Malgré la présence quasi-hégémonique d’une nouvelle vague théâtrale qui mise sur la contemporanéité à tout prix et l’intellectualisme à tout va, le boulevard se maintient. Et ce, grâce à de talentueux auteurs qui mettent à l’honneur l’héritage d’un genre littéraire bien codifié. Parmi ces dignes héritiers, un certain Didier Caron.
Réputé pour ses rôles drolatiques, dont celui du « Bob achat », il signe avec « La monnaie de la pièce » une pépite d’humour éclatant. Tout ce qu’on peut attendre d’un boulevard y est : entrées et sorties qui se répondent du tac au tac, cadence effrénée, névroses à n’en plus finir, quiproquos incessants, travestissements multiples et bourgeoisie chahutée. Ici, Didier Caron incarne Bob Smith, patron londonien à la dérive, qui voit son monde s’écrouler quand il apprend la faillite de son entreprise, la bien nommée « Joujoubois ».
Le malheureux va vivre une folle journée, entre sa femme émotive qui carbure au lexomil, un huissier fouineur et suspicieux, un déménageur dépassé par les événements, un meilleur ami plein d’une bonne volonté aux conséquences désastreuses, un agent immobilier (vénal, comme sa profession le veut), une belle-mère futée et enfin, une jeune et jolie banquière prête à aider, ou pas. C’est selon. Parce que, dans cette pièce où les portes claquent au rythme de truculentes logorrhées, la situation n’est ni tout à fait la même ni tout à fait une autre.
Un huis clos libérateur
Au cœur de ce remue-ménage qui sent à plein nez la roublardise, Bob Smith tente de sauver sa peau à grands renforts de mensonges extravagants et d’une impertinente mauvaise foi. Didier Caron excelle dans ce rôle taillé sur-mesure : avec ce zozotement de circonstance, il déploie une énergie contagieuse lui permettant, pendant plus d’une heure trente, d’embrouiller son auditoire, à la merci d'une imagerie éloquente.
Sa « cour » est tout aussi plaisante, habitée par des comédiens à l’humour aussi naturel que la gestuelle. Parmi eux, cette délicieuse Andrée Damant (la belle-mère), petit bonne femme bourgeoise qui s’offusque pour un rien afin de mieux surprendre son monde et révéler tout le machiavélisme qui sommeille en elle. Ou encore ce Serge Ridoux (l’huissier), grand homme à l’allure imposante, qui traverse les pièces de la maison tel un spectre tour à tour menaçant et adulé. Dans ce huis clos aux couleurs chatoyantes, les comiques de situation se construisent sur un absurde vertigineux, pour le plus grand bien de nos zygomatiques.
« La monnaie de la pièce » revient à l’essence même du boulevard, avec une structure dramatique classique doté d'un grand mérite : celui d’être cathartique.
Cécile STROUK, Paris









sur DailyMotion


