Être parisien, c'est plus qu'une manière de vivre et de penser, c'est presque un métier. Si, si ! Cette façon unique de râler, de dire "pardon!" d'un ton sec et pincé à la fois pour sortir d'une rame, de considérer la "Proviiiiinnce" avec une condescendance mêlée à une réelle pitié (sauf pour la Normandie, La Baule ou l'île de Ré, autres colonies franciliennes), le réflexe de s'agglutiner à une terrasse au plus infime rayon de soleil, le coup d'œil du garçon de café qui vous mitraille si vous commettez l'erreur de mettre plus de 3 secondes à décider de votre commande...
Ah, ces parisiens, ils sont enragés ! Et pourtant pas si méchants. Il faut apprendre à les connaître et à les comprendre... Pour cela, une solution : l'immersion ! C'est le parti pris de l'auteur-acteur Julien Wagner qui traite le mal par la thérapie du rire. Un petit bijou à découvrir dans l'intimité privilégiée du café-théâtre, pépinière de bien des talents.
Une petite communauté autarcique, quelque part en France. Parmi ses étranges rites, celui d'attendre tous les cent ans un "Elu" chargé de découvrir ce qui les environne. C'est ainsi que naît Lutécien, dont la quête sera de partir à Paris, la Grande Cité. Un monde inconnu et effrayant. Préparé physiquement et moralement, Lutécien n'est pas au bout de ses surprises, Paris non plus ! Le choc des cultures sera rude, mais peu à peu, Lutécien va devenir encore plus Parisien que les Parisiens...

Poétique et décalé, un pari réussi !
Monter une première pièce n'est jamais aisé, surtout à l'école difficile du café-théâtre où la proximité du public réclame que la mayonnaise prenne in peto. Mais quand les répliques font mouche, quand les acteurs ont le talent, quand ils se fondent parfaitement dans la galerie de personnages qu'ils incarnent, tout est pardonné ! Après un petit temps d'échauffement, déjà accueillit par des rires francs du public, la machine lutécienne s'emballe et fonctionne à merveille.
Julien Wagner s'en donne à cœur joie dans le rôle de Lutécien, le naïf au cœur tendre, un benêt au physique d'angelot un peu gauche qui deviendra sous peu un parisien plus authentique et plus chauvin que les natifs de cette ville ! Le voyage de Lutécien recèlera bien des surprises : bobos snobinards aussi vrai que nature (Céline Claraz et Paul Wrobel absolument géniaux), scène du métro où tous les parisiens et non parisiens reconnaîtrons leur quotidien (ah!, la honte de traîner un tonton provincial en goguette), danseuses de cancan dont la patte alerte enfroufroutée fait la joie des fameuses "nuits parisiennes", notables de la ville ayant un goût certain pour le repoudrage de nez made in Tarantino... tout y est !
Jeux de scène, gestuelle, comique de répétition façon Monty Python, "Le Pari de Lutécien" réussit cette alchimie complexe. Au final, on se gondole, emportés par ce trio d'acteurs à l'énergie débordante. Et l'on ressort infiniment souriants, plus lutéciens que jamais, bien sûr !
Marie-Pierre CREON, Paris










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