"Animal", sous-titré :"farce zoologique par et pour humanoïdes en cage", est dû à la rencontre d'auteurs-comédiens sous la houlette de Virginie Thirion pour la mise en scène, et du charismatique Pietro Pizzutti pour l'interprétation. Acteur et actrices se sont fait plaisir, divaguant sur le mot et le thème, en s'attachant à un autre sous-thème : la disparition, de l'animal par l'humain, et de l'humain par l'humain, victime de sa propre destruction généralisée. En effet, c'est essentiellement ici le point de vue de l'homo qui fut dit "sapiens" (!?) sur ceux qui appartiennent, comme lui, au "règne animal" étant donné, bien sûr, qu'il en est le roi. Un roi qui sera peut-être responsable de la cinquième grande extinction des espèces... de SA disparition
Avec cet aimable fourre-tout poétique et littéraire, ponctué de petites précisions savantes, avec des moments plus ou moins longs, importants ou intéressants, nous sommes loin d'un pamphlet ravageur, d'un documentaire dénonciateur et encore plus loin d'une lettre ouverte (ouverte à la polémique) de Brigitte Bardot. Le spectacle, consensuel et au demeurant fort sympatique, parle essentiellement du rapport de l'homo occidentalis avec l'animal dit domestique ou l'étrange sauvage, surtout celui qui a disparu (et pas que le lointain dinosaure mais dodo, lémurien, écureuil roux...etc).
On oscille entre grave/léger, dramatique/joyeux, en évitant le pathos et la radicalisation mais pas toujours les clichés et les idées reçues. Et pas question de rappeler que si le propre de l'homme est le rire, le sadisme l'est aussi. De cela, il ne conviendra pas de parler, sinon à propos des "victimes du progrès", comme par exemple la chienne Laïka, morte par asphyxie dans le spoutnik mis en orbite.

À bride abattue...
On regrettait que, pris par d'autres tâches, variées (écriture, traduction, mise en scène, animation), le comédien Pizzutti se fasse plus rare de nos jours. Avec la faconde qu'on lui connait, il mène le jeu dans un rythme soutenu et occupe la scène tout en n'éclipsant aucunement ses partenaires. Au contraire, il fait apprécier le phrasé particulier et la voix blanche de Laurence Vielle, il intègre bien la comédienne/musicienne Catherine Graindorge et révèle le sens de l' humour de Magali Pinglaut.
Il a poussé ses belles animales complices à digresser et s'amuser avec lui en leur recommandant la fantaisie, "les bulles", avec les trouvailles personnelles de chacune et quelques idées pompées chez les activistes de la cause animale (l'emballage PETA de Pizzutti en rôti), sans que soit abordé de front le fond du problème : l'homme est-il vraiment au-dessus de la pyramide et si oui, quelle serait en conséquence de ce statut de haut responsable, l'étendue de ses droits et de ses devoirs pour empêcher que tous soient exterminés, animaux humains et animaux tout court ?
Dans la salle des voûtes du Public, avec des spectateurs en placement quadrifrontal, et dans les éclairages sophistiqués de Maximilien Westerlinck, l'impression de cirque, de zoo, où tournent en rond les animaux, sera permanente et la fin laissera une grande interrogation sur le devenir de cette planète et de l'humanité en particulier....
Suzane VANINA, Bruxelles









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