Desordres
Publié le 26 février 2010
Déjà chez Rabelais mais surtout depuis Prévert et plus encore Pérec, l’inventaire est devenu un genre littéraire à part entière.

L’essayiste Paul Virilio conseillait de dresser l’inventaire de son sac à main pour décoder le quotidien. Le Théâtropolitain a mis cette recommandation en pratique dans l’espace d’un appartement.

Un décor de presque peu. Une scène quasi nue. Une table à dessin. La même à dessein. Un duo de chaises séparées. Pour ne pas s’asseoir. Pour espérer s’asseoir. Un écran pour images à venir. Un éclairage voué à l’intimité. Des comédiens sans apprêts. Des comédiens acteurs. Un trio. Deux pour un couple. Un pour un narrateur solitaire et musicien.

Des mots énumérés. Des mots assemblés. Des mots de succession. Des associations d’idées en cascade. Dire. Nommer. Recenser. Aligner les vocables. Aligner les objets. Accumuler les actions. Décrire du dehors. Décrire l’ergonomique et l’utile. Accorder l’existence puisque le non dit rend invisible. Comme le non vu. Rendre manifeste sous l’apparence.

Placer. Déplacer. Ranger les choses. Ranger ses pensées. Déranger. Replacer. Trier. Conserver. Éliminer. Collectionner. Ce qu’on regarde. Ce qu’on observe. Ce qu’on fait avec les choses. Ce qu’on a fait et qu’on ne fait plus.

Le présent. Le passé par-dessous. La vie immédiate. Le souvenir enfoui extirpé. Avoir perdu et recupérer. Le nouveau et l’ancien. L’ancien ou le nouveau. Le désir de demain. L’espoir de transformer. De retrouver puis de changer. Aménager ses repères. Chercher le stable dans un monde de bouleversements. Espérer. Renoncer.

Derrière, les êtres. Fragiles et déterminés. Sûrs d’eux et hantés de leurs doutes. Accrochés à la nostalgie et bousculés au cœur du journalier. Agacés et agaçants. Esseulés mais reliés. Monologuant quoiqu’en dialogues.

Trio de chambre pour paroles confidences

Pas d’analyse psychologique : un état des lieux relationnel. Pas d’intrigue : les réseaux d’actes et de choses mènent l’action. Pas de sens trop confiné : les phrases deviennent aussi musicales sans pour autant aboutir comme chez Tardieu à une « Conversation Sinfonietta ».

Tout cela est miroir. Chacun s’y retrouve, forcément. Jusque et y compris dans ces quelques moments où le jeu sur scène se fait plus mou, moins convaincant. Car la banalité des jours est aussi notre lot. Et il n’est pas innocent que le titre, « Desordres », ait perdu son accent et qu’il n’est nullement certain que quelqu’un le retrouve un jour car dans le fatras des années, des déménagements, des rangements périodiques, des nettoyages printaniers que de pertes irréparables.

Michel VOITURIER, Bruxelles

Bruxelles - Belgique Du 23/02/2010 au 03/03/2010 à 20h15 (Dim à17h) l’Atelier Théâtre de la Vie 45 rue Traversière Téléphone : (+32 (0)2 219 11 86 . Site du théâtre Réserver  

Desordres

de Christine Horman

Théâtre
Mise en scène : Christine Horman
 
Avec : Bertrand De Wolf, Isabelle Puissant,Corentin Dellicour

Scénographie : Laurence Goeminne

Musiques : Corentin Dellicour

Mise en mouvement : Nathalie Boulanger

Images : Robert Pilloy

Création lumières : Gaëtan van den Berg

Durée : 50' Photo : © DR  

Produtcion: Théâtropolitain

Co-production: Théâtre de la vie (Bruxelles)