Critique - Théâtre - Lille
Le Barbier de Séville ou la Précaution inutile
Rang social et fortune moteurs de duperie
Par Michel VOITURIER
Célèbre parmi les comédies de Beaumarchais, « Le Barbier » montre comment chacun risque d’être la dupe des autres. Le texte, plus que jamais aux yeux du metteur en scène Laurent Hatat, reste pertinent dans notre actualité où l’argent prime, où la condition sociale ainsi que l’origine ethnique conditionnent à des destins inéquitables.
L’ajustement à notre siècle se lit dans les accessoires et les costumes. Mais il est essentiellement présent à travers les interventions vidéo. L’écran, c’est une jalousie, volet de fenêtre dont l’homonymie avec le sentiment permet de jouer avec l’ambiguïté d’une situation qui suppose qu’on peut voir et n’être pas vu, se cacher et se montrer, comme l’a si bien montré naguère Robbe-Grillet dans un roman célèbre.
Cet « écran » est mobile et modulable. Il se déplace dans l’espace. Il se rétrécit ou s’élargit, monte ou descend, s’approche ou s’éloigne. Il montre des ombres chinoises, des comédiens filmés en action ou saisis en plan parfois si rapproché au point de les transformer en œil géant. Ceci produit des effets de focalisation autant que d’équivoques entre réel et fictif, puisque, épisodiquement, cet élément scénique supplémentaire est investi par des acteurs en chair et en os.
Ce travail spectaculaire est un des ingrédients qui donnent à cette représentation un apport visuel insolite et dynamique. S’y ajoute dans une moindre mesure une sorte de sous-titrage en forme de projection au sol, pas toujours très lisible, des paroles de certains apartés. De leur côté, les éclairages rappellent aussi un univers de cinéma. Les douches de lumière envoyées sur les visages des protagonistes multiplient les gros plans ; les clartés issues des coulisses suggèrent des échappées vers un ailleurs invisible.
Dommage que la troupe en ait quelque peu oublié l’aspect comédie de la pièce. Le jeu est plutôt lent et manque assez de générosité, peut-être à cause des ajouts de textes puisés çà et là chez Beaumarchais, peut-être à cause de la volonté trop manifeste de démontrer la perversité des clivages sociaux et de la dictature de la monnaie. Sans compter que les chants qui ponctuent les actes sont, pour la majorité, inaudibles et peu convaincants.
Michel VOITURIER, Lille










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