Critique - Spectacle musical - Paris
Spamalot
Gags, Gouaille, Gambettes et beaucoup de Spam
Par Stephen BUNARD
Quand le roi Arthur et les chevaliers de la Table ronde partent à la recherche du Graal, à la sauce Monty Python, cela donne une équipe de bras cassés, chevauchant d’invisibles destriers, se confrontant à des situations rocambolesques, et croisant des ennemis souvent fantasques, bien barrés et à peu près diaboliques.
Adapté du film culte « Sacré Graal » (1974) des Monty Python, "Spamalot" a été créé d’abord aux Etats-Unis en 2005 et s’est joué à Londres avec succès pendant deux ans. Le show a été nommé quatorze fois aux Tony Awards (un peu notre Nuit des Molières) et a empoché trois fois la récompense, dont le meilleur spectacle musical. C’est Eric Idle, ancien de la cocasse équipée, qui a échafaudé cette aventure résurrectionnelle.
L’adaptation française n’aura pas ménagé sa peine. Les chorégraphies au charme coloré et à l’énergie contagieuse forcent le respect, rondement orchestrées qu’elles sont par Mathieu Gonet, et s’affichent comme le point fort du spectacle. Les décors nous plongent dans un univers de bande dessinée avec un certain réalisme. Le casting vocal est à la hauteur. Pourtant, surtout dans la première partie, le sourire viendra à la peine. Certaines trouvailles ne manquent pas de faire rire, citons pêle-mêle un Dieu tonitruant à l’accent africain et aux grands pieds, un soldat français et sa collection d’invectives, un chevalier noir qui se fait charcuter dans l’allégresse, un lapin plus dangereux que Terminator… Mais de là à s’esclaffer…
Esprit british, où es-tu ?
C’est que les ressorts humoristiques potaches et bon enfant sont loin du génie acerbe et décalé de la planche originale que l’on recherche comme le Graal. Rappelons que la troupe s’est constituée dans les années 70 pour railler un humour anglais devenu trop conventionnel et renouer avec l’excentricité made in UK. Or, cette comédie sans prétention mise plus sur l’effet Broadway, le « plein les mirettes », que sur la provocation. On ne sait pas vraiment de qui l’on se moque. On ne sait même pas d’ailleurs si l’on se moque encore. Cette quête du Graal est plus dérisoire qu’irrévérencieuse. Esprit british, où es-tu ? Bref, ça détend un peu sans déranger beaucoup.
Parasité par quelques grossièretés qui ravissent toujours un public peu exigeant, le spectacle pêche par le manque d’écriture. Quand le roi Arthur s’exclamera, à l’adresse d’un de ses séides : « Seigneur, faîtes en sorte que ce soit le dernier jeu de mots pourri de la soirée », force sera de constater que nul sinon l’écho ne répondra à sa voix ; celle du Seigneur restant obstinément impénétrable à cette salutaire supplique. Trop souvent, la (sainte) coupe est pleine.
Reste la magie visuelle et les mélodies entrainantes (ce qui n’est déjà pas si mal) pour ce qui ressemblera au final davantage à un spectacle pour enfants, sans doute loin des intentions originelles… Tout nous montre que Pierre-Martin Laval (dit Pef) a pourtant mouillé sa chemise, au moins nous replongeons-nous, nostalgiques, dans l’univers des Robins des Bois avec les procédés humoristiques, notamment les ruptures de jeu, qui furent leur marque de fabrique et l’inimitable source d’un indiscutable succès ; Gaëlle Pinheiro (la dame du lac) est un ravissant petit bout de femme qui grimace à souhait, se contorsionne à loisir et vocalise à merveille ; Arnaud Ducret révèle des talents multiples et le casting ne connaît d’ailleurs pas de fausse note. Les danseuses coupent le souffle, à défaut d’en trouver un pour l’ensemble du spectacle. Ouf, il s’en est fallu de peu qu’on se demande ce que diable ils allaient tous faire au royaume de… camelote.
Pour comprendre le titre du spectacle et celui de notre critique : saviez-vous que le terme spam pour désigner les courriels indésirables provient d’un sketch des Monty Python ? (voir la vidéo du sketch)
Stephen BUNARD, Paris












