La danse de l'albatros
Publié le 15 mars 2010
Une comédie parisienne traditionnelle avec les ingrédients requis : personnage central-vedette, beauf de service, femmes-clichés et vague triangle amoureux en milieu aisé.

La danse de l'albatros est celle, toute personnelle, que cet oiseau (d'une fidélité de chien) exécute à l'intention de son âme-soeur, en reconnaissance après une longue absence. Thierry, quinquagénaire, zoologiste reconnu, la montre en exemple mais il n'est pas bon danseur... La pratiquer s'avèrera utopique pour tout humain.
 
Notre homme, plutôt séduisant, mais misanthrope, râleur impénitent, irritable, de mauvaise foi et bourré de contradictions n'a guère de soucis matériels puisqu'il vient d'acheter une seconde résidence à la campagne afin d'y abriter sa nouvelle conquête, Judith, une jeunette d'une vingtaine d'années, auteure (raillée) de livres de bain pour bébés. Ses tracas sont  ailleurs : se maintenir en bonne forme, au niveau de sa compagne, et finaliser l'écriture de son dernier ouvrage de vulgarisation scientifique.

Au lever du rideau, ses proches et têtes de turc - sa soeur Françoise et son meilleur ami Gilles - attendent avec lui la jolie Judith, tout en bavardant de choses et d'autres. À son arrivée, il y aura crise amoureuse et échanges de vues animés, avant les chassés-croisés des uns et des autres lors d'une manif à Paris, les points de rencontre de la rue faisant office des portes qui claquent, ingrédients de tout bon boulevard.

La jeune fiancée (du moins le croyait-elle, la pauvre) sera larguée sous prétexte d'incompatibilité de générations quand une ex refera surface dans la vie vide de ce quinqua acariâtre. Lui que le terme "gérer" insupporte sera dépassé par une situation qu'il aura lui-même provoquée  Et ce sera, pour conclure, le retour au point de départ pour Thierry, non sans avoir perdu quelques plumes (et reçu quelques coups de bec, bien réels) avec, comme mot de la fin, sa décision de ne pas participer à une marche de la jeunesse. Si l'on cherche une morale à cette histoire, ce pourrait être celle-là. Son arrogance chronique l'aura rendu ridicule, pitoyable dans son obstination à ne pas accepter l'iinéluctable avancée du temps, et donc davantage proche de nous.

Flinguer tous azimuts

Divertissant et de bon ton, en bonne compagnie...

Ecrite et créée à Paris assez récemment, l'oeuvre charrie un goût de déjà-vu-et-attendu, même si le sujet serait celui de la difficulté de vieillir dans une société des apparences de la réussite, la mise en question du jeunisme ambiant ainsi que, dans la foulée, d'autres idées branchées comme les marches citoyennes, le retour à la vie provinciale, la préoccupation d'une vie plus saine...

L'auteur, Gérald Sibleyras, est un habile faiseur, habitué des nominations aux "Molières", notamment pour cette pièce-ci; Toni Cecchinato l'a mise en scène sans grande surprise dans des décors de Thierry Bosquet particulièrement mis en valeur dans l'écrin à l'italienne de "la  bonbonnière" du Parc (qui fait partie de la Route Européenne des Théâtres Historiques).

On doit au grand talent de Jean-Claude Frison de réussir à rendre sympathique un sale égoïste et à celui de Pascal Racan et de Nicole Colchat de ne pas caricaturer son entourage. Les acteurs, pas cabots pour un sou, évitent d'appuyer les effets prévus par l'auteur dans cette pièce où l'humour est ni noir, ni absurde, ni féroce, ni subversif, ni original... mais confondu avec la moquerie. Les amateurs de traits d'esprit: jeux de mots et bons mots, répliques du tac au tac, phrases drôles assassines... seront satisfaits et riront beaucoup tant il est toujours réjouissant de mettre en boîte son prochain et de flinguer, en paroles, tous azimuts.

Suzane VANINA, Bruxelles

Bruxelles - Belgique Du 04/03/2010 au 03/04/2010 à 20 h 15 (sauf Dim et Lun) Théâtre royal du Parc 3 rue de la Loi, Bruxelles Téléphone : +32(0)2.505.30.30. Site du théâtre Réserver  

La danse de l'albatros

de Gérald Sibleyras

comédie Théâtre
Mise en scène : Toni Cecchinato assisté de Micheline Tziamalis
 
Avec : Nicole Colchat, Lisa Debauche, Jean-Claude Frison, Pascal Racan

Décors, costumes : Thierry Bosquet

Lumière, direction technique : Serge Daems

Régie : Gérard Verhulpen, David Lempereur, Nicolas Loncke

Durée : 2 h (avec entracte) Photo : © Serge Daems  

Production : Théâtre Royal du Parc