Critique - Théâtre - Mouscron
Les Aventures extraordinaires du baron de Münchausen
Cavalcades et cascades, rodomontades et boutades
Par Michel VOITURIER
Les aventures du baron de Münchausen, alias le « Baron de Crac », ont égayé bien des veillées depuis le 18e siècle. Théophile Gautier en assura autrefois la traduction. Georges Méliès s’en inspira pour un de ses premiers films à trucages et Terry Gilliam en tourna une adaptation en 1961. Très récemment, Olivier Supiot les a prolongées en bande dessinée.
La lilloise Cie Joker s’est spécialisée dans le théâtre forain et son corollaire, la commedia dell’arte. La mise en scène est donc basée sur cette double vision. La troupe débarque sur le plateau avec la charrette qui lui permet d’aller de village en village. Elle déballe ses accessoires et ses décors, les construit dans un joyeux brouhaha de lazzis, de bousculades, de gloussements, d’invectives, de tambourinades.
Le ton est donné. Ce sera la farce. Une farce au rythme cavalcadant qui ne laisse respirer personne, ni le public, ni surtout les acteurs. Ceux-ci ne sont pas avares de trépidations, de gesticulations, d’élans corporels, de pitreries en tous genres. D’autant qu’ils ne cessent de changer de rôles et donc d’accoutrements. D’autant qu’ils reconstruisent les lieux de l’action à chaque séquence. D’autant qu’outre leur gestuelle et leur volubilité orale, ils chantent allègrement comme dans la plus classique des opérettes.
La magie du théâtre trouve son expression plénière. Les éléments se transforment. La carriole devient tréteaux pour acteurs, avant d’être table ou paroi. Des tissus s’envolent, rebaptisés palais turc. Une bâche finira par être monstrueux animal marin. L’inventivité permanente permet à chaque objet de se transformer en évocation d’autre chose.

Inventivité scénique
Les éclairages suivent le mouvement. Ils sont eux aussi mouvants. Les costumes poussent leur caricature aussi loin que possible pour rendre plaisants des stéréotypes visuels. L’espace scénique se métamorphose à tout instant. Haut dans les cintres, voici la Reine de la Lune qui domine tout. Entre ciel et planches, voici l’inénarrable course poursuite aérienne du baron pédalant derrière Vénus l’aguicheuse.
Côté jardin et côté cour, il se passe toujours quelque chose. C'est le cas, par exemple, du gag leitmotiv des manivelles sensées manoeuvrer la machinerie qui suspend les décors.
Le voyage est plaisant. Il passe de la Turquie où le héros parie sa vie pour aboutir dans le ventre géant d’une baleine digne de Jonas via une escapade vers la lune, une exploration du centre de la terre avec rencontre de Vulcain et d’Aphrodite, un voyage en mer doté d’une tempête mémorable.
Certes, la représentation se cantonne au seul divertissement. Mais en ces temps de profonde morosité, il n’est pas inutile de se détendre un peu. Et se mettre à la redécouverte d’œuvres d’un passé un rien désuet dépasse la nostalgie. La leçon de théâtre en tout cas reste efficace. Même s’il est regrettable que l'usage trop systématique des voix braillardes dans le style parlé du petit peuple italien finisse par lasser quelque peu.
Michel VOITURIER, Bruxelles










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