Une étrange créature frappe les rideaux blancs d’un côté à l’autre de la scène, et raconte inlassablement l’histoire de l’ogre qui dévore ses enfants. Jeune mariée ? Petite fille au matin de sa communion ? Princesse ? Ses froufrous blancs deviennent aussi mystérieux et angoissants que sa voix de fillette. Une tension auditive s’installe tandis que le public s’assied confortablement pour retourner en enfance. La stupeur succède à l’incompréhension : pas de magie dans les contes modernes, juste de petites histoires aussi ironiquement macabres que diaboliquement réelles.
Le jeune Fabrice Murgia nous secoue, en mettant en scène deux esprits enfermés dans leur adolescence : Laëtitia – ou peut-être Natacha Kampusch - divague sur son lit d’hôpital suite à une tentative de suicide. Bastian Bosse – ou encore ResistantX – livre son combat contre les forces du mal : l’école, les profs, les élèves.
Chacun dans sa cave, ils ne se connaissent ni se parlent. Un dialogue s’installe pourtant entre ces deux figures médiatisées : celui de l’extrême solitude, et du désespoir qui mène au pire, car aucune solution n’est offerte. Éducation. Formation. Travail. Famille. Retraite. Décès. C’est la vie des gens « normaux ». Mais que reste-t-il des rêves d’enfants, que tout nous force à oublier dès l’adolescence ? Et surtout, qui est là pour nous consoler, nous aider à accepter de les avoir perdus ?

Des antihéros bien réels
Le texte, construit à partir d’interviews de Natacha à la sortie de sa « cave », et du blog de Bastian Bosse, n’admet pas de compromis : on est dans le vif, le sale, les sentiments lancés à la figure, la poétique du vide, la référence constante aux histoires dramatiques qui ont secoué notre pays et les adolescences des années 2000.
Loin des discours édulcorés et des représentations toutes dites sur le malaise qui entoure l’oubli de l’enfance, Fabrice Murgia pond un OVNI. S’il use du montage vidéo et de la musique live, ce n’est plus tant dans un souci esthétique ou narratif, sinon pour mettre en évidence cette profusion d’images, de clichés, de technologies qui entourent la solitude. Seuls devant leur webcam, Laëtitia et Bastian s’adressent au monde, et nous cherchons un pourquoi plus profond à leurs gestes, loin du jugement de valeur.
La petite fée blanche tachée de sang tient fermement son micro pour les présenter, nourrir leurs paroles de rires ou de sarcasmes, jouer à la conscience enfantine et à la mère qui détruit pour le bien de son enfant. De l’innocence à l’impossible acceptation qu’il faudra mourir et, pire, se conforter à une vie étriquée, les trois acteurs, d’une justesse effrayante, remuent le sujet jusque dans nos tripes d’adolescents ou de parents. Un spectacle que nous recevons tous en plein cœur, et servi sur un plateau aux publics scolaires.
Julie LEMAIRE, Bruxelles










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