C'est une vraie rareté que propose Jérôme Deschamps avec « Béatrice et Bénédict », l'ultime oeuvre d'Hector Berlioz. Soucieux de renouer avec l'esprit même de sa maison - à savoir allier le théâtre et la musique, la parole et le chant – le patron de l'Opéra comique exhume cette oeuvre qui se trouve être …. un opéra comique, tout à fait inattendu dans le cursus du compositeur romantique inventeur des grandes formes orchestrales. Cet opus léger en deux actes, très rarement mis en scène, plus souvent interprété en concert, n'en compte pas moins parmi les plus belles pages mélodiques et chorales de Berlioz.
Créée pour le festival de Baden-Baden, en août 1862, l'oeuvre s'inspire d'une comédie de Shakespeare « Beaucoup de bruit pour rien », un réquisitoire contre le mariage, un « caprice, écrit avec la pointe d'une aiguille » que Berlioz s'offre à 59 ans. Non sans élaguer considérablement l'original, recentrant l'intrigue sur deux couples antithétiques l'un de l'autre dans la Sicile de convention, au XVIème siècle, tout juste libérée du joug maure par les preux chevaliers. D'un côté Héro et Ursule, des tourtereaux qui roucoulent sans problèmes. Et, beaucoup plus intéressant, Béatrice et Bénédict, couple secondaire chez Shakespeare, qui s'entredéchirent à belle dent sur l'air de « Je t'aime, je te hais » avant de tomber dans les bras l'un de l'autre. Cette joute amoureuse donne au compositeur l'occasion de passer de la verve la plus acerbe au lyrisme le plus vibrant.
A ce canevas, Berlioz a ajouté le personnage de Somarone, le maître de chapelle, un histrion à travers lequel le musicien, si souvent caricaturé pour ses postures exaltées, se prend lui-même en dérision.

A son tour, le metteur en scène britannique Dan Jemmett, qui fait beaucoup parler de lui en revisitant le répertoire élisabéthain (auteur notamment de « Shake » d'après « La Nuit des rois »), a rajouté un personnage, et c'est un de trop. Il s'agit d'un acteur bavard et manipulateur de marionnettes, Alberto, porte-parole de Shakespeare qui reprend à son compte les textes attribués par Berlioz aux chanteurs. Ceux-ci sont en effet des marionnettes siciliennes grandeur nature (mais sans ficelles) qui s'animent soudain au signal de leur maître pour pousser leur air.
Les décors (un casteletponctué de figures de géants), les costumes et les maquillages sont des plus réussis. En revanche, les interventions en anglais (quoique surtitrées) de cet intermédiaire encombrant et gesticulant qu'est Alberto ralentissent le rythme de l'opéra et rendent la mise en scène un peu trop pesante.
La distribution se plie de bonne grâce aux injonctions de Jemmett. Qu'il s'agisse d'Emmanuel Krivine dont la direction manque de souffle, à la tête de son ensemble La Chambre philharmonique. Ou des choeurs et des chanteurs, en majorité d'origine britannique, à la diction en français laborieuse. Une mention toutefois à la mezzo Christine Rice qui se tire remarquablement du rôle de Béatrice et de son grand air « Il m'en souvient ».
Noël TINAZZI, Paris









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