Critique - Théâtre - Bruxelles
Everything's Political (pOp sOnG thEAtre)
Ceci n'est pas une p...ièce de théâtre
Par Suzane VANINA
Au Commencement il y eut... une idée de base, originale, en forme d'interrogation :" Peut-on réaliser des clips au théâtre ?". Au deuxième temps, il y eut l'envie de raconter les parcours bousculés de trois femmes différentes : une épouse insatisfaite, une mère parfaite, une femme indépendante dite "putain respectable" et de démontrer que tous nos faits et gestes participent du politique au sens large. Au troisième temps : un texte. Au quatrième temps : sa transposition à la scène. En finale : un ballet endiablé, un grand puzzle psychédélique bâti sur une abondance de références ciné-littérairo-culturelles.
Ce ne sera pas jour de repos pour le spectateur. Qu'il sache bien qu'il n'est aucunement chargé de reconstituer cette peinture en mouvement, du genre" impressionniste-qui flirterait-avec-le-surréalisme". Il s'agit d'une succession de séquences, parfois muettes, parfois contenant quelques bribes de phrases en surimpression sur la musique (pardon, "music" rock-pop-folk) permanente et omniprésente.
Ca commence par la vision (fugitive) d'un poisson rouge projetée sur la porte d'un frigo géant. Il représenterait, nous dit-on, le Destin gouvernant ces personnages interchangeables autant qu'énigmatiques. Trois femmes, trois hommes, trois (ou quatre ?) histoires, près d'une douzaine de tubes, seize séquences musicales dans une scénographie très classe de Sophie Carlier.
La contrainte du clip, une "contraction temporelle et scénique" oblige à des raccourcis et le parti de laisser la bride à l'impro et aux associations d'idées personnelles des comédiens fait s'écarter de toute trame narrative et logique. En clair : on perd le fil rapidement.

Puzzle et rébus : "abstraction sauvage qui met en jeu sa propre représentativité" ou "spectacle organique" ?
Apparemment, ces protagonistes aux multiples costumes et accessoires, sans cesse changeants, ont toutes les cartes en main, au propre comme au figuré, histoire de mieux les brouiller pour le spectateur qui se souvient alors des papes du Nouveau Roman animés de la même volonté de "péter les structures". Des acteurs agités et d'une souplesse à toute épreuve se sont lancés dans l'aventure d'une distribution collective d'où l'on bannit les individualités. Nous ne saurons donc pas qui faisait quoi. Mais il est vrai que les personnages eux-mêmes sont des sans-nom, désincarnés, intellectualisés.
Si le spectateur renonce à toute tentative cartésienne de vouloir comprendre et choisit plutôt d'accueillir les sensations, alors de beaux moments-clips, incontestablement, lui seront offerts. On retiendra par exemple, celui où un magma mouvant accouche de larves informes, vision à la fois repoussante et fascinante, ainsi que les solos de la comédienne plus âgée qui apportent un brin d'émotion.
Véronika Mabardi aime titiller les imaginations, provoquer les plumes et les claviers dans un creuset collectif. Elle a pour complice Sebastien Chollet qui assure la mise en scène de cet objet théâtral avant tout très sonore et visuel.
Suzane VANINA, Bruxelles










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