Music Hall
Publié le 22 février 2010
La fille (c’est comme ça qu’on l’appelle dans la pièce) tourne son spectacle musical de salles des fêtes en banlieues grises. Et chaque soir, elle rejoue son histoire, un peu pathétique, un peu triste. La compagnie des Fous à Réactions nous livre une interprétation sobre et intimiste du texte de Jean-Luc Lagarce.

Ils ont choisi d’en faire une lecture-spectacle. Ils viennent avant tout pour raconter une histoire, livre à la main pour que l’on ne s’y trompe pas: ils donneront voix au texte mais ne le mettront pas en scène véritablement.

On pourrait avoir une certaine appréhension de la lecture, forme parfois dénuée de recherche, qui devient vite agaçante lorsque les diseurs tombent dans le cliché du pupitre et de la bonne diction, du phrasé exagéré qui rappelle tant que l’on est au théâtre; sacralisation du texte et jeu d’acteur affecté et emphatique.

Mais, dans Music Hall, les comédiens évitent les écueils dont nous venons de parler et s’emparent du texte avec un grand sens de l’oralité, surtout Aude Denis qui porte la pièce, lui donne une légèreté un peu âpre convenant très bien à l’histoire racontée. Car évidemment, la fille a envie de pleurer quand elle arrive dans ces salles des fêtes glauques, quand elle est confrontée au mépris affiché des responsables ou à l’absence de public. Mais il vaut mieux avoir le sourire, jaune certes, mais il faut faire bonne figure pour masquer le désespoir. Une situation traitée avec un humour cynique qui renvoie d’autant plus à son absurdité.

L'écriture et l'action, le passé et le présent

Il y a quelque chose de passé et d’un peu poussiéreux dans "Music Hall". Lagarce propose dans ce texte une écriture de la parole plutôt qu’une écriture de l’action. Il écrit ce qui a déjà eu lieu, comme souvent dans ses pièces. Une boucle sans fin, un échantillon prélevé dans ce qui ne bouge pas et pourrait durer toujours, inchangé.

Lagarce disait justement qu’il ne pouvait s’ « empêcher de considérer ce qui a lieu sur la scène comme ayant déjà eu lieu, comme étant répété. » C’est bien de cela qu’il s’agit dans Music Hall : un temps étiré où tout se répète indéfiniment, tout se rejoue sans variation. Les ruptures dans l’action racontée n’ont pas vraiment d’incidences sur le cours des choses : si quelqu’un part, il est aussitôt remplacé ; les problèmes rencontrés sont toujours les mêmes et n’influencent plus le parcours de la fille.

Avec une telle écriture, il est parfois difficile de trouver des variations dans le jeu lui-même et la pièce s’essouffle à certains moments. Ce récit invariable et son adaptation amènent également une mise en abîme du théâtre. D’abord par ce sujet évident de parler du théâtre au théâtre. À la différence qu’on ne parle pas vraiment du lieu et de la scène mais du parcours des gens qui font du théâtre et ceux, majoritaires, qui ne s’en sortent pas vraiment. On nous parle de la galère et de la méconnaissance.

En tant que spectateurs, nous écoutons cette histoire en souriant parfois pour ne pas pleurer, tout en nous sentant pris à parti comme étant le public de ces petites salles perdues au milieu de rien. Nous nous retrouvons alors témoins impuissants face à une triste déchéance.

Julie GALLASSE, Lille

Lille Du 27/01/2010 au 28/01/2010 Le Prato Allée de la Filature Téléphone : 0320527124. Site du théâtre   Armentières Du 16/03/2010 au 17/03/2010 à 19h00 Médiathèque l'Albatros rue Paul Pouchain Réserver  

Music Hall

de Jean-Luc Lagarce

lecture Théâtre
Mise en scène : Aude Denis, Vincent Dhelin, Olivier Menu
 
Avec : Aude Denis, Vincent Dhelin, Olivier Menu

Lumières: Annie Leuridan

Durée : 55' Photo : © Benoît Ménéboo  

Compagnie Les Fous à Réactions (associés)

http://www.lesfousareaction.fr