Critique - Théâtre - Aubervilliers
Les Fausses Confidences
Une sacrée lutte de classe
Par Jean-Pierre BOURCIER
Voilà qui est cinglant, intrigant à souhait, socialement et économiquement percutant, d'une modernité troublante. Voilà une oeuvre née sous la plume de Marivaux au XVIIIè siècle qui sonne terriblement fort à nos oreilles du XXIè. On ne peut que louer l'ingéniosité et l'élégance du savoir-faire du metteur en scène Didier Bezace et de son équipe.
Dans ces "Fausses confidences", comme dans d'autres pièces de l'auteur, les personnnages tournicotent autour des mots bien sûr. Mais ici, point de marivaudage. Pourquoi ? Parce que Bezace réussit à nous faire entendre, sans forcer le trait, cette "lutte des classes" dans une société où la parole est corsetée, où l'argent catalogue l'individu, où femmes et hommes n'ont pas les mêmes pouvoirs ni les mêmes interdits. Seul les Valets, souvent perçus comme asexués par leurs maîtres mais aussi comme confidents dévoués, savent y faire dans les intrigues.
La belle, jeune et riche veuve Araminte (Anouk Grinberg dans le rôle) est donc ce "beau parti" comme on dit. Monsieur le Comte, quasiment voisin, possède quelques moyens de noblesse pour faire entendre son intérêt pour la veuve. Mais il y a Dorante, le timide, le nouvel intendant d'Araminte qui est fou amoureux de sa maîtresse mais ne peut lui déclarer sa flamme, alors que la jeune Marton, la dame de compagnie, se verrait bien en épouse du jeune homme.

Diabolique Dubois
Que de fausses confidences orchestrées de main de maître par le valet Dubois (Pierre Arditi) qui, dans son costume noir, est plus machiavélique que jamais. On peut penser qu'il est follement amoureux de sa maîtresse. Mais, ne pouvant gommer les frontières de son état social, il pilote avec une ruse diabolique le pauvre Dorante et les autres pour faire sortir les bons mots de la vie et de l'amour qui transgresseront les interdits sociaux.
Dans ce décor plutôt en tromple l'oeil, amovible, pivotant, permettant des intérieurs/extérieurs simples mais d'une grande efficacité, les comédiens sont au mieux dans leurs rôles. Arditi se montre une fois encore magnifique, grandiose même pour conduire ce bal des sentiments pavés de non-dits, d'arrières pensées. La sensibilité et la justesse de jeu d'Anouk Grinberg provoquent des émotions rares chez les spectateurs. Sa dame de compagnie Marton (Marie Vialle) marque très bien son rôle. On peut regretter la voix par trop trembletante et le jeu romantique appuyé de Robert Plagnol (Dorante).
Cela dit, l'ensemble de l'équipe mérite les applaudissements nourris et chaleureux du public. Même Tika, le petit chien de Madame Argante (la mère d'Araminte, Isabelle Sadoyan dans le rôle), se montre à la hauteur !
Jean-Pierre BOURCIER, Paris









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