Critique - Théâtre - Paris
Seznec, un procès impitoyable
Sous les diktats de la reconstitution judiciaire
Par Laetitia HEURTEAU
Une réalité judiciaire des plus troubles en cette année 1924 où le procès de Guillaume Seznec s'ouvre. Dix jours de procès. Dix jours où les témoignages se succèdent, se contredisent. Et plus de 120 témoins. En 1994, les audiences furent détruites lors de l'incendie du Parlement de Rennes. Les auteurs de L'Affaire Seznec se sont ainsi retrouvés face à une tâche pharaonique de reconstitution, avec l'aide des archives de l'instruction et des journaux de l'époque qui retranscrivaient fidèlement le procès.
Le parti-pris de Robert Hossein est donc de retranscrire ce procès dans ses zones d'ombres et de grosse farce. Un choix de mise en scène qui implique un décor unique, un vrai défilé de comédiens (vingt-six!) et une concentration particulière de la part du public qui jouera également le rôle de juré, à la fin de la soirée.
C'est finalement le côté statique de ce choix de mise en scène qui nous préoccupe tout au long de cette représentation. Robert Hossein tente pourtant d'y remédier. Il y a ce journaliste de télé (Jean-Paul Solal) qui résume les moments-clés de chaque journée, les enjeux pour Seznec, ses défenseurs et ceux qui l'accusent. Un clin d'oeil évident aux émissions de télévision judiciaire, au rythme clinquant et au ton un peu racoleur, à ces « effets de manche » de certains plaidoyers. Un moyen surtout pour tenter d'apporter du rythme à ce procès.
Un Seznec peu théâtral
Chaque intervention de ce journaliste est ponctuée d'un effet de lumière précis, comme si ce dernier était filmé. L'écran sera également sollicité à la fin du spectacle pour aider le public à se faire une opinion ... et le remercier de sa participation.
Le ballet des comédiens est également une autre parade trouvée par Hossein pour que le public ne se lasse pas. Mais à l'image de cette mise en scène du récit plutôt figée (chacun des personnages reste dans l'espace qui lui a été désigné) les témoins se positionnent sur scène de manière guère inventive, errant sempiternellement du côté droit des coulisses pour traverser la scène et rejoindre le public.
Et Seznec dans tout ça ? Il est interprété par le comédien Philippe Caroit (connu du grand public pour ses prestations télévisuelles). Ce dernier est juste dans son rôle. Mais cette forme de mise en scène le corsète un peu. Il ne peut développer suffisamment d'ambiguïté, d'ironie, d'empathie également. C'est la conséquence de n'avoir pas chercher à théâtraliser ce procès, de n'avoir pas chercher à l'aérer.
En somme, si sur le fond ce « procès interactif » pose justement la question de la présomption d'innocence, il n'en reste pas moins un curieux objet de représentation théâtrale, plutôt inabouti.
Laetitia HEURTEAU , Paris









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