Pièce créée au festival de Spa juste après la mort de son auteur, Jacques Henrard, (1920-2008), cette comédie aigre douce explore l’univers tourmenté d’écoliers moins sereins que ce que véhicule l’image traditionnelle de l’enfance innocente et heureuse. Les rôles joués par des adultes prennent la dimension d’un tableau sociétal où les jeunes portent le poids de ce que leurs aînés et leur environnement font peser sur eux.
Tino, dont le père est fossoyeur au chômage et la mère vendeuse en hypermarché, veut buter l’humanité entière à coups de laser. Hughes, fils de médecin et d’avocate, hanté à la fois par son diabète et le risque de syncope, n’a pas la possibilité de se conduire de la même façon que tout le monde. Lily, propriétaire d’une garde robe pléthorique, a tendance à l’obésité comme sa mère coiffeuse. Paula, de famille marginalisée, a tendance à incommoder les autres par son odeur de fille nature tandis qu’elle traîne sa culpabilité après la mort de sa sœur.
Ce petit microcosme écolier est pris entre son désir de vacances et sa crainte de se retrouver alors sans la vitalité du groupe des copains. Il est entouré de condisciples invisibles et chapeauté par la voix off d’une institutrice, vit le quotidien de ses peurs, de ses frustrations, de ses désirs flous, de sa sexualité latente, de son besoin d’amour.

Maladresses et tendresses, manques et petits bonheurs
Les violences y sont souvent insidieuses. En dehors des coups donnés sans modération par Tino, ce sont surtout des mots cruels plus ou moins volontaires, des rejets instinctifs, des refus bruts, des espoirs à demi exprimés de la mort de ceux qu’on déteste, des rumeurs médisantes colportées par les familles. Les élans positifs y sont généreux et spontanés, irréfléchis et sans nuances, quitte à virer à la rancœur quand les confidences et les abandons sont mal compris.
La naïveté se mêle à la rouerie, la tendresse à la cruauté, les appels du corps aux sentiments. Les uns et les autres s’agitent. Ils cavalent, de façon parfois un rien monotone, sur, dessous, derrière, à travers des structures en bois qui rappellent des bancs d’école primaire d’autrefois, des cages à grimper pour cours de récréation, des lieux pour cache-cache. Avec maladresse, ils cherchent à échanger de la tendresse et finissent par en trouver un peu, notamment après une fort belle scène de découverte sexuelle idéalisée.
Le quatuor de comédiens n’a pas cherché à singer des gosses même lorsque le texte frise les poncifs. Leur parole s’en tient au code oral sans mimétisme caricatural. Seules les attitudes corporelles tentent de rappeler l’âge prétendu tendre. L’ensemble se laisse déguster avec plaisir et ramène en chacun des souvenirs de chagrins et de joies, comme il en subsiste au sein de chaque enfance.
Michel VOITURIER, Bruxelles









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