Papperlapapp
Jean-Pierre BOURCIER Avignon
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Publié le 9 juillet 2010
Une première quelque peu houleuse dans la Cour d'honneur. "Papperlapapp" de Christoph Marthaler séduit par son propos acide, ironique mais aussi intimiste sur les travers de notre société qui comble ses ignorances par des croyances, ses troublantes pulsions par des absolutions. Pour autant, la scénographie de Anna Viebrock n'est pas compatible avec le lieu.

On aurait tord de bouder la dernière création de Christophe Marthaler, même si son "Papperlapapp" ne fait pas trembler de rire les murs de la Cour d'honneur. Le metteur en scène suisse reste un fin connaisseur de notre société, un hyper sensible aux vibrations du monde. Sa lucidité sur la vanité du ou des pouvoirs est telle qu'il réussit depuis des années à en faire émerger les multiples facettes. A faire croire qu'il ne se passe pas grand chose alors que ce sont des tornades de sentiments qu'il fait jaillir. Mais  voilà. Il y a, ici, un problème d'échelle.

La géométrie du Palais des Papes est délicate pour le théâtre. Et ses murs immenses ne semblent pas compatibles ici avec les échos subtiles de ces gens bien sur eux, timides parfois, curieux jusquà certaines folies souvent, qui s'engagent dans une visite (le guide est à lui seul le symbole de la triche joyeuse)  où derrière chaque pierre, chaque gisant, chaque tombe ou confessionnal, un dieu est censé se cacher. Parce que c'est la grande histoire qui le dit. Or la Cour est large, profonde, haute. Et malgré les cris, les chants, les blablablas (papperlapapp en allemand) et les chuchottements (sonorisés), le spectacle traîne un peu trop en longueur.

Et pourtant. Quelle intelligence, quelle sensibilité pour titiller nos sens et nos neuronnes là où ils doutent. Quelle belle actualité aussi en cette époque où s'interroger passe par des circuits électroniques, où penser le politique, la religion, le sexe se limite le plus souvent au bling-bling télévisuel et aux commerces des idées.

Tous les éléments du décors racontent des histoires, réservent des surprises. Des 'visiteurs', bien mis et propres sur eux, entre bigotes et faux veufs, découvrent, ici, un confessional (s'ils veulent se recueillir, un soudeur qui répare quelque chose à l'intérieur leur envoie quelques étincelles qui ne viennent pas du ciel). Là, ce sont des tombeaux ornés de quelques repose-têtes pour gisant... qui attirent. Autant dire pour ces visiteurs où ils pourront se reposer, comme au camping ! Les machines à laver (les âmes) ne manquent pas. Et bien d'autres choses encore. La troupe chante souvent, s'interroge toujours comme si dieu, dans tout ça, était un sacré lascar. Bref, ça traîne un peu mais l'humour est permanent. il suffit de l'entendre. Et c'est un petit bonheur.

Avignon Du 07/07/2010 au 17/07/2010 à 22h Cour d'Honneur du Palais des Papes Place du Palais 84000 Avignon Site du théâtre Réserver  

Papperlapapp

Spectacle musical
Mise en scène : Christoph Marthaler
 
Avec : Marc Bodnar, Raphaël Clamer, Bendix Dethleffsen, Evelyne Didi, Olivia Grigolli, Rosemary Hardy, Ueli Jäggi, Jürg Kienberger, Sasha rau, Martin Schütz, Clemens Sienknecht, Bettina Stucky, Graham Valentine, Jeroen Willems

Scénographie : Anna Viebrock

Dramaturgie : Malte Ubenauf

Collaboration à la dramaturgie : Olivier Cadiot

Collaboration artistique : Gerhard Alt

Costumes : Sarah Schittek

Direction musicale : Rosemary Hardy

Lumière : Phoenix

Maquillage : Christian Schilling

Assistant à la mise en scène : Ludivine Petit

Assistant à la scénographie : Hannah Albrecht

Durée : 2h30 Photo : © Christophe Raynaud de Lage  

Spectacle diffusé sur ARTE le 17 juillet