Critique - Théâtre - Montpellier
Orgueil, poursuite et décapitation
Famille toujours recommencée
Par Christelle ZAMORA
Pour la sixième fois, Marion Guerrero met en scène les écrits de l’autre Marion, Aubert exactement. Elles font la paire. Même fulgurance dans la façon de mettre "en jeu" et grande force créative. Marion Aubert est une jolie femme, posée, aimable. Cette auteure de théâtre est donc aussi une comédienne au parcours sans faute. Issue du conservatoire de Montpellier dirigé par Ariel Garcia-Valdès, elle est de celles qui savent s’emparer de leur sujet avec un ton vif et une verve douce-amère, voire cruelle.
Marion Aubert dresse ici onze tableaux familiaux où elle ne laisse rien passer dans les vies de ces mesdames et messieurs "tout l'monde". Le décor amovible, peuplé d’armoires roulantes et pivotantes, est agencé façon années 70, époque sensée marquer la libération de la femme. Mais de l’avis même de cette trentenaire qui ne mâche pas ses mots, la place des femmes dans la société n’a pas bougé d’un poil !
La voilà donc dans "Orgueil, poursuite et décapitation" -un sacré titre programme- à la fois comédienne et narratrice de cette famille Chonchon où tout est prétexte à scénettes souvent bien appuyées dans la déconnade, façon instantanné un peu cliché ou sketch délirant. Certes, la femme est au coeur du débat, campée sous toutes les coutures : la mariée, la belle-fille parfaite, la belle-mère sadique, la grand-mère frustrée, la maîtresse, la mère hystérique, anxieuse, la mère-poule, etc…
Dans cette famille 'nombreuse', les comédiens se régalent manifestement à peindre des tranches de vie à la hache au point de provoquer des rires compulsifs dans public. Quoiqu’en disent les hommes : la progéniture y apparait parfois comme le meilleur allié de la domination ... masculine ou féminine.
Cette histoire peut paraître branquignolesque, presque caricaturale, mais personnne n’y est excusé d’avance. Et l'on pense au constat dressé dernièrement par la philosophe Elisabeth Badinter dans son ouvrage "Le conflit, la femme et la mère". Il confirme la pertinence d’un sujet toujours ancré dans son époque. Longue vie à "Orgueil, poursuite et décapitation".
Christelle ZAMORA, Montpellier









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