Publié le 12 mars 2010
Conflits, angoisses, désirs, déceptions de gamins en quête d’amour en période de pré-adolescence.

Pièce créée au festival de Spa juste après la mort de son auteur, Jacques Henrard, (1920-2008), cette comédie aigre douce explore l’univers tourmenté d’écoliers moins sereins que ce que véhicule l’image traditionnelle de l’enfance innocente et heureuse. Les rôles joués par des adultes prennent la dimension d’un tableau sociétal où les jeunes portent le poids de ce que leurs aînés et leur environnement font peser sur eux.

Tino, dont le père est fossoyeur au chômage et la mère vendeuse en hypermarché, veut buter l’humanité entière à coups de laser. Hughes, fils de médecin et d’avocate, hanté à la fois par son diabète et le risque de syncope, n’a pas la possibilité de se conduire de la même façon que tout le monde. Lily, propriétaire d’une garde robe pléthorique, a tendance à l’obésité comme sa mère coiffeuse. Paula, de famille marginalisée, a tendance à incommoder les autres par son odeur de fille nature tandis qu’elle traîne sa culpabilité après la mort de sa sœur.

Ce petit microcosme écolier est pris entre son désir de vacances et sa crainte de se retrouver alors sans la vitalité du groupe des copains. Il est entouré de condisciples invisibles et chapeauté par la voix off d’une institutrice, vit le quotidien de ses peurs, de ses frustrations, de ses désirs flous, de sa sexualité latente, de son besoin d’amour.

L'enfance à tâtons de la vraie vie

Maladresses et tendresses, manques et petits bonheurs

Les violences y sont souvent insidieuses. En dehors des coups donnés sans modération par Tino, ce sont surtout des mots cruels plus ou moins volontaires, des rejets instinctifs, des refus bruts, des espoirs à demi exprimés de la mort de ceux qu’on déteste, des rumeurs médisantes colportées par les familles. Les élans positifs y sont généreux et spontanés, irréfléchis et sans nuances, quitte à virer à la rancœur quand les confidences et les abandons sont mal compris.

La naïveté se mêle à la rouerie, la tendresse à la cruauté, les appels du corps aux sentiments. Les uns et les autres s’agitent. Ils cavalent, de façon parfois un rien monotone, sur, dessous, derrière, à travers des structures en bois qui rappellent des bancs d’école primaire d’autrefois, des cages à grimper pour cours de récréation, des lieux pour cache-cache. Avec maladresse, ils cherchent à échanger de la tendresse et finissent par en trouver un peu, notamment après une fort belle scène de découverte sexuelle idéalisée.

Le quatuor de comédiens n’a pas cherché à singer des gosses même lorsque le texte frise les poncifs. Leur parole s’en tient au code oral sans mimétisme caricatural. Seules les attitudes corporelles tentent de rappeler l’âge prétendu tendre. L’ensemble se laisse déguster avec plaisir et ramène en chacun des souvenirs de chagrins et de joies, comme il en subsiste au sein de chaque enfance.

Michel VOITURIER, Bruxelles

Amour amour
Louvain-la-Neuve - Belgique Du 24/03/2010 au 01/04/2010 à 20h30 mardi - mercredi - vendredi - samedi ; 19h30 jeudi; 15h00 dimanche Théâtre Jean Vilar Ferme du Blocry, 6 place de l'Hocaille Téléphone : 0800/25.325. Site du théâtre Réserver   Ath - Belgique Le 06/03/2010 à 20h00 Le Palace Grand-Place Téléphone : 00 32 (0)68 269 999. Site du théâtre

En tournée: le 14 mars au Centre culturel (Beloeil); du 24 mars au 1er avril 2010 au Théâtre Jean Vilar (Ferme de Blocry
Place de l'Hocaille, Louvain-la-Neuve)

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Amour amour

de Jacques Henrard

Théâtre
Mise en scène : Cécile Van Snick
 
Avec : Catherine Decrolier, Hervé Guerrisi, Cachou Kirsch, Pierre Poucet

Décor et costumes : Lionel Lesire

Lumières : Alain Collet

Assistanat à la mise en scène : Adrienne Gérard

Création sonore : Nicolas Dufranne

Direction technique : Jacques Magrofuoco

Réalisation des décors : Georges Delhez et Vincent Rutten

Peinture décor : Christophe Beaugé

Durée : 1h20 Photo : © Véronique Vercheval  

Production : Atelier Théâtre Jean Vilar /Festival de Spa

Texte : éd. Lansman, Carnières, 2008, coll. Théâtre à l'Affiche