La musique de Rossini n'a jamais engendré la mélancolie. Mais, dans le registre bouffon, « La Cenerentola », mise en scène au Théâtre des Champs Elysées par Irina Brook, en 2003, et revenant régulièrement au programme, obtient la palme. Créé à Rome en 1817, cet opéra emprunte son argument au conte de Perrault « Cendrillon», adapté par Jacopo Ferretti. Celui-ci a laissé tomber le merveilleux du conte originel (adieu fée, carrosse-citrouille, chausson de vair...) au profit de la fable morale bourgeoise. Au terme d'une cascade de travestissements, quiproquos et embrouilles en tous genres, prétextes à numéros musicaux de haut vol, la vraie nature des protagonistes éclate au grand jour. Et la patience, la probité, la claivoyance de l'orpheline maltraitée par son beau-père et ses deux belles-soeurs triomphent en toute justice.

Sans souci de vraisemblance qui serait de toute façon hors de propos, Irina Brooks a situé cet embrouillaminis dans deux décors tranchés. Un bar de la banlieue de Rome où trime Cendrillon sous les quolibets de son beau-père, maffieux sans complexes, et de ses belles-soeurs, insupportables pétasses. Le prince et son entourage occupent, eux, un appartement design parsemé d'objets d'art contemporain, façon Jeff Koons. Dont une chaussure lumineuse gigantesque, clin d'oeil à la pantoufle de vair.
Toute la troupe, y compris et surtout le choeur, prend part à la pantalonnade et chacun se dandine à qui mieux-mieux, quitte à en faire parfois un peu trop, au rythme de la musique débridée distillée par Rossini. Dans le rôle-tire, la mezzo américaine Vivica Genaux est un régal d'ingénuité, entourée d'une belle brochette de voix masculine, barytons : Stéphane Degout (Dandini), Pietro Spagnoli (Don Magnifico) et le ténor Antonino Siragusa (Don Ramiro). Tous s'éclatent dans le sextuor de l'Acte II, d'un comique jubilatoire.
Noël TINAZZI, Paris










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