasmes inassouvis. La chandelle c’est donc lui. Il la tient pour eux. Pour nous aussi. Avec espièglerie il les pousse à se dévoiler, à livrer en pâtures les derniers espaces vierges de leur vie conjugale que l’on contemple alors comme un paysage audiovisuel…

La mise en scène que propose Kathy Morvan sert honorablement le propos de l’auteur. Ce n’est pas une pièce comique qu’à écrite Melquiot. Derrière l’humour omniprésent, derrière les mots parfois vulgaires, c’est une question sérieuse qu’adresse de façon subtile "Ma Vie de Chandelle": la disparition programmée de la sphère privée. Il fallait donc trouver la juste façon d'aborder cette réalité en travaillant avant tout sur le jeu. On note toutefois quelques effets visuels ou sonores peut-être superflus quoique manifestement appréciés du public.
"Il n’y aura pas de spectacle, il n’y en aura plus". Telle est la promesse qui nous est faite dès l’entame de la pièce. Bien entendu, les trois comédiens s’attachent avec soin à ne pas la tenir. Du spectacle, ils nous en offrent un beau. Yann Berthelot, en bon chauffeur de salles, s’adresse avec aisance à l'auditoire à la façon d’un stand up. De cette proximité entre son public et lui naîtra la difficulté qu'il pourra rencontrer parfois de contenir les rires que la salle ne parviendra pas à étouffer à des moments pourtant sérieux voire graves.
Il se risque et il a raison. C'est du vivant ! Mais par n'importe quelle vie. Leur vie c'est du théâtre. Laurent Savalle campe délicieusement son rôle de mari hypochondriaque et tourmenté par les hypothétiques infidélités d’une épouse à laquelle Elodie de Bosmelet prête toute sa candeur.
La compagnie "Ca va aller" semble aimer les auteurs engagés. Après "La Question" de Henri Alleg, voilà qu'elle se penche sur l'écriture du renommé Fabrice Melquiot et se saisit d'un texte actuel. Un travail authentique, une interprétation généreuse. En un mot, un jeu qui en vaut bien la chandelle.
Idrissa SIBAILLY, Avignon










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