« Les 39 marches » est l’un des tous premiers films d’Alfred Hitchcock, daté de 1935, le joyau de la période « anglaise » du réalisateur avant son exil outre-Atlantique. L’adaptation théâtrale française imaginée par Gérard Sibleyras et mise en scène par Eric Métayer reprend la trame initiale de cette comédie policière rocambolesque dans laquelle un innocent se voit enrôlé dans une terrible machinerie par une femme forcément fatale, traquée par des hommes pas très sympathiques ! La fameuse figure du faux coupable qui n’en finit pas de traverser l’œuvre hitchcockienne !
L’histoire démarre à Londres où à l’issue d’une représentation théâtrale, le canadien Richard Hannay rencontre la mystérieuse Mrs.Smith, celle-ci le supplie de l’héberger pour la nuit afin d’échapper à ses poursuivants. Elle lui dévoile son appartenance à un réseau d’espionnage appelé les 39 marches. À l’aube, il la découvre endormie pour l’éternité dans son fauteuil club, un couteau soigneusement planté entre les deux omoplates. Considéré dorénavant comme le principal coupable, Hannay n’a d’autres choix que de s’enfuir à son tour. S’ensuit une véritable course poursuite dans lequel l’innocent devient la proie d’un complot qui le dépasse !
Du rire en surprises !
Quel pari de transposer sur une scène aussi exiguë qu'un théâtre, l’incroyable énergie de cette chasse à l’homme ! Comment restituer le suspens, la noirceur, la loufoquerie du propos ? Par une ingéniosité sans cesse renouvelée que même sous la menace, il ne sert à rien de dévoiler ici. Ce spectacle se passe de palabres, il est à voir, à revoir. Ce n’est pas tant le rire qui vous happe, que le rythme, les trouvailles, le talent des quatre comédiens.
Il faut dire que la mise en scène est taillée au cordeau, enlevée comme il faut. Tout devient prétexte au burlesque, que ce soit l’installation d’un décor ou le jeu des acteurs, qui n’en finissent pas de naviguer entre les personnages. Eric Métayer en tête qui réussit à lui seul à camper pas moins de 70 personnages, une prouesse pour cet immense acteur toujours à la limite du cabotinage dans la lignée des Keaton, Chaplin, De Funès. Ses trois compères Jean-Philippe Bèche, Andréa Bescond et Christophe Laubion chacun dans leur registre se défendent avec subtilité et communiquent aux spectateurs leur plaisir de jouer.
Et les spectateurs finement sollicités se délectent de cet humour cocasse. Seul bémol, lorsque l’interaction récurrente sert à masquer des baisses de régime, notamment lors de la transposition de l’accent écossais, inimitable pour nous autres francophones en accent du Sud, le ventre mou de la pièce dirons nous mais ça repart, et si vite qu’on oublie…
Maïa ARNAULD, Paris










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