Au travers d’un texte intense et vibrant, Yukio Mishima nous dévoile un Sade complexe, explorateur licencieux et cruel des plaisirs de la chair, mû par un désir dévastateur qui fera de sa vie une violente et perpétuelle quête charnelle.
Pièce éponyme, celle-ci délaisse cependant « Monsieur » pour ériger en titre une « Madame de Sade » ; un choix singulier qui permet de faire entendre celle dont on connaît si peu de choses, dont on n’ose à peine imaginer l’existence. C’est ainsi que s’échangent, dans les salons de Madame de Montreuil, mère de Renée de Sade, cancans et opinions sur la turpitude et le libertinage du jeune Marquis. Les années qui s’écoulent voient celui-ci échapper une première fois à la condamnation avant d’être à nouveau emprisonné pour fustigations et tortures, alors même que la Révolution française éclate.
Contre toute attente, nous découvrons alors une Madame de Sade fidèle à cet éternel absent, liée par une passion qu’elle justifiera et défendra au-delà de toute morale et convention et au grand dam de sa mère, pour donner toute sa force au paradoxe du plaisir dans et par la souffrance. Sa seule échappatoire restera finalement le couvent, revirement radical perçu comme l’unique forme d’infidélité possible.
Plaisir des sens
Autour de ce texte où se mêlent érotisme et perversion, Jacques Vincey signe une mise en scène qui marie sobriété, finesse et esthétisme. Perruques d’époque et fard blanc sur le visage, les comédiennes se glissent dans des robes dont la crinoline découverte et posée sur roulettes permet des déplacements chorégraphiés et autorise les fantaisies de jeu. Seul personnage féminin dans un corps d’homme, Charlotte, la femme de chambre ; un amalgame des sexes qui a pour effet de distancier cette présence discrète, de la placer en marge du discours féminin, du monde sadien.
Chacune à leur façon, les comédiennes investissent leur rôle avec sensualité et panache, générosité et pudeur, maniant aussi lestement texte, chant et jeu. La volupté des mots prend alors consistance sans jamais tomber dans la vulgarité.
Cette littérature du désir se savoure autant que l’esthétique visuelle ; sur un damier progressivement érodé, les héroïnes voient leurs apparats s’amenuiser à mesure que le temps passe, que les fantasmes se tarissent, que la jouissance se modifie. Un magnifique ballet de figurines se déploie ainsi autour de la « mythologie sadienne », prétexte à l’explosion des passions, à la confrontation des désirs, au déliement de la parole féminine.
Anne CARRON, Lyon










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