Souvenons-nous, "Mefisto for ever'" de Guy Cassiers... C'est l'acteur De Pauw qui, ayant repris au pied levé le rôle de "Den Dikke" ministre hitlérien de la culture, interpréta ce rôle avec brio tout au long des tournées du spectacle à l’étranger, notamment ... au Festival d’Avignon (voir écho Ruedutheatre 27.07.2007). Ne fait pas partie de cette programmation ce que nous avions appelé à l'époque un "opéra de poche" : "Liefde/Ses Mains".
Il fut présenté indifféremment en néerlandais (Anvers, Bruxelles...) comme en français (Bruxelles, Strasbourg...) par un De Pauw parfait bilingue qui s'entoure parfois d'autres acteurs, parfois de musiciens, parfois de chanteurs, parfois de danseurs, parfois en nombre ou parfois en solo, pour des formules de spectacle à chaque fois différentes, inédites et très originales, mélangeant allègrement les genres (voir écho Ruedutheatre 11.02.2008) .
Au théâtre comme au cinéma, Josse De Pauw est un artiste complet. Auteur, acteur, conteur, metteur en scène, réalisateur, chercheur, novateur partout, c'est un des artistes belges contemporains parmi les plus intéressants. Un véritable monument, lui qui se dit "petit indépendant" !
En collaboration étroite, le Théâtre National, le KVS et la CINEMATEK ont élaboré un mois d'une rétrospective variée, à l’image de son talent. Impossible donc de rendre compte ici de tous les événements proposés, rien qu'au théâtre, sans compter la douzaine des projections ciné !

Un spectacle hors normes et magistral
Juste un seul spectacle, "Ruhe", pour en donner une petite idée... Imaginez un espace occupé par des cercles concentriques de chaises disparates. Au centre, comme prise dans une sorte d'entonnoir, une jeune femme assise semble réfléchir. Un par un, ça et là, des hommes émergent pour former un choeur d'une dizaine de voix nous régalant a capella des lieders de Schubert : "Comme tu es beau, aimable silence, calme divin"... ("ruhe" = silence). Mais l’harmonie est fragile. Elle se dérègle. La jeune femme, en se levant fait se rassoir les choristes. Elle raconte et assume son passé de sympathisante nazie.
Alors que le processus initial se renouvelle et que les chanteurs reprennent le dessus, c'est une autre interruption. Venu du dehors, un homme se fraye un passage en grommelant. Lui non plus ne regrette pas ses convictions passées. Tout proches des spectateurs assis, circulant parmi eux, Carly Wijs et Dirk Roofhooft sont d'un naturel parfait, "trop" parfait...
Les réactions directes du public sont devenues rares de nos jours mais là, un spectateur incapable de se distancier, de prendre les propos au second degré, n'y tient plus. Avant de sortir, il interpelle l'acteur qui répliquera aussitôt et, par la suite, ne manquera pas de capter tout frémissement et de prendre à partie à son tour l'un ou l'autre spectateur.
Les propos de ces non-repentis se basent sur des témoignages écrits laissés par d'authentiques SS. Que du vécu, donc, qui dérange par les détails proches, la banalité de leur quotidien, par le bon sens dévoyé de certains de leurs arguments, en fait par leur côté voisin de nous... (comme nous ?).
La force du spectacle repose sur l'immense talent des deux acteurs, bien sûr, et sur ce contraste entre la beauté de la musique et la barbarie d'une idéologie, émanant toutes deux d'un même peuple civilisé. Un choc qui laisse le spectateur troublé... "Ruhe" ne traite pas seulement d'un passé qui s'éloigne mais également d’aujourd’hui car ces paroles de deux SS, ne peut-on pas en entendre l'écho dans les "Cafés du Commerce" et dans bien des espaces publics et vitrines médiatiques ?
Suzane VANINA, Bruxelles









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