Le titre interpelle. "Qu'est ce que tu deviens ?" signifie ici : qu'est ce que ça veut dire, devenir danseuse de Flamenco ? Peut on inventer un flamenco qui ne soit pas andalou, et indépendant des grands thèmes gitans ?
La danseuse Stéphanie Fuster s'est formée huit ans à Séville auprès des plus grands. Un choix radical, absolu. Complexe aussi, pour une étrangère qui se frotte à cette discipline connotée.
Aurélien Bory est un habitué des ruptures de styles et du travail autour de l'espace: avec Les sept planches de la ruse, il travaille avec des artistes chinois de l'Opéra de Pékin. Pour Taoub, il fait appel à des acrobates marocains. Dans ces deux spectacles, il sort les pratiques de leurs contexte et propose de ce fait un décalage. Ce regard d'étranger sur différentes pratiques artistiques nous en donne l'âme, au delà des apparences.
A travers "Qu'est ce que tu deviens?", Aurélien Bory nous livre le portrait de Stéphanie Fuster. Il met en scène son parcours, ses choix, ses forces et ses doutes. Un costume taillé sur mesure pour une danseuse hors norme.

Dans le premier tableau, elle aparait dans cette robe rouge flamboyant qu'on associe aux clichés du flamenco. Bien vite, ce costume devient un masque, un accessoire. On l'a compris, de castagnettes et froufrous il ne sera pas question ici. Stéphanie Fuster s'en moque et malmène avec humour ces clichés là. L'important, c'est sa génèse à elle du flamenco, sa manière d'en apprivoiser les codes, de les décortiquer pour mieux se les approprier. Pour trouver sa place aussi, dans un dialogue avec ou contre les musiciens.
On la découvre dans le tableau suivant, dans un préfabriqué transformé en studio de danse. La Tacaneo, c'est à dire la frappe au sol du danseur, semble tourner en numéro de claquette et le tableau s'éternise. Même remarque pour le tableau "aquatique": sur une scène recouverte d'eau, la danseuse joue avec son reflet, les éclaboussures, les ruptures de rythmes. C'est esthétique, certes, mais pas vraiment nouveau et un peu longuet.
De cette chorégraphie vibrante et passionnée on gardera putôt en mémoire les portraits sur la buée, les instants fugaces et poétiques d'une danse avec l'ombre, et cette formidable énergie qui irradie le spectacle. Et l'on retient surtout cette adéquation entre la musique -bravo au guitariste José Sanchez - et les mouvements du corps. Ce corps-liane de Stéphanie Fuster qui se fait corde de guitare, et vibre, et respire au son de la musique.
Lucie HERON, Toulouse









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