Deux individus quelconques attendent. Ils sont condamnés à rester indéfiniment enfermés. Ils jettent de temps à autre un regard vers le monde extérieur. Ils n’ont plus leur guide victime d’un coup d’état. Ils tournent en rond et pratiquent en alternance le jeu du dominé et du dominant.
Il y a là une référence assez manifeste à « Fin de partie » de Samuel Beckett. Mais la fable du prix Nobel 1969 concernait toute l’humanité. Celle de Zahnd a tendance à se resserrer sur deux êtres laissés à eux-mêmes, d’autant plus, sans doute, que les allusions à Mobutu sont patentes et renvoient à une anecdote historique précise.
Que se passe-t-il au dehors ? Que se passe-t-il tout là-bas, au pays ? Il y a bien la radio mais elle ne diffuse que de la musique et l’un s’acharne à l’éteindre. Il y a bien le téléphone qui sonne et qu’on ne décroche pas. Il y a bien un journal mais, découvert dans les branches d’un arbre du parc, il ne donne pas des nouvelles fraîches. Reste à attendre. Mais qui ? mais quoi ?
La grande carcasse d’Hassane Hassi Kouyaté et celle plus ramassée de Habib Dembelé se complètent comme les silhouettes des duos de clowns. Le dialogue qu’ils interprètent erre deçà delà. Il s’embarque sur la connivence qui les réunit par la force des choses. Il vire assez vite du côté des appréhensions que la situation engendre en ses incertitudes : tous deux ont été du bon côté aussi longtemps que le chef suprême était leur patron protecteur et eux leurs subordonnés soumis.
Il bifurque vers la tentation de prendre ici et immédiatement un pouvoir dont l’exercice se pratiquera forcément au détriment du partenaire. Voilà donc Bab et Sane haussant le ton, chacun à son tour. Manifestement, c’est un jeu résolu parfois au moyen de grands éclats de rire. Quoique, par moments, la violence, latente dans les mots et perceptible à travers quelques gestes, se fait jour, s’incarne dans les comportements.
Dans un décor qui porte la nostalgie cafardeuse des lieux délaissés, le silence pèse à intervalles réguliers. Il arrive qu’il s’éternise, se chargeant d’un poids porteur d’angoisse. Des répliques sont incisives, drôles au sujet de la politique et des rapports entre les hommes. Mais en dépit de la conviction des comédiens, la pièce garde un goût de trop peu. N’est pas Beckett qui veut, même si la fin, abrupte, reste ouverte, laissant au public l’imagination de se raconter ce qui s’ensuivra.
Michel VOITURIER, Bruxelles










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