Liberté Surveillée
Publié le 5 mars 2010
Il est le cancre de l'humour politiquement correct, la langue de vipère matinale de France Inter, le pamphlétaire redouté de la classe politique. Dans son spectacle au titre provocant - "Liberté Surveillée" -, le chroniqueur et humoriste Stéphane Guillon épingle la présidence mais aussi l'absurdité de la vie. Une prestation parfaitement maîtrisée à s'en dérouiller les zygomatiques, le tout avec un humour vitriolé, culotté et plein de finesse. Du grand Guillon !

La crinière poivre et sel en bataille comme un premier appel à contrarier le monde, le regard bleu pâle nonchalant, barbe à la 'Docteur House' et dent dure aussi subtile que Voltaire, Stéphane Guillon est un des plus beaux spécimens en voie d'extinction : les artistes insoumis. Ceux qui n'ont pas prêté allégeance au système, ceux qui ont résisté aux sirènes présidentielles, à copiner au Fouquet's entre Johnny, Didier, Christian et les autres...

Même la voix susurrante et les minauderies de Carla, dont on couvre pudiquement les insuccès musicaux par l'expression politiquement correcte "album confidentiel", n'a pas eu gain de cause sur ces résistants de la première heure.

Oui, Stéphane Guillon est un élève bruyant, une forte tête qui occupe le fond de la classe. Non pas pour être près du chauffage, peinard, à se la couler douce, mais plutôt pour trouver la faille chez l'homo politiquus et tous les autres petits travers de la vie. Et tailler son humour, noir, corrosif, jamais méchant, dans la meilleure étoffe, la plus fine, la plus perméable au quotidien. Les adeptes de France Inter, la matinale tartine beurrée et café noir, égayés par le verbe de l'insolent chroniqueur, le reverront avec ce même appétit aiguisé.

Humour noir corsé !

De l'Humour noir taillé dans la meilleure étoffe

Si l'on retrouve le Stéphane Guillon des chroniques avec son format particulier, l'humoriste ne cède pas à la tentation d'un spectacle uniquement ciblé sur ses interventions radiophoniques.

Après une parenthèse vacharde sur sa conception de l'humour, différant fortement d'un certain DSK ("L'humour s'arrête au seuil de la méchanceté"), Stéphane Guillon embraye avec un sketch sur le secret des destinées humaines ("Vous naissez à Villiers-le-Bel dans une famille d'ouvriers... Comment ça c'est nul ?! N'est pas Georges Clooney qui veut ! De toute façon, vous ne le rencontrez jamais. Au mieux, vous aurez son poster dans votre chambre..."), puis devise sur l'inéluctabilité de la vieillesse et nos luttes ridicules pour la repousser, les riches et la crise, les pseudos-artistes militants...

Pédagogue, Stéphane Guillon nous instruit d'un cours futuriste et magistral sur le double quinquennat de Nicolas Sarkozy. Ne s'épargnant pas lui-même, il livre son autobiographie avec une autodérision piquante. Bien sûr, la salle, en connivence depuis le début du spectacle, se gondole allégrement, demandeur de cet humour noir, très corsé, puissant en bouche, caractéristique de ce pince-sans rire aussi élégant que généreux avec son public. Costume noir impeccablement coupé mais doublé de rouge, Stéphane Guillon s'habille de couleurs anarchiques, jouant sur l'insolence du ton et la grâce mordante du verbe, tel l'acrobate félin de Rodolphe Salis.

Marie-Pierre CREON, Paris

Paris Du 12/01/2010 au 01/05/2010 à 20h30. Mâtinée le samedi à 17h. Théâtre Dézajet 41 Boulevard du Temple 75003 Téléphone : 0148875255. Site du théâtre Réserver  

Liberté Surveillée

de Stéphane Guillon

Humour
Mise en scène : Muriel Cousin
 
Avec : Stéphane Guillon
Durée : 2h Photo : © D.R