Bezette Stad/Ville Occupée
Publié le 13 mars 2010
Bruxelles occupée par des rappeurs déterminés à crier haut et fort pour la réveiller, la libérer d'une nouvelle forme d'occupation...

Le texte de base est un grand classique de la littérature flamande. Dû au poète-romancier Paul Van Ostaijen, il évoque l'occupation de la ville d'Anvers lors de la guerre 14-18 en des termes rageurs et désespérés, une langue explosée. Revu par la bande de rappeurs-breakdancers-beatboxers-musiciens-comédiens menée par Ruud Gielens, la ville, ici et maintenant, devient Bruxelles et six jeunes, cinq garçons, une fille, se sont réappropriés le texte en y retrouvant des accents résolument actuels. Quant au spectacle/performance, il ne se limite pas à son lieu traditionnel, il sort du théâtre, se passe aussi ailleurs et offre donc deux parties.

Dans la première, les spectateurs, guidés en petits groupes distincts, vont visiter divers lieux extérieurs : bas-côtés du théâtre (KVS Bol), lavoir, station de métro, épicerie... une redécouverte de la ville, où l'on ne saura plus qui est acteur et qui est simple quidam, le ton sera à la dérision avec des situations en "happenings" plutôt insolites et cocasses. Pour participer à la seconde partie, ils reviendront dans la salle proprement dite (KVS Box) entièrement dépouillée (gradins compris) où une sorte de grand ring occupe le milieu tandis que d'autres petits podiums sont aménagés en pourtour, parmi les spectateurs.

Là, le climat sera tout autre. Le spectateur recevra de pleines poignées de sons, de rythmes, de "beatbox" (bruitages vocaux), sérieusement secoué par le formidable cri poussé en commun par ceux-là qui se disent "résistants", aussi, comme en 14/18, pour se réapproprier leur ville, Bruxelles-Babel... Protestation unanime (en français/néerlandais/anglais !) contre ce qui a envahi une ville de nos jours : la pub, les slogans débiles, le pousse-à-la consommation... sans consolation aucune pour ceux qu'on appelle pudiquement "les plus démunis", sinon les discours creux et sans lendemain.

Plutôt que du rap récupéré, on se rapproche des intentions du slam, davantage centré sur les paroles, et qui a encore gardé jusqu'à présent sa pureté d'origine, même si le succès d'un slammeur comme Fabien Marsaud (alias "Grand Corps Malade") pourrait faire songer au contraire. Celui-ci ne prétend-il pas que "le slam, c'est avant tout une bouche qui donne et des oreilles qui prennent" ?  C'est exactement ce qu'a fait la petite équipe dirigée par le metteur en scène maison Ruud Gielens (dont les projets remarqués ne se comptent plus). Les bouches - et les corps - ont donné à entendre une révolte, et nos oreilles en ont pris plein les tympans !

Le "band" descend sur la ville

Artistes hors du commun rompus à nombre de techniques des arts de la scène

Des personnalités différentes se sont renvoyés les claques (slam = claquement) au-dessus de nos têtes, certains spectateurs (dont mon voisin) embrayant à certains moments tant il est difficile de rester de marbre immergés dans un tel flot d'énergie ! Tous ces acteurs-danseurs-musiciens font partie de la grande scène hiphop belge. On retrouve Pitcho (Pitcho Womba Konga) plus connu des francophones, pas seulement parce qu'il vient de sortir "Crise de nègre", un album de rap certes, mais parce qu'il fait partie des comédiens reconnus de la scène belge, notamment avec "Sizwe Banzi est mort" mis en scène par Peter Brook, qui a fait le tour du monde.

Il y a aussi le spécialiste hollandais de la voix, du beatbox : Joost Maaskant ainsi que "le plus célèbre des Flamands", Scale (Kris Strybos) le pionnier, entre autre chanteur des St Andries Mc's ou participant à l'orchestre philarmonique de Monaco..., Serdi Alici, plus jeune, comédien également notamment avec le collectif théâtral "Union Suspecte", tout comme Karim Kalonji. Et l'unique fille, Ellen Schoenaerts, musicienne-compositrice-actrice, n'est pas en reste !

Jeroen Perceval, tout en étant rappeur également et acteur formé au Rits, s'est chargé, lui, plus particulièrement du texte déjà de facture étonnamment moderne : "Je marche dans la ville/Et un choeur d'imposteurs/Cherche à me bourrer le crâne/Mais je ne me vois nulle part..." Des paroles qui peuvent faire écho chez bien d'autres "citoyens" peu ou prou marginalisés, de toute manière trop souvent peu écoutés...

Suzane VANINA, Bruxelles

Bruxelles - Belgique Du 26/02/2010 au 13/03/2010 à 20h30 (sauf Dim et Lun) KVS Box Quai aux Pierres de Taille, 9 Téléphone : +32(0)2 2101112. Site du théâtre Réserver  

Bezette Stad/Ville Occupée

de Paul Van Ostaijen

Performance-concert théâtralisé Théâtre
Mise en scène : Ruud Gielens
 
Avec : Serdi Alici,Karim Kalonji, Joost Maaskant, Ellen Schoenaerts, Kris Strybos, Pitcho Womba Konga

Adaptation du texte : Jeroen Perceval

Durée : 2h Photo : © Danny Willems  

Production :  KVS Brussel