Merlin ou la terre dévastée
Publié le 18 janvier 2010
La légende du roi Arthur, de ses chevaliers de la Table Ronde appartient au patrimoine littéraire. Elle est le reflet d’une utopie ancienne loin des réalités du jour. Grande tournée de ce "Merlin..." créé au Théâtre de la Colline à Paris.

Tankred Dorst a réinvesti les vieux mythes pour les confronter à une vision plus contemporaine. Celle par quoi le 20e siècle a été incité à comprendre. À savoir qu’une utopie mène au totalitarisme car l’utopie ne peut se nourrir que de l’illusion d’un totalitarisme  l’imposant aux hommes par la force. Démonstration sans faille dans le réel avec le communisme, le nazisme, l’islamisme.

La Cie Les Possédés se sent à l’aise dans un univers où la facétie s’insinue continuellement tant dans les paroles, les actes que les costumes ou les accessoires. Ce que la légende pouvait avoir de mystérieux, d’un peu mystique, d’exaltation d’un idéal, sous la plume de Dorst en 1981 et l’interprétation de la troupe aujourd’hui devient dérision, placement en distance par rapport à l’émotion voulue à l’époque où naissait cette histoire.

À l’instar de notre planète saccagée, le plateau ne comporte que quelques éléments  hétéroclites, banals, dépourvus de toute grandeur. Le ton est vite donné par le chroniqueur, véhiculé dans une sorte de garde-robe sur roulettes (qui servira entre autres de coulisses), dont la parole est ironique, voire sarcastique. Le kilt porté par les chevaliers et le fait que certains soient joués par des femmes laissent flotter une ambiguïté particulière quant au sexe des notables masculins.

Le massacre des utopies

Une humanité d’amertume

La pièce est démesurée. Elle accumule les séquences, démultiplie les personnages, additionne les lieux. Elle s’étire en actions, rebondissements, remises en cause. Elle brasse le sang et le sexe, l’amour et la guerre, le physique et le mental. Elle appartient à la fois au baroque et au trash. C’est un formidable faire valoir pour des comédiens amenés à jouer sur des registres disparates. Inévitable dès lors que l’ensemble soit inégal, s’essouffle par moments. Mais les morceaux réussis valent largement quelques minutes d’ennui çà ou là.

Il y a là tout autant du Topor et du Reiser que du Brecht ou du Chrétien de Troyes. C’est un cocktail corrosif qui ne déroutera pas les fans de la série télé « Kaamelott » et qui appartient à notre temps où se sont effrités bien des idéaux et au cours duquel l’être humain n’a cessé de démontrer qu’il n’a jamais été un « bon sauvage » mais plutôt un sempiternel barbare instinctif, trouvant des alibis dans la quête d’une morale incertaine. Ici donc, « libérer les hommes de la peur du mal » revient à leur prouver qu’ils sont capables de parvenir aisément à le pratiquer sans remords. Jusqu’à présent, l’Histoire a toujours eu raison de l’utopie.

Michel VOITURIER, Lille

Villeneuve d'Ascq (Lille) Du 12/01/2010 au 15/01/2010 à 19h00 La Rose des Vents Boulevard Van Gogh, Téléphone : 0320 61 96 96. Site du théâtre   Dunkerque Du 21/01/2010 au 23/01/2010 Bateau Feu place du Général de Gaulle, 59376 Dunkerque Téléphone : 03 28 51 40 40 . Site du théâtre   Angers Du 27/01/2010 au 03/02/2010 Nouveau Théâtre d'Angers 12 place d'Imbach 49100 Angers Téléphone : 02 41 88 99 22. Site du théâtre   Clermond-Ferrand Du 02/03/2010 au 06/03/2010 La Comédie rue de l'Abbé de l'Epée 63000 Clermont Ferrand Téléphone : 04 73 17 01 80. Site du théâtre   Toulouse Du 11/03/2010 au 13/03/2010 Théâtre Garonne 1 avenue du chateau d'eau 31300 Toulouse Téléphone : 05 62 48 56 52. Site du théâtre   Limoges Du 16/03/2010 au 17/03/2010 Théâtre de l'Union 20, rue des Coopérateurs Téléphone : 33(0) 555 79 74 79. Site du théâtre  

Merlin ou la terre dévastée

de Tankred Dorst - Ursula Ehler

Tragicomédie pastiche Théâtre
Mise en scène : Collectif Les Possédés
 
Avec : Nadir Legrand (Mordret, le Roi d’Ecosse), David Clavel (le Roi Arthur), Rodolphe Dana (Merlin), Katja Hunsinger (Morgane, Yseult, Hélène, la Demoiselle d’Astolat, Viviane), Christophe Paou (Perceval, Agravain), Julien Chavrial (Lancelot), Marie-Hélène Roig (la Reine Guenièvre), Laurent Bellambe (Kaï, le Diable, Gahériet), Françoise Gazio (Morgause, Jeschute, Hercéloide, la narratrice), Simon Bakhouche (Blaise, Hector, Lamorak, Yder), Gilles Ostrowsky (Gauvain), Antoine Kahan (Gareth l’enfant, le Roi de Cornouailles)

Traduction: Hélène Mauder et René Zahnd / L’Arche éditeur

Création collective : Collectif Les Possédés dirigé par Rodolphe Dana

Scénographie, costumes, lumière : Katrijn Baeten,Saskia Louwaard

Régie générale et lumière : Wilfried Gourdin

Assistante mise en scène: Pauline Ringeade

Assistante costumes: Sara Barteseghi Gallo

Stagiaire scénographie et costumes: Elsa Dray-Farges

Production : Collectif Les Possédés associé à La Ferme du Buisson, Scène nationale de Marne-la-Vallée.

Coproduction : La Ferme du Buisson - Scène nationale de Marne-la-Vallée, Le Nouveau Théâtre d’Angers (Le Quai), Le Bateau Feu, Scène nationale de Dunkerque, le Théâtre de Nîmes, La Colline, Théâtre National et Arcadi avec la participation artistique du Jeune Théâtre National.

Production/diffusion : Made In Productions

Durée : 3h30 avec entracte Photo : © Jean-Louis Fernandez