On le connait comme comédien Patrick Pineau, notamment chez Lavaudant il y a quelque temps à l'Odéon. Un jeu direct, à fond sur l'accélérateur, ne ratant pas l'effet de surprise. Metteur en scène, il ne change pas. Il ne relâche rien sur la tension. On l'a vu notamment dans ses mises en scène de courtes pièces de Tchekhov. Sa version de « La Noce » de Bertolt Brecht, présentée à la MC93 de Bobigny il y a quelques jours et depuis en tournée, garde cette même épure.
En un peu plus d'une heure la messe est dite. La fête explose sous nos yeux et les jeunes mariés, tout le monde parti, se retrouvent face à face très heureux d'en avoir fini avec ce "jour de fête" et avec la famille avec laquelle il faut "toujours se bagarrer". Les dégâts collatéraux provoqués par l'alcool et le ... cabillaud seront oubliés. Et le spectateur contient difficilement ses éclats de rire.
Les conversations, les insinuations et autres histoires sont comme autant de coup de poing de boxe dans cette "Noce". Chaque mot lancé revient en boomerang. Le cabillaud arrive-t-il tout chaud sous les acclamations de la tablée que le père de la mariée y va de son histoire d'arête qui, un jour, a « étranglé » feu l'oncle ! Résultat, lourd silence autour de la table... La beauté des meubles fabriqués « maison » par le jeune marié fait l'objet de nombreux compliments par les convives que les chaises et autres armoires vont se déglinguer les unes après les autres !

Un blanc immaculé couvre sol et murs, chaises et méridienne, table et armoire. Le décor est totalement clinique. Cette petite assemblée est clairement perturbée. Il faut le prendre comme tel, au premier degré. Et la noce est à l'étroit, sur un plateau contraignant légèrement surélevé sur la scène... C'est bien un ring mais sans cordes visibles.
Le jeu des comédiens sort du même tonneau. Les mariés et leurs amis, les parents de la mariée ne cachent pas leurs mauvaises foi, appuient sur ce qu'il faudrait cacher (la mariée déjà enceinte, les ratages du bricolage, etc). On sort de ce lavage de « linges sales en famille » ravi des performances... et de la brièveté de cette tranche de vie qui garde plus que jamais sa part d'actualité.
Jean-Pierre BOURCIER, Paris











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