Everything's Political (pOp sOnG thEAtre)
Publié le 6 mai 2010
Pour le spectateur moyen, l'annonce d'un pareil titre pourrait impliquer que - "everything" - chaque chose soit à sa place, politiquement, correctement. Une explosion a tout éparpillé, dilué le propos, et c'est parti dans tous les sens.

Au Commencement il y eut... une idée de base, originale, en forme d'interrogation :" Peut-on réaliser des clips au théâtre ?". Au deuxième temps, il y eut l'envie de raconter les parcours bousculés de trois femmes différentes : une épouse insatisfaite, une mère parfaite, une femme indépendante dite "putain respectable" et de démontrer que tous nos faits et gestes participent du politique au sens large. Au troisième temps : un texte. Au quatrième temps : sa transposition à la scène. En finale : un ballet endiablé, un grand puzzle psychédélique bâti sur une abondance de références ciné-littérairo-culturelles.

Ce ne sera pas jour de repos pour le spectateur. Qu'il sache bien qu'il n'est aucunement chargé de reconstituer cette peinture en mouvement, du genre" impressionniste-qui flirterait-avec-le-surréalisme". Il s'agit d'une succession de séquences, parfois muettes, parfois contenant quelques bribes de phrases en surimpression sur la musique (pardon, "music" rock-pop-folk) permanente et omniprésente.

Ca commence par la vision (fugitive) d'un poisson rouge projetée sur la porte d'un frigo géant. Il représenterait, nous dit-on, le Destin gouvernant ces personnages interchangeables autant qu'énigmatiques. Trois femmes, trois hommes, trois (ou quatre ?) histoires, près d'une douzaine de tubes, seize séquences musicales dans une scénographie très classe de Sophie Carlier.

La contrainte du clip, une "contraction temporelle et scénique" oblige à des raccourcis et le parti de laisser la bride à l'impro et aux associations d'idées personnelles des comédiens fait s'écarter de toute trame narrative et logique. En clair : on perd le fil rapidement.

Ceci n'est pas une p...ièce de théâtre

Puzzle et rébus : "abstraction sauvage qui met en jeu sa propre représentativité" ou "spectacle organique" ?

Apparemment, ces protagonistes aux multiples costumes et accessoires, sans cesse changeants, ont toutes les cartes en main, au propre comme au figuré, histoire de mieux les brouiller pour le spectateur qui se souvient alors des papes du Nouveau Roman animés de la même volonté de "péter les structures". Des acteurs agités et d'une souplesse à toute épreuve se sont lancés dans l'aventure d'une distribution collective d'où l'on bannit les individualités. Nous ne saurons donc pas qui faisait quoi. Mais il est vrai que les personnages eux-mêmes sont des sans-nom, désincarnés, intellectualisés.

Si le spectateur renonce à toute tentative cartésienne de vouloir comprendre et choisit plutôt d'accueillir les sensations, alors de beaux moments-clips, incontestablement, lui seront offerts. On retiendra par exemple, celui où un magma mouvant accouche de larves informes, vision à la fois repoussante et fascinante, ainsi que les solos de la comédienne plus âgée qui apportent un brin d'émotion.

Véronika Mabardi aime titiller les imaginations, provoquer les plumes et les claviers dans un creuset collectif. Elle a pour complice Sebastien Chollet qui assure la mise en scène de cet objet théâtral avant tout très sonore et visuel.

Suzane VANINA, Bruxelles

Bruxelles - Belgique Du 20/04/2009 au 01/05/2010 à 20 h 30 (du Mar au Sam) Théâtre Les Tanneurs 75, rue des Tanneurs 1000 Bruxelles Téléphone : +32 2 512 17 84. Site du théâtre Réserver   Marseille Du 05/04/2012 au 06/04/2012 Théâtre de la Criée 30, Quai Rive Neuve 13007 Marseille Téléphone : 04 96 17 80 00. Site du théâtre  

Everything's Political (pOp sOnG thEAtre)

de Veronika Mabardi

Théâtre musical Théâtre
Mise en scène : Sébastien Chollet
 
Avec : Aude Cartoux, Didier Escole, Bruno Marin, Manu Mathieu, Francesco Italiano, Mikiko Sagawa

Dramaturgie : Veronika Mabardi

Scénographie : Sophie Carlier

Création lumière : Colin Legras

Montage et création sonore : Gaëtan Van den Berg

Choix musical : Veronika Mabardi, Sébastien Chollet

Régie : Colin Legras, Gaëtan Bergmans

Costumes : Odile Dubucq

Durée : 1h20 Photo : © Véronika Mabardi  

Coproduction : Cloportes Productions/Théâtre Les Tanneurs