Une table et des chaises en bois, de vieux fauteuils, des tableaux, des livres… L’intérieur qui sera le seul décor, encombré d’une multitude de bibelots et d’ustensiles comme seules des générations qui se succèdent peuvent entasser, est très convaincant. Ce combiné cuisine, salle à manger et salon sent la maison familiale, les peines et les joies. L’ambiance du roman d’Anna Gavalda, duquel ce texte est adapté, est installée.
Chloé, une femme abandonnée par son mari, y trouve refuge pour quelques jours. Mais la maison appartient à sa famille, à lui, et résonne des souvenirs de leurs amours. Pour couronner le tout, Chloé se retrouve en tête à tête avec Pierre, son beau-père. Pierre est un vieil homme fatigué de la vie, qui se terre depuis toujours dans son mutisme, et refuse de condamner le geste de son fils. Ces quelques jours seront l’occasion de s’affronter et de sortir leurs ressentiments. Mais aussi de se comprendre, notamment lorsque Pierre racontera son aventure avec Mathilde, une jeune femme pour qui il n’a pas osé tout quitter.
Sans jamais changer le décor, le metteur en scène Patrice Leconte a choisi de raconter cette histoire sous forme de tableaux entrecoupés de noir et de piano, de ne conserver que les moments forts de ce dialogue. Choix judicieux, mais qui malheureusement est à chaque fois l’occasion pour le spectateur de décrocher. Pas longtemps, car les trois beaux personnages de « Je l’aimais », denses et complexes, procurent une émotion pure et primaire, de celles qui rappellent qu’on est vivant.
Gérard Darmon est remarquable sous les traits de cet homme aigri, qui a vu passer sa vie, et qui dévoile enfin ses faiblesses. Noémie Kocher incarne une Mathilde belle d’abnégation et d’amour inconditionnel. Enfin, Irène Jacob, alias Chloé, s’en sort mieux avec les sarcasmes de son personnage qu’avec ses souffrances. Elle a quelques difficultés à porter sa voix. Mais son duo avec Gérard Darmon, ces deux êtres que tout oppose mais qui vont être si proches, est admirable. Belle réussite, tout en émotion.
Marie GERHARDY, Paris










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