Blanche Neige
Publié le 19 mars 2010
Robert Walser a revu, à sa manière, le célèbre conte. Il le fait commencer après la venue du prince charmant.

Walser (1878-1956) est mort dans la neige, un jour qu’il se promenait hors de l’institut psychiatrique où il était traité. Son conte transformé se passe aussi, prémonition d’un alors très jeune auteur, dans une neige mortifère.

En hommage à l’écrivain, le vidéaste Robert Kuntzel a conçu une œuvre numérique qui montre la présence corporelle d’un être prisonnier d’une blancheur glacée. Il y explore, dans un va et vient obsédant de caméra, la peau, les plis, la mort, témoignant d’une des obsessions de l’œuvre de l’écrivain.

Peut-être est-ce ce contexte qui a suggéré à Sylvie Reteuna une mise en scène glaciale. Pourtant la dérision qui s’y trouve tant dans le texte que dans son interprétation crée une faille au cœur du récit. Cela ne suffit pas sans doute pour entraîner vraiment le spectateur dans les dédales complexes d’une certaine folie surgie à travers les mots.

Tout ici dérange. Le Prince, gringalet efféminé sautillant et travaillé par le désir, est à l’inverse du séducteur charmant. La Reine, mère fuyante qui renie son crime et s’abandonne à de charnels élans avec son amant, tente de manipuler une impossible affection de sa fille empoisonnée. Blanche-Neige, morte vivante, est en porte à faux entre enfance innocente et adulte sexuée. Le Chasseur, ours velu à carrure d’athlète, se complaît dans le ventre accueillant de la souveraine.

Un conte qui tourne mal

Le poids de la dérision

La parole, en vers, ampoulée à la manière d’un pastiche systématique d’une littérature tragique mâtinée de poétique, devient, à cause des voix travaillées à s’affranchir du naturel, une musique plus qu’un discours. Celui-ci tourne en rond.

Les protagonistes sont à la fois à la recherche d’eux-mêmes et en attente d’autrui ; ils sont enlisés au sein d’une histoire qui n’est plus la leur. Ils oscillent de l’amour à la haine, de l’existence à la mort, de l’attachement à l’exécration en des balancements inaboutis.

L’histoire semble sans fin. Elle n’en a pas. Pas plus sans doute que ce qui se passe dans un cerveau schizophrène. Chaque accessoire, chaque costume, chaque élément, chaque geste porte des significations plurielles qu’il n’est pas évident de décoder.

Le public, placé en position d’observateur, cherche l’au-delà des apparences. Il assiste à cela en voyeur objectif que l’émotion ne gagne jamais d’autant que le parti pris d’une certaine dérision pour lequel a opté Sylvie Reteuna met les comédiens en demeure de faire mine de manquer de conviction.

Michel VOITURIER, Lille

Villeneuve d'Ascq (Lille) Du 09/03/2010 au 12/03/2010 à 20h La Rose des Vents Boulevard Van Gogh, Téléphone : 0320 61 96 96. Site du théâtre

Texte: Paris, Corti, 2002, coll. Merveilleux

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Blanche Neige

de Robert Walser

Théâtre
Mise en scène : Sylvie Reteuna
 
Avec : Aurélia Arto, Olav Benestvedt, Claude Degliame, Eram Sobhani, Marc Mérigot

Traduction, adaptation : Nicolas Luçon

Lumière, régie générale : Jean-Claude Fonkenel

Scénographie, costumes, maquillages : Pierre-André Weitz

Vidéo : Kate France

Son et musique : Eric Sterenfeld

Régie : Pierre-Yves Aplincourt

Assistanat à la mise en scène : Elise Lahouassa

Assistanat à la lumière : Pierre Godard

Construction du décor : Bertrand Killy

Administration de production : Christine Tournecuillert

Durée : 1h10 Photo : © Sébastien Charlet  

Production : la Sibylle

Coproduction : Le Vivat-scène conventionnée danse & théâtre à Armentières ; Le Bateau Feu-scène nationale de Dunkerque ; L’Hippodrome-scène nationale de Douai.

Vidéo : "Hiver", Thierry Kuntzel (1990). Visible au Fresnoy, Studio national des Arts contemporains, 22 rue d Fresnoy, Tourcoing (http://www.lefresnoy.net) jusqu'au 25.04.2010