Comment expliquez-vous cette boulimie de jouer autant de personnages en un espace de temps aussi réduit?
Je crois que j'ai toujours été dans ce bouillonnement. Quand j'étais au lycée, le théâtre me prenait déjà beaucoup de temps. D'ailleurs, l'été dès que je ne faisais plus de théâtre, je devenais fou! J'ai très vite compris que j'avais besoin du théâtre pour exister. Et dès le Conservatoire, j'ai commencé à travailler très régulièrement. Au bout des deux premières semaines, Mesguich m'a demandé de jouer dans deux de ses spectacles. Comme je n'avais pas le droit de quitter l'école le jour, je répétais la nuit avec mes partenaires.
Comment avez-vous préparé la lecture de Proust ?
J'ai décidé de travailler la lecture différemment de la mise en scène classique. Je suis quelqu'un qui travaille beaucoup en amont en général et là ce que je trouve plaisant dans la lecture, c'est le rapport direct entre ce que j'appelle la chair du texte (sa ponctuation, le fait qu'il y ait des mots couchés sur un papier) et le public. Les images me traversent au moment où je les lis, et j'en fais part au public comme ça de manière assez instinctive, et assez brute.
« Je suis quelqu'un qui travaille beaucoup en amont. »
Vous parlez souvent de la notion de « recherche » dans votre métier de comédien...
Oui, tout à fait. Je considère mon métier un peu comme celui du détective privé, dans un esprit d'enquête, de recherche. Par exemple avec Benoît Lavigne, c'est notre neuvième collaboration et on cherche à chaque fois à explorer de nouvelles choses.
Justement, parlez-nous de votre récente collaboration sur Baby Doll.
Il y a déjà eu mon propre travail personnel avant les répétitions. J'ai travaillé sur l'histoire populaire de l'Amérique: les immigrés pendant la Grande Dépression, le New Deal, Tennessee Williams, les westerns américains, les sex symbols américains, de l'âge d'or du cinéma jusqu'à Steve McQueen. C'est naturellement entré dans le travail de répétition avec Benoît : je savais qu'on allait faire un travail sur la violence de la société américaine de cette époque-là, entre les êtres, entre les sexes, et comment on se manipule. Et à un moment donné on a voulu aussi raconter une histoire d'amour, pour finalement revenir à la violence des rapports.
A la rentrée on va vous voir dans la reprise d'Ordet au Rond Point puis vous partirez en tournée « mixte ». Tout un programme !
En effet, en plus de la reprise d'Ordet, je vais partir en tournée dès octobre pour la lecture de Proust mais aussi pour la reprise de ma mise en scène des Nuits Blanches de Dostoïevski où je joue également. Sans oublier la tournée de Baby Doll, à partir de février !
Au Danemark, Ordet c'est l'équivalent de notre Cyrano national. En France, on connaît peu cette œuvre qui a pourtant été adaptée au cinéma par Dreyer dans les années cinquante. Je l'ai jouée à Avignon dans le « in » et pour moi, cela a été une aventure humaine sublime. Une vraie rencontre avec le metteur en scène Arthur Nauzyciel qui a donné à chacun des comédiens la sensation d'être utile au projet global. Plus que d'un personnage, on était en charge d'une partition, avec le même imaginaire en tête.
Laetitia HEURTEAU , Paris










sur DailyMotion


