Critique - Théâtre - Paris
Alice au pays des Merveilles
Féerie et no-sense en culotte-courte !
Par Marie-Pierre CREON
Bien sûr, tout commence par un après-midi d'été où une petite fille baille d'ennui devant ses leçons. Bien sûr, sans, crier gare, va surgir un lapin à binocles "en r'tard, en r'tard, en r'tard!" à s'en faire trancher la tête. Bien sûr, c'est là que tout commence : la curiosité d'Alice, sa chute infinie dans le terrier sans fond, les potions qui font grandir ou rapetisser, une chenille pleine de préciosité atteinte d'un Alzheimer précoce à moins que ce soit une folie galopante ? Le chapelier, évidement fou, son compère le lièvre toujours prêt à fêter les "non-anniversaires", la Reine de cœurs plus grotesque ogresse avide de caboches débitées sur le billot que souveraine d'une dignité impériale.
Et vous voici plongé dans le monde absurde de Lewis Carol, jeune auteur qui portait en lui le regret éternel de l'enfance, l'âge d'or de la vie, et qui, pour faire plaisir à la petite Alice Lidell, imagina cette fable qui défie la logique au profit du no-sense, proche de la logique des enfants comme de la folie des adultes.

Le double reflet du miroir
D'emblée la petite troupe nous plonge dans l'univers fantasmagorique de Lewis Carol, par un système ingénieux de décors amovibles et des costumes colorés. La longue chute dans le terrier, la taille capricieuse d'Alice tour à tout géante ou lilliputienne, la partie de croquet de la Reine, les effets spéciaux sont garantis, pour le plaisir des grands et surtout des petits. La troupe d'acteurs, spécialisée dans les spectacles pour enfants, s'en donne à cœur joie et on ne boude pas leur plaisir !
Fidèle au roman de Lewis Carol, Alice traduit tous les bouleversements de l'enfance : l'élan vers l'âge adulte, le désir de rester dans l'état bénit de l'enfance. Si les bambins y verront une succession d'images oniriques, les adultes seront invités à traverser le miroir de la pièce à double lecture. La cruauté inhérente aux enfants à travers une Reine de Cœur sanguinaire, le lapin blanc pendu à sa montre symbole de fuite inexorable du temps, cette notion si incertaine chez les enfants, la volonté d'adapter les règles à sa fantaisie (imaginez, fêter 364 jours par an votre "non-anniversaire" !), de plier le monde à sa logique, d'avoir avec le truchement du jeu, les pleins pouvoirs...
Inconsciemment, "Alice au Pays des merveilles" raconte mieux que quiconque les travers de cet état de grâce si éphémère. Bercé par la voix enveloppante du regretté Philippe Noiret, "Alice au pays des merveilles" est une parenthèse fantaisiste extratemporelle à offrir, une gourmandise à croquer en secret, dans la pénombre du théâtre Michel.
Marie-Pierre CREON, Paris









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