Critique - Théâtre - Villeneuve d'Ascq (Lille)
Blanche Neige
Un conte qui tourne mal
Par Michel VOITURIER
Walser (1878-1956) est mort dans la neige, un jour qu’il se promenait hors de l’institut psychiatrique où il était traité. Son conte transformé se passe aussi, prémonition d’un alors très jeune auteur, dans une neige mortifère.
En hommage à l’écrivain, le vidéaste Robert Kuntzel a conçu une œuvre numérique qui montre la présence corporelle d’un être prisonnier d’une blancheur glacée. Il y explore, dans un va et vient obsédant de caméra, la peau, les plis, la mort, témoignant d’une des obsessions de l’œuvre de l’écrivain.
Peut-être est-ce ce contexte qui a suggéré à Sylvie Reteuna une mise en scène glaciale. Pourtant la dérision qui s’y trouve tant dans le texte que dans son interprétation crée une faille au cœur du récit. Cela ne suffit pas sans doute pour entraîner vraiment le spectateur dans les dédales complexes d’une certaine folie surgie à travers les mots.
Tout ici dérange. Le Prince, gringalet efféminé sautillant et travaillé par le désir, est à l’inverse du séducteur charmant. La Reine, mère fuyante qui renie son crime et s’abandonne à de charnels élans avec son amant, tente de manipuler une impossible affection de sa fille empoisonnée. Blanche-Neige, morte vivante, est en porte à faux entre enfance innocente et adulte sexuée. Le Chasseur, ours velu à carrure d’athlète, se complaît dans le ventre accueillant de la souveraine.

Le poids de la dérision
La parole, en vers, ampoulée à la manière d’un pastiche systématique d’une littérature tragique mâtinée de poétique, devient, à cause des voix travaillées à s’affranchir du naturel, une musique plus qu’un discours. Celui-ci tourne en rond.
Les protagonistes sont à la fois à la recherche d’eux-mêmes et en attente d’autrui ; ils sont enlisés au sein d’une histoire qui n’est plus la leur. Ils oscillent de l’amour à la haine, de l’existence à la mort, de l’attachement à l’exécration en des balancements inaboutis.
L’histoire semble sans fin. Elle n’en a pas. Pas plus sans doute que ce qui se passe dans un cerveau schizophrène. Chaque accessoire, chaque costume, chaque élément, chaque geste porte des significations plurielles qu’il n’est pas évident de décoder.
Le public, placé en position d’observateur, cherche l’au-delà des apparences. Il assiste à cela en voyeur objectif que l’émotion ne gagne jamais d’autant que le parti pris d’une certaine dérision pour lequel a opté Sylvie Reteuna met les comédiens en demeure de faire mine de manquer de conviction.
Michel VOITURIER, Lille










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