Nathan le Sage
Publié le 11 mars 2010
Mais qu'attend-on pour être sage ! Se parler, que diable, ou plutôt "pour l'amour de Dieu"...

Trois religions, trois personnages emblématiques de celles-ci, la parabole des trois anneaux magiques et un amour impossible, voici un résumé expéditif de cette pièce d'un Allemand du 18è siècle, Gotthold Ephraïm Lessing. Il traitait non seulement de l'insoumission à l'Autorité quelle qu'elle soit mais faisait aussi se confronter et dialoguer les trois religions monothéistes. Du neuf, de l'inimaginable, du scandaleux, pour l'époque ! Et aujourd'hui ?

Des centaines d'années séparent l'écriture de "Nathan der Weise/Nathan le Sage" et sa traduction du Belge Henri Compère, montée par la Compagnie Biloxi 48... Et si peu de chemin parcouru par les mentalités ! Dès le départ, ce texte connut bien des difficultés à être publié, et sa représentation fut longtemps interdite par les états catholiques, absolument hostiles à toute forme de tolérance religieuse, car c'est justement cela qui sous-tend l'oeuvre de Lessing. On l'a dit "créateur du drame bourgeois", jugement bien réducteur quand on redécouvre "Nathan le Sage" ...

L'étonnante actualité d'un texte "ancien"

"Si seulement tout l'univers nous écoutait" (dixit Nathan)

L'action se passe à Jérusalem, mais au temps de la troisième croisade. Nathan est juif, mais y vit en paix sous l'autorité du sultan musulman Saladin... Saladin qui grâcie un chrétien, chevalier du Temple... Pure fiction ? Que non pas, pour Saladin en tout cas. Personnage historique (1137-1193), il est aussi célèbre en Orient que son opposant Richard Coeur de Lion. Toutefois, l'oeuvre de Lessing puise à différentes sources.

Plus près de nous, dans l'Andalousie sous le pouvoir des califes Almohades, arabes, juifs et chrétiens avaient bâti ensemble une civilisation très riche en échanges économiques et culturels ; c'est un fait parfaitement historique. et non une vision utopique. Serait-il donc possible que malgré les différences de race, de culture, de croyance, de langue... un humain puisse considérer l'Autre devant lui comme "homme avant tout"? C'est ce sentiment qui se trouve largement exploité tout au long de la pièce.

Bien sûr, la forme reste classique malgré la mise en scène nouvelle de Christine Delmotte : un décor simple qui fait sens, des scènes qui se succèdent rapidement dans des ambiances habilement suggérées sans concession au folklore exotique, des "apartés" en voix off expliquant les conflits intérieurs des personnages... Et puis ces personnages complexes incarnés par des comédiens sincères dont les belles figures de Nathan par Daniel Hanssens, Saladin par Soufian El Boubsi et le Templier par Christophe Destexhe, très bien entourés par les autres protagonistes féminins de l'histoire, soit  : Isabelle De Hertogh, Alice Moons, Bach Lan Le-Ba-Thi.

Nous ne quitons donc pas "les Lumières" et ceux qui s'en sont inspirés puisque, après Diderot au Théâtre du Parc de récente mémoire, voici Lessing au Théâtre des Martyrs. Il s'agit ici d'un véritable dramaturge qui, en son temps, donna un nouvel élan au théâtre et à toute une nouvelle culture dans son pays. Et dont le message fort nous interpelle encore aujourd'hui.

Suzane VANINA, Bruxelles

Bruxelles - Belgique Du 24/02/2010 au 03/04/2010 à 20 h 15 (Mar à 19 h, Dim à 16 h) Théâtre des Martyrs 22 place des Martyrs, Bruxelles Téléphone : 02 223 32 08. Site du théâtre Réserver  

Nathan le Sage

de Gotthold Ephraïm Lessing

comédie dramatique Théâtre
Mise en scène : Christine Delmotte assistée de Gabrielle Dailly
 
Avec : Isabelle De Hertogh,Christophe Destexhe, Julien De Visscher, Soufian El Boubsi, Daniel Hanssens, Youssef Khattabi, Bach Lan Le-Ba-Thi, Alice Moons, Laurent Tisseyre

Adaptation : Gaston Compère

Scénographie : Christine Delmotte, Nathalie Borlée

Ingénieure Son : Katia Madaule

Recherche musicale et sonore : Pascale Seys

Lumière : Nathalie Borlée

Costumes : Cathy Peraux aidée de Dafni Stamatopoulos

Construction décor : Julien De Visscher, Aurélie Deloche, Pierre Jardon, Stéphane Ledune, Hélène Kufferath

Régie : Nicola Pavoni, Julien De Visscher

Durée : 2 h 15 Photo : © Nathalie Borlée  

Coproduction : Compagnie Biloxi 48/Théâtre en Liberté