Critique - Spectacle musical - Toulouse
Pas un jour sans une ligne
Parler et chanter pour passer le temps
Par Julie DERAMOND
Deux clubs, une ménagère, son panier à la main et son ami qui la rejoint. Deux poètes musiciens. Une télé, un whisky, une bassine ou une clope aux lèvres…
Le décor est planté, les ingrédients sont assemblés pour une dernière "répèt" avant de passer à table. Des sons et des mots turgescents dans l’univers poétique de Philippe Léotard, souffle du spectacle. Humour sombre, jeux de maux, sentiments revisités au gré des mots : abîme de prose égrenée, souvent, par un Jean-Pierre Beauredon à la voix rocailleuse et brute, tantôt chantée, tantôt parlée… Une Contrebasse, un accordéon parfois démonté, une batterie, un xylophone ou un harmonica donnent la réplique, créant ou confondant ambiance jazzy, classique, fanfare ou musette.
Des notes et des maux...
La musique, création de Claude Delrieu est au service du texte, tantôt turbulente et festive, tantôt concrète et pensive. Les notes enveloppent de leur cocon pénétrant Jean-Pierre Beauredon en son habit de Léotard. Les mots sont riches de couleurs, pleins de sueur, d’érotisme et de pessimisme mêlés. La mort, l’amour, l’usure se disent en une verve tendre et impatiente.
Les deux acteurs, Jean-Pierre Beauredon et son acolyte Françoise Soucaret, savent amadouer cette ligne fragmentée, pimentant de leur loquacité la truculence des traits. Leur prononciation est sans faille, leur implication déterminée. Ombres et silences, lumières et contrastes servent la poésie du moment en un instantané photographique.
Certes, la mise en scène est un peu statique, l’histoire un peu ténue, mais les amateurs de poésie déclamée et "enchantée" trouveront à se nourrir de la douce amertume croquée à demi-mots par la Compagnie toulousaine « Beaudrain de paroi ». Après Mazamet et Guéret, ce spectacle se donne actuellement à Toulouse au Théâtre du Pavé : bientôt à Saint-Etienne, en région parisienne et au festival d’Avignon…
Julie DERAMOND, Toulouse









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